Usine du Nord : le conflit s’enlise

Les discussions sont au point mort entre la direction de KNS et les coutumiers qui contestent, depuis début juillet, les résultats d’un appel d’offres. Ils souhaitent que la direction revienne sur sa décision concernant l’attribution d’un marché à une entreprise espagnole. En attendant, l’entrée de l’usine est bloquée par les manifestants et l’infrastructure tourne au ralenti.

Le mouvement de grève à l’usine du Nord, initié le 4 juillet à l’appel du collectif de Vavouto, ne cesse de prendre de l’ampleur. À tel point que, le 14 juillet au soir, la direction de KNS décide de cesser d’alimenter le four en minerai et de mettre son usine en veille. Selon elle, les conditions de sécurité du matériel et du personnel ne sont plus garanties. Quatre jours plus tard, alors que les employés devaient se rendre sur le site, ils ont à nouveau été bloqués à l’entrée. C’est le résultat d’un appel d’offres pour le forage et le dynamitage sur mine qui a mis le feu aux poudres.

Incompréhension

«Il y a deux ans, KNS a demandé à tous les coutumiers de se rassembler pour répondre aux appels d’offres de l’industriel concernant le forage et le dynamitage. Ces vieux-là n’avaient rien demandé, ils étaient auparavant à la pêche et aux champs », explique Ronald Frère, porte- parole du mouvement représentant l’ensemble des coutumiers de Koniambo. Selon lui, l’industriel leur aurait conseillé de s’associer à l’entreprise locale Label explo qui travaille avec d’autres miniers et possède un savoir- faire reconnu dans le secteur. Ce qui a été fait.

Mais finalement, Label explo n’a pas été retenue dans le second tour de cet appel d’offres. Une décision qui plonge les coutumiers dans une incompréhension totale. « Il y a plusieurs points sur lesquels nous sommes mécontents. Premièrement, la parole donnée n’a pas été tenue. Deuxièmement, comment peut-on privilégier une entreprise étrangère qui ne paye ni Ruamm, ni impôt en Calédonie alors qu’on a les compétences reconnues ici ? », interroge le porte-parole. Car au final, l’entreprise qui a remporté l’appel d’offres est espagnole.

Des tarifs prohibitifs

Selon KNS, le montant des prestations de Label explo était très largement supérieur aux concurrents. « Ils étaient 57 % plus cher que le moins cher retenu. Ce tarif est bien supérieur à ce qu’ils proposent aux autres entreprises minières de la place », souligne Alexandre Rousseau, directeur ressources humaines et communication. Par ailleurs, selon lui, sur les trois entreprises retenues pour le second tour, deux sont locales. La troisième, qui a été retenue, est une société internationale d’origine espagnole.

« On ne bougera pas tant que KNS ne sera pas revenu sur cet appel d’offres. »

« Nous sommes très enclins à inciter et aider les coutumiers à répondre aux appels d’offres afin qu’ils profitent des retombées de l’usine du Nord. Cependant, ces affaires externes ne sont pas parties prenantes de l’appel d’offres qui est régi par des règles internes, conformes aux principes de gestion de KNS et au code de conduite de Glencore. En aucun cas, le fait d’être accompagné pour répondre à l’appel d’offres ne garantit son attribution in fine », détaille Alexandre Rousseau. Quant à l’argument concernant les cotisations sociales, KNS tient à préciser : « Quand une entreprise internationale qui n’est pas encore implantée sur le territoire répond à un appel d’offres, elle sait qu’elle doit se soumettre aux règles de gestion commerciales du territoire ».

Impasse

Pour les coutumiers, la situation est claire. « On ne bougera pas tant que KNS ne sera pas revenu sur cet appel d’offres (dont les contrats n’ont pas été encore signés, NDLR) », martèle Ronald Frère. Du côté de l’industriel, en revanche, cette position n’est pas recevable. « D’abord parce que nous avons un cadre de gestion et des codes de conduite. Ensuite vis-à-vis de nos autres partenaires, il serait déloyal d’accepter des conditions autoritaires. Nous devons rester équitables. Nous avons proposé aux coutumiers de s’associer avec d’autres entreprises qui pourraient être reconnues, mais cette option a été fermement écartée », regrette Alexandre Rousseau. La situation reste donc tendue et l’usine fonctionne toujours au ralenti.

V.G.

©KNS

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