Walles Kotra « C’est notre relation au pays qui se joue »

Après quatre années au siège du groupe France Télévisions, à Paris, où il occupait le poste de directeur exécutif chargé de l’outre-mer, Walles Kotra revient en Nouvelle- Calédonie pour assurer la fonction de directeur régional de NC La 1ère. Nous avons profité de ce retour pour lui poser quelques questions sur l’avenir de la station.

DNC : La Nouvelle-Calédonie est dans une situation particulière avec la possibilité du transfert de l’audiovisuel. Il pourrait être demandé prochainement par au moins un groupe politique du Congrès. Comment voyez-vous cette option avec l’appartenance de NC La 1ère au groupe France Télévisions ?

Walles Kotra : C’est une question qu’il faut poser aux responsables politiques. C’est à eux de décider. Nous, ce que nous pouvons faire, c’est de voir comment nous pouvons accompagner ce transfert. On ouvre nos portes et nos fenêtres aux acteurs locaux pour leur donner tous les éléments afin qu’ils puissent débattre. Notre présidente est aussi venue ici pour le dire, France Télévisions accompagnera le processus avec loyauté, en défendant son personnel, mais elle le fera avec loyauté. Dans cette période référendaire, nous allons jouer notre rôle de service public, il appartiendra ensuite aux élus de décider et nous ferons le nécessaire avec notre actionnaire qu’est l’État.

Les politiques orienteront la manière dont cela doit se faire, mais est-ce que l’outil « NC La 1ère » est adapté à la Nouvelle-Calédonie ? Comme vous l’avez rappelé, l’actionnaire est l’État, mais demain, en cas de transfert, ce sera la Nouvelle-Calédonie. Notre gouvernement aurait-il la capacité d’assumer, ne serait-ce que la masse salariale qui représente un poids financier assez important ?

Nous, ce que nous pouvons faire, c’est dire combien il y a des journalistes, combien de caméras, combien de micros… Ce travail-là, nous l’avons fait. C’est aux élus de décider. On dit simplement ce que nous allons faire pendant la période référendaire. Après, nous accompagnerons, en fonction de la décision des élus, avec loyauté, c’est ce que qu’a dit la présidente. Ce n’est pas notre rôle de rentrer dans le débat.

Concernant le référendum, une chercheuse spécialiste des questions de communication a mis en lumière quelques problèmes au niveau de la couverture
du précédent référendum. Quel est votre position ?

Je n’ai pas pris connaissance de ces travaux, mais l’éthique du groupe est de dire que cette maison appartient à tout le monde parce qu’elle n’appartient à personne. Chacun doit trouver sa place ici. On doit être un espace de parole qui représente le pays. C’est cette indépendance-là qui est garantie. Nous sommes là pour veiller à ça, pour que tout le monde puisse s’exprimer. La difficulté du référendum, pour nous, c’est qu’il y a le débat politique qui clive et qui divise. Il faut absolument que les deux positions puissent s‘exprimer et débattre dans des espaces dédiés de manière sereine. Et nous veillerons à cela. Mais à côté de ça, il y a la Calédonie qui se construit. Et elle ne se construit pas dans la bipolarisation, mais elle se construit ensemble, avec toutes les mains qui participent. Et l’on veut être attentif à ça.

Souhaitez-vous changer le visage de NC La 1ère ou du moins quelques éléments ?

Il y a une chose qui n’évolue pas et qu’il faut garder, c’est notre relation au pays qui fait partie de nos gènes. Cela peut s’exprimer par le documentaire ou des émissions comme Casse pas la tête. Mais nous sommes surtout très attentifs aux usages des Calédoniens. Beaucoup regardent leur téléphone avant de regarder leur téléviseur. La nouveauté de 2020, ce sera de donner plus de puissance à cette offre numérique pour s’adapter à l’évolution des besoins des Calédoniens. En termes de chiffres, nous avons 950 000 à presque un million de vidéos vues sur Facebook chaque mois, c’est énorme ! Notre site reçoit 560 000 visites et Instagram est en train d’exploser. Je suis très attentif à ça, c’est notre relation au pays qui se joue là.

En parlant de chiffres, le dernier sondage de Médiamétrie montre que NC La 1ère est en très légère baisse, d’autres chaînes sont en progression, y compris Caledonia qui progresse légèrement. Comment voyez- vous Caledonia, comme une chaîne concurrente, complémentaire ?

Je ne souhaite pas de débat inutile. Aujourd’hui, quand on regarde le pays, quand on voit une chaîne comme NC La 1ère qui fait près de 65 % d’audience pour son journal du soirlàoùTF1fait22%et,àcôtédeça,vous avez l’audience de la radio et du numérique, NC La 1ère est un outil très puissant. La vraie question est de savoir comment on utilise cet outil au service du pays. Quelle est notre responsabilité dans cette période pour faire parler les gens qui n’ont pas accès à l’antenne, pour éclairer des situations, organiser des débats ? Notre responsabilité est de répondre à ces questions. Notre responsabilité est de prendre en compte ce pays complexe dans toute sa diversité.

Vous avez commencé votre carrière en tant que journaliste de terrain, quel est votre vision du paysage médiatique en Nouvelle-Calédonie à l’aube du deuxième référendum et de la santé de la presse ?

Cela n’a pas beaucoup changé. Dans un pays comme la Nouvelle-Calédonie, on a besoin d’une presse pluraliste. Pendant longtemps il y a eu deux journaux. Mais plus ça va et plus les organes principaux sont fragilisés et ce n’est pas bien pour le pays. Il faut que l’on trouve une économie pour permettre à la presse de s’exprimer. Après, il y a le numérique qui m’inquiète un peu. Sous prétexte d’anonymat, je pense que l’on peut brûler un pays. Ne jouons pas avec le feu. Le numérique donne parfois le sentiment que l’on peut s’émanciper de notre histoire difficile. Je suis très solidaire des organes de presse. C’est primordial d’introduire de l’éthique dans des petites communautés comme les nôtres pour que cela ne dérape pas.

M.D.

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