Les États-Unis marquent leur grand retour dans le Pacifique

Avec le sommet des pays insulaires du Pacifique à Washington, les États-Unis ont montré qu’ils prenaient la région très au sérieux et confirmé leur volonté de renouer les liens d’antan. Un bon et un mauvais signe pour le Pacifique.

Rappelant les relations entre les États-Unis et ces territoires durant la Seconde Guerre mondiale, le président américain Joe Biden a expliqué le pourquoi de cette ambition renouvelée : « La sécurité de l’Amérique et du monde dépend de la sécurité du Pacifique » et celle-ci est « plus critique que jamais ». Les ambitions chinoises ne sont jamais mentionnées, mais jamais loin.

Autre enjeu, la crise climatique. « Une menace existentielle » pour tous, mais en premier lieu pour ces pays. « Une grande partie de l’histoire de notre monde va s’écrire dans l’Indo-Pacifique au cours des prochaines années et décennies », a résumé Joe Biden. Et les îles du Pacifique sont une « voix essentielle » pour façonner cet avenir : en clair, rien ne se fera sans elles.

AIDES ET DIPLOMATIE

Une aide de 100 milliards de francs pour la résilience climatique et l’économie bleue a été annoncée en plus des 45 déjà attribués aux programmes climatiques. Sur le plan diplomatique, les USA ont reconnu la souveraineté internationale des îles Cook et Niue, territoires rattachés à la Nouvelle- Zélande. De quoi y étendre leur présence diplomatique. Joe Biden a par ailleurs désigné un ambassadeur au Forum des îles du Pacifique, Frankie Reed, diplomate habituée de la région.

Des ambassades rouvriront à Tonga et Kiribati. Une telle annonce avait concerné Salomon récemment. Des négociations sont aussi en cours pour un Pacte de libre association avec ses partenaires les plus proches : Micronésie, îles Marshall et Palaos.

DÉCLARATION COMMUNE

Dans une déclaration qui s’est écrite non sans mal, les 14 dirigeants du Pacifique et les États-Unis ont réussi à s’engager selon leurs intérêts respectifs. Ils promettent de renforcer leur partenariat, le régionalisme, de prioriser la crise climatique. Ils appellent toutes les nations du monde, en particulier les plus gros émetteurs, à s’aligner sur une trajectoire de 1,5°C maximum de réchauffement avant la COP27, à respecter leurs engagements sur les crédits pour soutenir les pays en développement, à réduire leurs émissions de méthane d’au moins 30 % et à protéger 30 % des océans à l’horizon 2030.

Dans la région, ils s’engagent en faveur de la croissance et du développement durable, la préparation aux catastrophes naturelles, le renforcement des lois qui régissent le Pacifique bleu. En matière de paix et de sécurité, ils s’opposeront à tous les efforts visant à remettre en cause l’intégrité territoriale et la souveraineté de quelque pays que ce soit, « petit ou grand », et s’engagent pour la promotion de la non-prolifération nucléaire.

NOUVELLE DONNE

Les Américains ont admis avoir laissé le Pacifique à l’arrière-plan ces dernières années. Ils ont réussi exactement là où les Chinois ont échoué au mois de mai avec leur proposition d’accord économique et sécuritaire, jugé comme venant affaiblir la souveraineté des îles. Ils ont convaincu en promettant qu’il ne s’agissait pas de choisir entre les deux camps. L’avenir nous le dira. Si le retour des États-Unis est une bonne nouvelle pour les raisons évoquées, on ne peut s’empêcher de s’inquiéter qu’il corresponde à une nouvelle compétition, à haut risque, des super puissances dans la région.

On peut aussi penser qu’elles vont changer la donne pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande, premiers contributeurs dans la région*. Les États-Unis pourraient-ils leur faire de l’ombre (on pense notamment à la reconnaissance de Niue et Cook) ? Voire saper leurs réels efforts d’écoute avec une politique plus musclée ? Une certitude, ils vont devoir s’adapter à ce regain d’attention qui vient également du Japon, de Grande-Bretagne, de France. Les îles doivent, elles, en tirer le meilleur profit.

Chloé Maingourd

*La Nouvelle-Zélande attribue 106 milliards de francs (2021-24) pour le développement de la région, un fonds en augmentation (92 milliards pour le précédent plan triennal). L’Australie est le premier financeur avec 102 milliards estimés pour la seule année 2023.

Photo : Joe Biden menant les leaders du Pacifique dont Louis Mapou. / Chip Somodevilla,  Getty Images via AFP

Un « honneur » pour la Nouvelle-Calédonie

Symboliquement, l’étape a été réussie pour les États-Unis, à l’image de cette photo de famille / Chip Somodevilla,  Getty Images via AFP

La présence de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française (membres du Forum des îles du Pacifique) s’est forcément faite avec l’aval de la France. Possiblement une façon de montrer que l’on peut être français avec « en même temps » des spécificités. Dans son discours, le président du gouvernement, Louis Mapou, a fait état de l’« honneur » qui était fait au territoire.

Alors que s’ouvre une nouvelle page de l’histoire avec l’État, il a estimé que cette invitation « ouvr(ait) de nouvelles perspectives pour notre petit pays ». Son intégration dans sa « région originelle » est une priorité, a-t-il dit. Et les liens avec les États-Unis, anciens. Le territoire, a-t-il expliqué, figure « parmi les plus grands producteurs au monde, notamment dans la fabrication d’acier inoxydable, nécessaire à l’effort de guerre ».

Le partenariat commercial avec Tesla a aussi été présenté comme « essentiel » dans le processus de fabrication d’un « nickel vert ».

 

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