[DOSSIER] Des touristes pas comme les autres

Les croisiéristes ont des envies bien particulières durant leurs escales : activités nautiques, tour de la ville en bus, visite des musées… Si les derniers chiffres estiment que ce ne sont pas les plus dépensiers, ils déboursent principalement pour les excursions et le shopping. Une majorité se laisse aussi tenter par des étapes gourmets, pour vivre un vrai séjour « à la française ».

lls s’appellent Cameron, Jena et Paul. Lunettes de soleil sur le nez. Chapeau en toile ou casquette sur la tête. Ces Australiens viennent fraîchement de débarquer dans leur lieu de villégiature. C’est avec le sourire qu’ils retrouvent enfin la Nouvelle-Calédonie. « C’est un plaisir de revenir », confie Paul. Avant la crise sanitaire, les Australiens étaient les principaux croisiéristes à jeter l’ancre sur le territoire.

Les chiffres de l’Isee, datant de 2010, le confirment : ils étaient 83 % contre 8 % de Néo-Zélandais, 3 % d’Anglais et 2 % d’Américains. « Ils viennent d’abord parce qu’ils sont à proximité. Le fait de parler français, c’est dépaysant. Notre atout pour cette clientèle, c’est aussi le fait d’avoir un hôpital, des infrastructures développées, ça les rassure. On leur dit qu’ils seront pris en charge si quelque chose leur arrive », souligne Julie Laronde, directrice de Nouvelle-Calédonie Tourisme (NCT). Une fois arrivés sur la terre ferme, ces touristes ont une idée déjà bien précise de ce qu’ils veulent faire.

VIVRE UNE EXPÉRIENCE « FRENCHIE »

Ils veulent vivre pleinement l’expérience « frenchie ». Quoi de mieux qu’un séjour gourmet avec une sélection de vins et de fromages à déguster. Comme tout vacancier, ils cherchent aussi à passer du bon temps et à se rendre dans les endroits jugés incontournables : parc forestier, aquarium, îlots, centre culturel Tjibaou… Les échappées en mer font partie de leur activité préférée. À l’image de Paul, qui voulait « partir en escapade sur un îlot et nager avec les tortues ».

Jena et Cameron, eux, sont revenus pour le « snorkeling » et « les pâtisseries françaises ». Sur les milliers de touristes qui voyagent à bord du paquebot, entre 60 et 80 % choisissent de descendre à Nouméa. Ils peuvent se dégourdir un peu les jambes après plusieurs jours de navigation, mais surtout visiter le « Paris du Pacifique ».

Des chiffres qui doivent être mis à jour

Aucune donnée plus récente ne permet de savoir quelles sont réellement les retombées économiques des croisiéristes. Nouvelle- Calédonie Tourisme (NCT) et la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) aimeraient voir ces chiffres mis à jour. « Ce sont des éléments manquants importants pour objectiver l’impact de la croisière sur le territoire et fixer une stratégie pays qui prend en compte les dimensions sociales, environnementales mais aussi économiques », indique la CCI.

Julie Laronde, directrice de NCT, a pour objectif de mener une étude d’impact économique. « Avec Carnival, on en a discuté. S’ils nous transmettent tous les trimestres ce que les croisiéristes ont dépensé en Nouvelle- Calédonie, cela nous permettra d’avoir des éléments et d’aiguiller les politiques publiques. »

 

EXCURSIONS ET SHOPPING

Pour la moitié d’entre eux, les prestations touristiques sont achetées à bord auprès du prestataire choisi par l’armateur. Noumea Discovery leur propose, par exemple, un catalogue d’excursions et d’activités à réserver directement sur le bateau. Mardi matin, les croisiéristes se sont empressés de rejoindre les bus direction le phare Amédée ou encore la rivière de Dumbéa pour faire du kayak.

Ceux qui n’avaient pas réservé leur sortie se sont rendus sur le parking, à côté de la gare maritime, pour rencontrer les prestataires touristiques. « Ils sont une dizaine pour environ 470 000 passagers par an sur l’escale de Nouméa », précise la CCI. Private Tour, le Bus Magique ou encore les bus Hop on Hop off s’arrachent les touristes pour leur faire découvrir le territoire. Une présence qui paie.

Jena et Cameron ont opté pour un tour de la capitale en bus. Une sortie très privilégiée par les croisiéristes. Myriam et Murray, qui venaient pour la première fois, cherchaient plutôt l’aventure. « Faire un tour du pays et rencontrer des gens. » Et forcément dépenser un peu d’argent. En moyenne, un croisiériste débourse sur le territoire 4 600 francs par jour, selon les chiffres de l’Isee de 2015.

À Nouméa, l’essentiel de leur budget est consacré aux excursions (61 %) et au shopping (24 %). Le fait d’avoir une escale plus longue dans la capitale était une demande de la compagnie Carnival. Les touristes peuvent se balader davantage et vider un peu plus leur porte-monnaie.

Le prochain paquebot Westerdam, programmé le 26 octobre, va rester lui aussi deux jours dans la rade de Nouméa. Au plus grand plaisir des professionnels du tourisme et des commerçants.

Edwige Blanchon

Photo : E.B.

« Welcome back  ! »
Photo B.B.
Deux ans que la gare maritime n’avait pas connu une telle effervescence. Mardi 4 octobre, les croisiéristes ont posé les pieds sur les quais, très heureux d’être les premiers à le faire depuis la crise sanitaire. Les 1 900 passagers du Pacific Explorer ont été accueillis en grande pompe à leur arrivée.
Coutume, cérémonie, danse traditionnelle et discours les ont mis dans l’ambiance pour leur premier jour dans la capitale. Sonia Lagarde, maire de Nouméa, s’est réjouie de cette reprise. « L’arrivée du Pacific Explorer dans cette petite rade marque la réouverture du tourisme de croisière dans nos eaux. C’est un événement que de nombreux professionnels du secteur attendaient, qu’ils soient transporteurs, prestataires de services, commerçants ou artisans. Je salue cette réouverture qui n’aurait pas été possible sans une volonté commune de l’ensemble des institutions et des acteurs qui ont travaillé en amont pour accueillir sereinement ce navire. »
Marguerite Fitzgerald, la présidente de Carnival Australia, qui exploite la société de croisière P&O, s’est dit impatiente de « reprendre cette collaboration ». Elle a annoncé plus de 20 visites avant la fin de l’année et 150 escales programmées en 2023.
Les bateaux de croisière sont bel et bien repartis… pour revenir. Un tourisme important pour le territoire qui générait, avant la crise sanitaire, plus de 2 milliards de retombées économiques. « Ça fait du bien à tout le monde », assure Patrick Helmy, le co-gérant de la société Noumea Discovery. « C’est beaucoup d’émotion, car ça y est c’est reparti. On est content, ça nous reboost », témoigne Emmanuelle Vaiagina, gérante du Bus Magique.

Aujourd’hui, le secteur soulève malgré tout de plus en plus de questions. Alors qu’ils devaient naviguer jusqu’aux îles Loyauté, les croisiéristes sont finalement restés à quai durant tout leur séjour. Lifou ayant viré de bord juste avant leur arrivée. L’île des Pins s’était, quant à elle, prononcée défavorablement à un retour des navires jugés démesurés dans ses baies.

Les paquebots doivent faire face à un nouveau défi. Celui de transformer le tourisme de masse en tourisme plus durable.

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