L’Herbier de Nouvelle-Calédonie, petit musée du vivant

Un autre rendez-vous scientifique devrait faire des heureux mercredi 23 novembre. L’équipe de l’IRD ouvre les portes de l’Herbier de Nouvelle-Calédonie afin de faire découvrir ce patrimoine d’intérêt mondial.

Un trésor pas comme les autres est gardé précieusement à l’Institut de recherche pour le développement. Dans ses locaux à l’Anse-Vata, une pièce de 90 m2 regorge de merveilles à haute valeur scientifique et patrimoniale. Une température réglée à 20 degrés. Une hygrométrie aux alentours de 50 %.

C’est dans cet environnement propice que la belle flore calédonienne est conservée. Près de 100 000 spécimens, représentant 9 000 espèces de plantes de la région Pacifique, sont abrités au sein de l’Herbier de Nouvelle-Calédonie. « C’est comme une grande bibliothèque sauf qu’au lieu d’avoir des livres, on a des spécimens d’herbier », précise David Bruy, conservateur. En ouvrant les différents casiers, on plonge dans l’univers incroyable des plantes du territoire.

En quelques mots

L’Herbier de Nouvelle-Calédonie, dans lequel sont entreposés tous les spécimens de plantes collectés sur le territoire, a été fondé en 1961 par Jean-Pierre Blanchon. Il était issu de l’IFO (Institut français d’Océanie), devenu ensuite l’Orstom, puis l’IRD.

Les végétaux ont été pressés, séchés et collés sur une feuille cartonnée. Une étiquette apporte toutes les informations relatives à la collecte : qui a ramassé le spécimen, où, quand, à quoi ressemblait la plante, la couleur des fleurs… Des indications qui permettent de remonter le temps en un claquement de doigt.

Des archives végétales

« Un spécimen, c’est le témoin concret de la présence d’une personne, d’une plante, d’un endroit donné à un moment donné. Quand on les regarde tous, ils retracent pas mal l’histoire coloniale de la Nouvelle-Calédonie et des grandes expéditions », explique David Bruy.

Le plus vieux spécimen remonte à 1836. « Il a été ramassé par Charles Gaudichaud-Beaupré pendant ses voyages dans les îles Sandwich (actuellement Hawaï) », raconte le botaniste. Pour la Nouvelle-Calédonie, les planches les plus anciennes datent de 1855. « Chacun de ces spécimens d’herbier est un objet de collection. L’IRD est soumis à la loi musée et on est les responsables légaux de ces objets qui font partie intégrante du patrimoine calédonien. »

Des planches historiques, dont les plus anciennes datent de 1836, retracent les grandes expéditions scientifiques dans le Pacifique. / © E.B.

L’aspect historique est aussi important que l’aspect scientifique. Au-delà d’être un témoin du passé, l’Herbier est un outil de base indispensable pour les chercheurs. C’est dans ses murs que les botanistes décrivent les espèces nouvelles et analysent leur histoire de vie. « Comme on a une flore extrêmement riche et originale, elle est encore mal connue. On décrit en moyenne une nouvelle espèce endémique chaque mois », informe David Bruy.

Toutes les personnes qui travaillent sur les plantes calédoniennes font naturellement un crochet par cette pièce. Les associations, les chercheurs, les collectivités, le gouvernement, les bureaux d’étude et même les mineurs viennent observer de près les végétaux. « On a entre 200 et 300 consultations chaque année. Tous les acteurs de l’environnement passent forcément par ici. »

Une mine d’or à protéger

Avec une flore locale contenant près de 3 600 espèces végétales vasculaires (une plante vasculaire est un végétal doté de vaisseaux servant à la circulation de l’eau et de la sève), dont 75 % sont endémiques, l’Herbier est la vitrine de la diversité végétale calédonienne. Une mine d’or, si riche mais si fragile. Selon les critères de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), 44 % de la flore évaluée est menacée d’extinction. Un danger engendré par les feux de brousse, les espèces envahissantes, mais aussi la mine. « On a beaucoup d’espèces qu’on sait qu’on ne produira jamais. On sait produire 10 % des espèces menacées par la mine. »

 

Pour David Bruy, il est indispensable de « repenser notre façon de gérer la biodiversité » afin d’inverser cette tendance. Dans la salle des collections, certains spécimens collés sur les feuilles cartonnées n’ont pas été revus depuis qu’ils ont été ramassés. C’est-à-dire, en 1868. « Ils sont très précieux et on a plusieurs cas comme celui-là. »

L’Herbier devient ainsi un excellent outil de sensibilisation. Il permet de faire comprendre aux visiteurs l’importance de la flore calédonienne. L’intérêt et, surtout, l’obligation de protéger l’existant.

Edwige Blanchon

Photo : David Bruy, responsable de l’Herbier de Nouvelle-Calédonie à l’IRD. / © E.B.

Un muséum en Nouvelle-Calédonie ?
C’est le rêve de David Bruy. Le responsable de l’Herbier estime que les collections de l’IRD auraient tout intérêt à être mises davantage en valeur. « Il y a beaucoup de choses à faire. On a des insectes, des coraux, des poissons en bocaux… Il faudrait qu’on puisse monter un muséum. J’aimerais bien voir ça avant de partir à la retraite », confie-t-il.
Inscriptions et réservations
Plus d’informations et inscriptions sur le site nationale de la Fête de la science.

 

 

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