[DOSSIER] La photographie au service de la science

L’inoubliable rencontre avec une tortue marine immortalisée par un appareil photo ne sert pas qu’à nourrir les fils des réseaux sociaux. Elles permettent aux biologistes, comme Claire Goiran et Tyffen Read, de récupérer de nombreuses informations utiles à leur connaissance et à leur préservation.

La science n’est pas l’apanage des laborantins et des chercheurs. Tout le monde peut participer à la progression de la connaissance sur les tortues marines en partageant seulement ses photos de randonnée palmée. « C’est la science participative, indique Claire Goiran, biologiste marin de l’Université de la Nouvelle-Calédonie (UNC) qui anime une conférence sur le sujet avec Tyffen Read pendant le festival Sublimage. À la Baie des Citrons, avec un petit appareil photo numérique, on peut faire des découvertes scientifiques. »

Les clichés sous-marins dévoilent des informations utiles sur les tortues marines. « Il ne faut pas une super bonne photo, mais elle doit être suffisante pour voir les écailles derrière la joue », précise la chercheuse de l’UNC. À l’image des baleines reconnaissables aux dessins sur leur caudale, les tortues marines se distinguent les unes des autres par la disposition de leurs écailles sur leur tête. Les deux profils des reptiles doivent être visibles, pour ne pas les confondre. « Leurs profils droit et gauche sont différents, cela va nous permettre de les identifier individuellement », enchaîne Tyffen Read, biologiste marin.

Pratique

Claire Goiran et Tyffen Read interviennent dans le cadre d’une série de conférences dédiées à la photographie sous-marine, vendredi 26 août à 18 heures, au Rex.

 

Les deux chercheuses mènent cette étude depuis novembre 2020. En plus des clichés récoltés par l’équipe de grands-mères de Claire Goiran, Tyffen Read ratisse internet à la recherche de n’importe quelle tortue croisée en Nouvelle-Calédonie. 2 000 spécimens ont déjà été recensés. Les tortues vertes représentent 90 % des effectifs, suivies par les « grosse tête » et les tortues imbriquées, à parts égales. Et tous les jours, de nouvelles tortues sont découvertes. « On ne connaissait pas les répartitions entre les différentes espèces, maintenant on sait précisément ce qu’il y a dans l’eau », se réjouit Tyffen Read.

« Au caillou près »

En deux ans, les chercheuses en ont aussi appris un peu plus sur les comportements de ces reptiles à carapace. « On pensait, par exemple, que les mêmes tortues bougeaient entre l’île aux Canards, l’îlot Maître et la Baie des Citrons, expose la biologiste. Ce n’est pas du tout ça ! » Après avoir fait le tour du Pacifique pendant quelques années, les tortues se dénichent une baie qu’elles n’abandonneront plus jamais. « C’est au caillou près, assure Tyffen Read. Elles vont partir à leur majorité pour se reproduire, mais elles reviendront au même endroit. »

Aline habite la partie sud de la Baie des Citrons. Habituée à côtoyer les humains, elle continue de brouter si on ne la dérange pas. / Claire Goiran (UNC)

La tortue Sharky, identifiable à sa patte amputée, a été aperçue au moins 70 fois sur le récif sud de la Baie des Citrons. Jamais au nord. Jamais à l’Anse Vata. « Toutes ces informations, on ne les avait pas avant », s’émerveille Claire Goiran. Un tel suivi a notamment permis d’observer la cicatrisation des blessures en milieu marin. « Sharky avait un os à nu, une autre avait sa carapace très abîmée. C’est intéressant de voir que les tortues peuvent se remettre de blessures en apparence graves », indique la biologiste de l’UNC.

Le nombre de tortues, leur répartition ou l’importance de certains sites servent ensuite aux pouvoirs publics. Toutes les informations sont transmises à la province Sud pour faciliter ses prises de décision. Sans être sélectionné au festival Sublimage, un anodin souvenir de plongée peut s’avérer capital pour la science et l’environnement.

Brice Bacquet

Photo : Les suivis photographiques de Tyffen Read (à gauche) et Claire Goiran (à droite), sont rares en milieu marin. / B.B.

Le réseau social de la biologie

Le site iNaturalist est un réseau social dédié à la communauté scientifique. Les internautes peuvent partager, tout en restant propriétaire, des photos d’animaux et de plantes du monde entier. C’est le moyen le plus simple pour les chercheurs de récupérer les photos et donc de faire avancer la science.

Perturbation intentionelle

Les tortues marines sont des espèces protégées en province Sud. S’approcher à moins de 10 mètres est considéré comme une « perturbation intentionnelle » et passible d’une amende de 89 500 francs.

 

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