[DOSSIER] D’autres retombées pour la Calédonie ?

La création de la ligne directe va permettre une accessibilité accrue au marché singapourien. La délégation calédonienne a découvert des potentiels insoupçonnés avec un intérêt visiblement réciproque.

Le gouvernement a identifié des filières évidentes à l’export, a expliqué Gilbert Tyuienon, son porte-parole : « l’économie bleue avec les crevettes bleues, le thon blanc, les holothuries : des mets d’exception en Asie ».

Mais d’autres pistes ont été évoquées lors des échanges organisés par l’ambassade de France à Singapour, dans le secteur agroalimentaire, comme les légumes, en particulier la squash. Singapour, qui n’a absolument aucune ressource naturelle, « recherche des produits sains issus d’une agriculture raisonnée ».

Des importateurs ayant commencé à faire venir du miel cherchent à accroître les volumes. Ils s’intéressent également au santal, à la vanille, au café. Une délégation a été invitée fin juillet pour rencontrer des producteurs à Maré, Lifou, ou encore sur le bassin Farino- Sarraméa, et visiter les fermes aquacoles dans le Nord et à Boulouparis.

Le cluster New Caledonia Trade & Invest (NCT&I) envisage également une mission à Singapour et une participation à des salons.

Recherche et innovation

L’ambassadeur de France, Marc Abensour, a ouvert encore d’autres voies en s’attachant aux collaborations déjà existantes avec la France qui compte 1 000 filiales dans des domaines variés.

Elle s’appuie sur une communauté French Tech, une chambre de commerce, des organismes de recherche (CNRS, CEA, Inserm), une communauté fédérée de chercheurs et de scientifiques (French Lab), « des acteurs qui seront à même d’accompagner des projets jugés prioritaires ».

Thierry Santa entend mettre en lien les organismes de recherche, secteur dont il a la charge au gouvernement, avec les instituts calédoniens et l’Université. « Il y a déjà des liens très forts avec les universités françaises ; on peut imaginer que l’UNC fasse partie de ce consortium. »

Il pourrait y avoir des intérêts concordants en matière de santé (ex : l’expérience du projet Wolbachia sur la dengue) et de lutte contre le réchauffement climatique. Singapour est directement menacée par la montée des eaux et développe des expérimentations pour prévenir ce risque, notamment avec la mangrove. Elle est également impliquée avec la France dans le développement des énergies renouvelables, la filière hydrogène ou encore l’intelligence artificielle, les drones, etc.

Culture

Il a enfin été proposé que la Nouvelle- Calédonie puisse devenir un partenaire du prochain Whawa Festival, évènement annuel illustrant les partenariats entre la France et Singapour, en matière artistique, art de vivre, gastronomie, etc. « On pourrait par exemple associer les chefs de Singapour pour utiliser les produits calédoniens », suggère l’ambassadeur.

L’importante Alliance française, pourrait aussi participer à cette mise en valeur et le Creipac former ici à la langue française. « Tout cela est prometteur, conclut Marc Absensour, mais on ne pourra pas tout faire. Il faudra que, de part et d’autre, on puisse hiérarchiser les priorités et nous exercerons un rôle de facilitateur ». « Maintenant il va falloir bosser », assume Gilbert Tyuienon.

Chloé Maingourd (Photo C.M.)


Une plateforme financière et commerciale

Cette cité-État, dépourvue de ressources naturelles, se caractérise par l’un des PIB les plus élevés au monde. Sa position géostratégique au cœur de l’Asie du Sud-Est en fait une plaque tournante du commerce régional et mondial (2e port de commerce).Son modèle économique repose sur une forte ouverture au commerce international, aux investissements étrangers qui bénéficient de mesures incitatives. 40 000 entreprises internationales dont 7 000 multinationales y disposent de leur siège régional ou mondial.Son troisième pilier économique, après les activités financières et de commerce, est l’industrie manufacturière spécialisée dans l’électronique, le biomédical, l’ingénierie de précision et la chimie – dont la pétrochimie. Singapour cherche aujourd’hui à s’imposer dans les technologies financières, médicales et agroalimentaires.

« Ce n’est plus tant le volume d’investissement qui les intéresse mais plutôt la capacité à développer de l’innovation », souligne Marc Abensour. Des défis se posent néanmoins pour Singapour qui connait une démographie « vraiment déclinante », des problèmes de recrutement de main-d’œuvre qualifiée dans les niches les plus recherchées. Enfin, sur le plan idéologique, difficile d’ignorer son régime autoritariste, ses inégalités et le fait que la pauvreté y est criminalisée…

La politique, jamais loin

L’implication de l’ambassade de France s’inscrit notamment dans une volonté d’insérer un territoire français dans cet environnement régional. « Évidemment en ce moment, il y a une dimension géopolitique sur tous les sujets et une prise de conscience peut-être encore plus aigüe des enjeux géopolitiques dans ce grand ensemble du Pacifique Sud », confirme Marc Abensour.

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