Le discours de Louis Mapou à l’ONU fait réagir

Mardi 4 octobre, des responsables calédoniens ont pu « pétitionner » devant la quatrième Commission des Nations unies. L’assemblée, chargée des questions relatives à la décolonisation, se réunit jusqu’à 11 novembre pour sa 77e session.  L’intervention la plus marquante est venue du président du gouvernement, Louis Mapou qui a évoqué l’avenir de la Nouvelle-Calédonie et son « rôle diplomatique ».

  • LOUIS MAPOU SURFE SUR WASHINGTON

Capture écran © media.un.org

Arrivé du sommet USA-Pays insulaires du Pacifique, Louis Mapou a profité pleinement de la perche qui lui avait été tendue. Le président du gouvernement a en effet basé tout son argumentaire sur cette nouvelle preuve de la responsabilité grandissante du territoire.

« La Nouvelle-Calédonie s’assume à un niveau jamais atteint de son histoire », elle est « désormais engagée dans un rôle diplomatique et de coopération, égale à des nations souveraines sur la scène régionale, qui la place aux confins des attributs de la souveraineté », a-t-il déclaré.

Il a noté au passage que Joe Biden avait reconnu la souveraineté internationale de certains pays de la région statutairement associés à la Nouvelle-Zélande. « C’est dire combien, dans ce monde en pleine mutation, la question des interdépendances (…) constitue une problématique très actuelle des relations internationales et une solution pour sortir les peuples de l’enfermement. » Un coup rondement mené.

L’association continue de faire rêver. Pour lui, « la redéfinition d’un nouveau champ d’exercice de la souveraineté » entre les deux est même « l’ultime dénouement ».

Sur le plan local, la Nouvelle-Calédonie, avec le soutien de l’État, a par ailleurs montré son « aptitude résiliente qui permet d’enregistrer en 2022 une amélioration dans tous les secteurs de la société ».

Cette année doit permettre de poser les jalons d’un développement à long terme avec plusieurs chantiers, comme l’affermissement d’une identité calédonienne, la lutte contre toutes les vulnérabilités contemporaines, la consolidation du système institutionnel (il entend œuvrer jusqu’en 2024) et le statut international.

  • NAÏA WATEOU RAPPELLE LA « VOLONTÉ MAJORITAIRE »

© Naïa Wateou

Au nom du groupe Les Loyalistes, Naïa Wateou a réaffirmé le choix exprimé « par trois fois » par les Calédoniens de rester au sein de la République française. Elle s’étonne que, malgré ces votes « libres et éclairés » contre le projet du FLNKS et en faveur d’un avenir « inscrit définitivement au sein de la France », les indépendantistes gèrent la plupart des institutions avec l’« unique ambition (…) d’amener la Nouvelle-Calédonie vers la Kanaky ».

Autre aberration, selon Naïa Wateou : malgré cette expression démocratique, les indépendantistes exigent des bilatérales avec l’État « pour acter le transfert des compétences régaliennes et donc l’indépendance » et demandent au Forum des îles du Pacifique de se positionner sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, comme si l’avis de l’ONU n’était « plus suffisant pour cautionner le processus exemplaire d’autodétermination ». Un argument là aussi bien placé.

« Le chemin sur lequel doit s’engager la Nouvelle-Calédonie ne peut plus être celui de l’unique revendication indépendantiste », a-t-elle conclu.

  • ROCH WAMYTAN RESTE SUR LE RÉFÉRENDUM « BIDON »

Le président du Congrès est revenu sur le dernier référendum « bidon », maintes fois commenté. « L’État français nous a volé ce référendum », a-t-il indiqué. Celui-ci est aussi sorti de son principe de neutralité, une attitude qui oblige « encore et encore » les indépendantistes à se tourner vers l’ONU « pour que son droit à l’autodétermination et à la souveraineté soit reconnu et accompagné jusqu’à l’avènement de l’indépendance ».

Plus encore a-t-il dit, en sortant de sa neutralité, « la puissance administrante fait courir un risque majeur à la stabilité, à la cohésion ». À l’aube de nouvelles négociations, le FLNKS, a-t-il dit, attend le respect de la charte de décolonisation de l’ONU, du principe de neutralité et de la parole donnée.

Chloé Maingourd

Photo : La quatrième Commission de l’ONU  en 2003. / UN Photo – Eskinder Debebe

Les non-indépendantistes condamnent les propos de Louis Mapou

Le discours du président ont fait bondir le Rassemblement. Thierry Santa a jugé bon d’indiquer que son parti s’opposerait fermement « à toute forme d’indépendance-association telle que proposée par le président Mapou ».

Pour le Rassemblement, au terme des référendums, il faut organiser nos institutions pour « exercer efficacement l’ensemble des compétences que notre statut de large autonomie nous confère » et « les compétences régaliennes doivent rester de la responsabilité de l’État ».

Au passage, le parti constate que la collégialité du gouvernement est totalement bafouée. « Ce discours n’a fait l’objet d’aucune concertation avec ses membres. »

Calédonie ensemble a également jugé qu’un discours politique de cette importance devant l’ONU, « a fortiori à ce moment-là de notre histoire, aurait dû être soumis préalablement aux membres du gouvernement » .« Une trahison de la lettre et de l’esprit des accords » selon CE.

Le groupe Les Loyalistes est du même avis. « Une nouvelle fois, le Président du gouvernement a piétiné le principe de collégialité de son institution, en délivrant un discours partial et non-concerté qui fait l’apologie d’une indépendance que les Calédoniens ont refusé démocratiquement à trois reprises. »

Les Loyalistes sont par ailleurs surpris des « larges libertés prises avec la vérité » au sujet des avancées en matière financière, éducative ou encore d’autosuffisance alimentaire.

Globalement, après ces diverses séquences aux USA, ils rappellent que la Nouvelle-Calédonie « n’est pas engagée dans un rôle diplomatique et de coopération, égal à des nations souveraines ». 

Ils demandent d’ailleurs au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères de préciser la position de la France sur les actions conduites par le gouvernement calédonien en matière de politique extérieure.

Mercredi 5 octobre, le député Nicolas Metzdorf avait déjà indiqué en commission à Catherine Colonna, ministre des Affaires étrangères et de l’Europe, qu’il désapprouvait l’absence d’un membre du gouvernement national, quelque soit son rang, au sommet USA-Pays insulaires du Pacifique.

La ministre a répondu qu’il n’y avait pas eu d’atteinte à la souveraineté de l’Etat, puisque cette invitation à la Nouvelle-Calédonie et à la Polynésie Française, membres du Forum des Îles du Pacifique, s’était faite via la France.

 

EN BREF

Louis Mapou à Paris

Après les États-Unis, la France. Selon un planning provisoire, Louis Mapou devait rencontrer Jean-François Carenco et Gérald Darmanin mercredi à Paris, Yaël Braun-Pivet jeudi et Élisabeth Borne, vendredi. Il sera de retour lundi à Nouméa.

Emmanuel Macron dans la région 

Le président de la République doit se rendre à Bali les 15 et 16 novembre pour le sommet du G20. Il sera ensuite le 18 novembre à Bangkok au prochain sommet annuel du forum de Coopération Economique Asie-Pacifique (APEC). Une halte est aussi prévue juste après en Australie.

Marc Abensour, ambassadeur de l’Indo-Pacifique

L’ambassadeur de France auprès de Singapour depuis 2016 a été nommé ambassadeur chargé de l’Indo-Pacifique par un décret du 26 septembre. Marc Abensour prendra ses fonctions le 24 octobre.
Les responsables calédoniens le connaissent bien : ils l’avaient notamment rencontré lors du voyage inaugural d’Air Calin à Singapour au mois de juillet. Il était venu quelques semaines plus tard sur le territoire pour un voyage personnel.

 

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