[DOSSIER] Une COP à moitiée vide

La 27e Conférence des parties s’est achevée, dimanche 20 novembre, en Égypte après deux semaines de difficiles négociations. Une ébauche d’accord sur l’aide à apporter aux pays vulnérables, conclue au dernier moment, nuance un bilan mitigé.

UN FONDS POUR LES « PERTES ET DOMMAGES »

L’accord a été arraché à l’aube, dimanche 20 novembre. En clôture de la COP27, un fonds pour indemniser les pays pauvres, victimes du réchauffement climatique, a été accepté. Tous les observateurs parlent d’un accord « historique », après d’âpres négociations. C’est la première fois que les pays s’entendent sur un fonds pour compenser les « pertes et dommages », c’est-à-dire les dégâts déjà causés par les vagues de chaleur, les phénomènes extrêmes ou les sécheresses dans les pays les plus vulnérables.

Les réparations des pays riches, principaux responsables du réchauffement climatique, réclamées par les pays pauvres, principales victimes, étaient un des sujets centraux de la COP27. Les contours de ce nouveau pacte financier restent flous. Les questions de savoir qui paiera et qui bénéficiera de ce fonds ont été renvoyées aux prochaines discussions. Aucun montant n’a été annoncé. Emmanuel Macron souhaite organiser un rendez-vous à Paris en 2023, avant la prochaine COP prévue à Dubaï, aux Émirats arabes unis.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a salué un « signal politique indispensable pour reconstruire la confiance brisée » et « un pas important vers la justice », en rappelant que cela « ne sera pas assez ». L’alliance des petits États insulaires (Aosis en anglais), dont font partie plusieurs îles du Pacifique, s’est félicitée de cet accord. « Aosis avait promis au monde de ne pas quitter Charm el-Cheikh sans réussir à établir un fonds de réponse pour les pertes et dommages, a déclaré le ministre de l’Environnement d’Antigua-et-Barbuda, Molwyn Joseph, au nom de l’organisation. Cette mission de 30 ans est maintenant accomplie. »

L’Union européenne veut débloquer en plus un milliard d’euros pour que les pays africains puissent s’adapter aux dérèglements climatiques. L’UE, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark souhaitent notamment financer la création de système d’alerte précoce et un plan d’urgence pour prévenir une catastrophe naturelle.

(Photo by AHMAD GHARABLI / AFP)

ÉCHEC SUR LES ÉNERGIES FOSSILES

La déclaration finale ne fait aucune mention des énergies fossiles, principales causes du réchauffement climatique. La COP27 évoque seulement un engagement pour « accélérer les efforts vers la réduction progressive de l’utilisation du charbon sans capture (de CO2) » et la « suppression des subventions inefficaces aux combustibles fossiles ». Aucune mention n’est faite du gaz ou du pétrole. L’Inde, soutenue par l’Union européenne et d’autres pays, a appuyé, sans succès, l’ambition de sortie des énergies fossiles.

Le quotidien Le Monde note la présence de « 636 lobbyistes » de l’industrie des énergies fossiles lors des débats. « C’est d’avantage que n’importe quelle délégation nationale, à l’exception de celle des Émirats arabes unis (un des plus gros producteurs de pétrole, ndlr) », relève le journal. Un record (+25 % par rapport à la COP26) dénoncé par les ONG qui a abouti à « la conclusion d’une vingtaine de contrats de gaz », selon Le Monde.

En marge, les Îles Samoa et la Communauté du Pacifique ont signé un « Cadre pour la sécurité et la résilience énergétique dans le Pacifique ». Le programme vise à encourager les actions pour réduire la dépendance des États et territoires océaniens aux combustibles fossiles. L’objectif est de promouvoir une « électricité sûre, durable et abordable » dans le Pacifique, avec des « ressources renouvelables et propres ».

PAS DE NOUVELLE AMBITION DE 1,5°C

L’engagement majeur de l’Accord de Paris (COP21 en 2015) semble s’éloigner à chaque nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et à mesure que les prévisions de température grimpent. La limitation du réchauffement climatique à 1,5°C a été reprise dans la déclaration finale de Charm el-Cheikh, sans que de nouveaux moyens soient alloués. La note appelle à une réduction « rapide » des émissions, mais ne va pas plus loin que les déclarations de Glasgow, en 2021. « Il n’y a pas le temps pour la complaisance, a taclé le Premier ministre britannique, Rishi Sunak. Garder l’engagement de 1,5 degré vivant est vital pour le futur de notre planète. Plus doit être fait. »

Avant l’ouverture de la COP27, un document du programme des Nations unies pour l’environnement anticipait un réchauffement climatique de 2,6°C d’ici 2100, si les pratiques actuelles étaient maintenues. Pour le Giec, les émissions de gaz à effet de serre devraient plafonner avant 2025 pour atteindre l’objectif de la COP21. « Nous devons réduire drastiquement les émissions maintenant, c’est un problème que cette COP n’a pas abordé », a déploré le secrétaire général des Nations Unies.

La ministre de la Transition énergétique française Agnès Pannier-Runacher a partagé sa « déception » à l’issue de la rencontre, au même titre que l’Union européenne. « L’accord de la COP27 n’est pas à la hauteur des ambitions que portaient la France et l’Union européenne », a déclaré Agnès Pannier-Runacher. La ministre écologiste allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a regretté le « temps précieux » perdu « dans la trajectoire de 1,5 degré ».

Brice Bacquet

Photo : © Joseph Eid via AFP

Depuis 1994, les Nations unies réunissent la plupart des pays du globe pour ces sommets mondiaux consacrés au climat, organisés chaque année sur un continent différent. À chaque rendez-vous,
les différents participants dressent un bilan de la situation et tentent de s’accorder pour se fixer des objectifs climatiques. En 1995, les participants ont signé le protocole de Kyoto pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. En 2015, l’Accord de Paris, premier accord international sur le climat, a engagé 183 États à contenir d’ici 2100 le réchauffement climatique. Après chaque réunion, de nombreuses voix dénoncent le non-respect des États signataires.

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