[DOSSIER] La croisière n’amuse plus tout le monde

Le retour des croisiéristes dans le lagon n’éclipse pas tous les questionnements sur l’avenir de la filière. Entre conséquences sociales, risques sanitaires et soucis de l’environnement, des voix s’élèvent et interrogent.

Les croisiéristes n’ont pas profité de la beauté des îles. Aux travaux du port de Tadine empêchant leur amarrage à Maré, s’est ajoutée une décision de dernière minute du district de Wetr (Lifou). Le grand chef a décidé d’annuler, la veille de l’arrivée du Pacific Explorer à Nouméa, le toucher du navire prévu jeudi. Il dit vouloir s’assurer que les mesures sanitaires sont bien respectées à bord. « Il faut être prudent, le respect des protocoles sanitaires reste de rigueur », insiste le président du Sénat coutumier, Hugues Vhemavhe.

La collectivité s’était préparée à l’arrivée de ces touristes. « Tout avait été mis en œuvre pour leur retour. Une organisation médicale avait été imaginée pour parer à tout », expose Jacques Lalié, président de la province des Îles. Les compagnies de croisières ont mis en place un protocole sanitaire strict. Elles sont responsables des potentiels malades et leurs cas contacts à bord. La Direction des affaires sanitaires et sociales (Dass) peut intervenir en cas de suspicion. « Nous avons tous à l’esprit les dégâts et les morts du Covid. On reste très vigilant », insiste Marcel Unë, chef du cabinet de Mickaël Forrest en charge du tourisme au gouvernement.

À Lifou, la prudence a décalé la reprise d’un mois. Les bateaux retrouveront les merveilles de Jinek et de Jokin en novembre. « C’est Nouméa qui commence, mais Lifou devrait suivre le pas, puis l’île des Pins », assure Marcel Unë. Chez les Kunié, le confinement et l’arrêt des croisières avaient suscité des questionnements sur la pérennité de la filière. « La crise sanitaire a permis de se rendre compte de l’impact social et environnemental », explique Charles Vakié, premier adjoint au maire de l’île des Pins.

« PLUS COMME AVANT »

Les deux années de pause ont bénéficié aux herbiers de la baie de Kuto, à nouveau fréquentés par les tortues et les requins. Les habitants ne veulent pas d’un retour en arrière. « Les retombées restaient limitées par rapport aux impacts, les croisiéristes consomment peu sur place », estime l’élu de Kunié.

Les paquebots ne reviendront en baie de Kuto qu’en 2023, mais moins souvent et avec moins de passagers. « Ce sera peut-être un toucher par mois (contre deux mouillages par semaine avant 2020, ndlr). Nous n’avons pas la capacité d’accueillir 2 000 passagers d’un coup. »

L’île des Pins mise sur un tourisme international plus « haut de gamme », avec des séjours plus longs dans ses différents établissements. « Nous avons des soucis de ressource en eau, nous devons nous préparer aux années sèches en adaptant le tourisme à l’échelle de l’île », détaille Charles Vakié. Le Sénat coutumier milite pour trouver cet « équilibre entre la protection de l’environnement et le développement économique ».

La compagnie P&O, filiale du leader mondial Carnival, en est consciente. « Nous réfléchissons à une croisière plus durable. Nous nous assurons que les croisières sont respectueuses de l’environnement », indique la présidente de Carnival Australia, Marguerite Fitzgerald. Les paquebots pourraient à l’avenir se brancher au réseau électrique de Nouméa et polluer moins que lorsque les moteurs restent allumés pendant toute la durée de l’escale. Le port autonome planche sur la possibilité d’utiliser un autre carburant que le fioul lourd pour réduire la pollution quand les bateaux sont à quai.

Le gouvernement doit lancer un groupe de travail sur ces interrogations-là. « Les croisières sont des leviers économiques favorables au pays, reprend Marcel Unë. Des discussions doivent se faire entre toutes les collectivités et les institutions. » Peu importe les questionnements, les hôtels flottants ne sont pas près d’abandonner la Nouvelle-Calédonie.

Le gouvernement envisage une redevance sur les croisières pour favoriser cette économie, améliorer les conditions d’accueil et développer les infrastructures nécessaires. Le port autonome, NCT et les escales profite- raient de cette taxe applicable à chaque billet. Si l’on se réfère aux fréquentations d’avant la crise sanitaire, elle pourrait rapporter entre 961 millions et 1,3 milliards de francs par an.

Brice Bacquet

Photo : Gouvernement NC

Les croisières peuvent-elles respecter l’environnement ?
Non, répond Les Amis de la Terre. Depuis 2009, l’association de protection de l’homme et de l’environnement attribue des notes aux plus grosses compagnies du globe et à leurs hôtels flottants. Plusieurs critères sont pris en compte dans sa notation : la transparence, le traitement des eaux usées, la pollution de l’air et de l’eau. En 2022, le Pacific Explorer a obtenu « C– ». Son armateur, P&O, « F ».
Selon l’ONG Transport & Environnement, les 47 bateaux de Carnival (propriétaire de P&O) présents dans les eaux européennes en 2017 ont pollué 10 fois plus que les 260 millions de voitures en circulation en Europe.

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