[DOSSIER] L’île des Pins, l’île aux chiens

Eau turquoise, sable blanc et chiens en divagation. Au dos des cartes postales de Kunié, la prolifération des canidés agace certains professionnels du tourisme qui réclament des actions.

Ils collent aux claquettes des touristes avec cet air de détresse propre à la gente canine. Difficile parfois de ne pas accorder l’attention que les plus fidèles compagnons de l’humanité réclament avec tant d’insistance. Rien de nouveau sous le soleil de l’île des Pins. La prolifération des chiens en divagation pose problème aux professionnels du tourisme depuis plusieurs années. « C’est toujours un souci, il y en a toujours autant, confie-t-on dans une structure touristique de la baie de Kanumera. On ne peut pas non plus les chasser, parce que les touristes n’aiment pas ça. »

Ils rôdent autour des restaurants à la recherche de quelque chose à se mettre sous les crocs. Ils se glissent sous les tables pour quémander une caresse au-dessus de l’oreille. « La journée, ils se baladent avec les touristes. Le soir, ils rentrent vers les restaurants et les barbecues des campeurs. La nuit, ils dorment devant les bungalows, résume Nicolas Zerathe, gérant de Nataïwatch. Ils survivent, c’est la misère animale. »

Certains clients les nourrissent et les « adoptent » le temps de leurs séjours. Quelques jours durant lesquels les animaux s’habituent à leur présence. La compassion des touristes les fait revenir inlassablement. Au détriment d’autres voyageurs, moins enclins, qui en ont peur ou râlent contre leur présence. « C’est un combat quotidien. Sans parler du côté désagréable pour les clients, cela nous coûte de l’argent », assure Nicolas Zerathe.

« C’EST UN FLÉAU »

Les équipes de l’établissement de la baie de Kanumera remboursent régulièrement des toiles de tente déchirées et s’excusent platement des aboiements nocturnes. « On a de la chance, on n’a pas eu d’accident pour l’instant. Moralement, je me sentirais responsable », s’inquiète le gérant de Nataïwatch. De l’autre côté, baie de Kuto, certains clients de l’hôtel Kou-Bugny se sont déjà plaints de comportements agressifs et de morsures. « C’est un fléau, ils reviennent tous les jours », raconte le gérant Yvar Petersen. Les hôteliers se sentent démunis face au problème, malgré les sollicitations auprès de la mairie.

La situation se pose dans tous les établissements de tourisme de l’île, concentrés dans le sud. « Ils se bagarrent, ils aboient, c’est pénible », s’agace Yvar Petersen. Les clôtures autour du site ou les panneaux intimant les touristes de ne pas nourrir les chiens n’y font rien.

Sans puce ou carnet pour les tracer, les chiens n’appartiennent plus réellement à quelqu’un. « Des chiens sont livrés à eux-mêmes et après ils prolifèrent dans la brousse », regrette le gérant du Kou-Bugny. D’année en année, la problématique enfle avec les nouvelles portées de chiots. Les Kunié n’ont pas de fourrière. Et l’absence de vétérinaire sur l’île ne facilite pas la tâche. Les coûts pour envoyer à Nouméa son animal se faire stériliser découragent les propriétaires.

RIEN À FAIRE ?

Contactée, la mairie de l’île des Pins n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. « Elle a d’autres chats à fouetter. Nous, on ne lâchera rien », ironise Nicolas Zerathe qui réclame une réflexion d’ampleur sur le sujet.

Des mesures radicales ont déjà été envisagées par les autorités locales dans le passé. Un arrêté informait les habitants d’une campagne d’éradication et d’abattage des chiens errants sur la voie publique. Une mesure radicale qui n’est plus d’actualité. En 2017, l’association de Nouméa, Bien Naître Animal, avait mené une campagne de stérilisation en collaboration avec la commune. « J’avais eu des retours de la manière dont les campagnes d’abattage se déroulaient, explique Marie Martin, la présidente. On a proposé des campagnes de stérilisation à la place. » Avec un vétérinaire, elle s’est déplacée pendant cinq jours. 81 chiens et chats avaient été stérilisés et identifiés avec un tatouage local (IDP et un numéro).

Dans les Loyauté, Bien Naître Animal mène ces opérations tous les ans, grâce à un financement de la province des îles. L’association apporte en même temps des antiparasites ou des produits vermifuges. « Le changement est flagrant. Les chiennes n’ont plus leur chaleur donc les mâles ne leur tournent plus autour et les chiens castrés sont plus sédentaires et moins bagarreurs ».

À Kunié, une nouvelle campagne devrait débuter, avec le soutien de la province Sud, en février 2023. L’association a été sollicitée par de nombreux habitants, témoignant de leur ras-le-bol « d’être entourés de misère animale ».

Photo : Les chiens errants prolifèrent dans le sud de l’île, où sont concentrés les établissements touristiques. / B.B.

Brice Bacquet

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