Usine du Sud : une étape importante

Le dossier de l’usine du Sud s’est durci, mais une étape importante a été franchie. À la demande du ministre des Outre-mer et de nombreux acteurs, une table ronde s’est tenue sur le sujet, mardi, au haut-commissariat. Une deuxième est prévue ce jeudi.

Rien n’a véritablement filtré du huis clos, organisé mardi après-midi au haut- commissariat, sur le dossier de la reprise de l’usine du Sud. Ce rendez-vous a permis de réunir l’ensemble des parties prenantes autour d’une même table dans
un contexte de durcissement des positions du collectif Usine du sud = usine pays. Dans un premier temps, la réunion avait vocation à permettre « à chacun d’exprimer ses attentes et ses interrogations sur le devenir du site ».

Autour de la table, les représentants de l’Instance coutumière autochtone de négociation et du collectif, de Vale-NC, du gouvernement, le président du Congrès, la présidente de la province Sud, du Sénat coutumier, des groupes politiques du Congrès, des chefferies du Sud, de l’État et les parlementaires ont pu présenter, pendant plus de sept heures, leur vision de l’avenir de l’usine Sud dans le cadre du départ de Vale. À noter l’absence du président de l’Union calédonienne, Daniel Goa, qui a précisé être retenu à Hienghène.

À l’issue de la rencontre, les défenseurs de l’offre Sofinor/Korea Zinc ont exprimé une certaine satisfaction. Pierre-Chanel Tutugoro, chef de groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès, a déclaré que « le fait d’avoir pris le temps de discuter, c’est déjà une avancée. Il y a eu des espaces de discussion, c’est ce qui est important pour la suite ». L’occasion de rappeler que les indépendantistes demeurent fermes sur leur position. « On souhaite que le projet que nous soutenons, à travers le consortium Korea Zinc/Sofinor, puisse avoir la chance d’être affiné ».

Une seule offre

La table ronde a été marquée par deux heures de présentation en vidéoconférence de la banque Rothschild, missionnée par Vale Toronto, pour l’accompagner dans sa recherche d’un repreneur. La banque a retracé le déroulement de la procédure de reprise en apportant des précisions sur les différents dossiers et la manière dont ils ont été analysés. Sonia Backes, la présidente de la province Sud, a indiqué que la banque Rothschild « a une nouvelle fois précisé qu’il n’y a qu’un seul projet en lice à l’heure actuelle. Mais il faut que nous travaillions sur l’actionnariat local pour obtenir un projet qui ressemble à tout le monde. »

Un point de vue que ne partage pas l’Ican. « Nous ne croyons pas que ce soit une décision définitive (…), a déclaré Raphaël Mapou, son porte-parole. Rothschild est sur ses certitudes, nous ne sommes pas convaincus que ce sont les certitudes de Vale, qu’il n’y a pas possibilité de faire bouger les lignes. »

Une nouvelle table ronde est précisément prévue ce jeudi, 3 décembre, au cours de laquelle les deux offres seront présentées et discutées.

Quid de Korea Zinc ?

Une fois encore, la Sofinor, qui est le mandataire de Korea Zinc, devrait rappeler sa volonté de pouvoir bénéficier de la procédure de « due diligence » (visite sur le site de façon à procéder à des expertises) afin de boucler son dossier et être en mesure de soumettre une offre définitive à Vale Toronto. Des expertises que réclame également le collectif Usine du Sud = usine pays rappelant dans un communiqué diffusé avant la table ronde, sa « priorité absolue de diligenter une mission d’experts internationaux pour évaluer de façon précise, avant le départ de Vale, le montant des garanties environnementales, largement sous- estimées ».

La principale crainte réside dans la stabilité du barrage qui retient les boues résiduaires de l’exploitation. Le collectif s’inquiète notamment d’une potentielle rupture, à l’instar des barrages de Vale qui se sont effondrés en 2015 et 2019, à l’origine de catastrophes humaines et environnementales. Pour rappel, le barrage assure le stockage de 30 millions de mètres cubes de boue. Sa pleine capacité de stockage, de 45 millions de mètres cubes, soit le double du barrage de Brumadinho qui a cédé en 2019, devrait être atteinte en 2023.

La mobilisation se renforce

En attendant des avancées concrètes, les blocages perlés se sont multipliés ces derniers jours autour des centres commerciaux, des sites touristiques du Grand Sud et des sites miniers. Des actions ont notamment ciblé les sites de Thio, Kouaoua, Kaala-Gomen et Tontouta où les minéraliers sont notamment empêchés de charger le minerai. Dans la nuit de mardi à mercredi, des jets de pierres ont eu lieu à hauteur de la tribu de Saint-Louis.

À partir de minuit, mardi soir, l’USTKE a entamé une grève dans le secteur minier de 24 heures. Le syndicat a également appelé à la grève générale, à partir de jeudi, sur l’ensemble du secteur privé interprofessionnel. Le syndicat dénonce « l’opacité qui continue à entourer le dossier Vale NC », mais surtout « l’attitude de l’État, de la province Sud et d’Antonin Beurrier soutenu par la direction de Vale Canada à vouloir persister dans le choix de Trafigura comme repreneur de l’usine du Sud ». La grève pourra être reconduite si rien ne bouge, a d’ores et déjà prévenu l’USTKE.

Ils demandent l’arrêt des blocages

En parallèle de cette mobilisation, un rassemblement était organisé à l’hippodrome Henry-Milliard, la semaine dernière, par le comité d’entreprise de Vale NC, avec le soutien de la direction, pour demander l’arrêt des blocages et pouvoir travailler librement. L’occasion pour Yannick Falelavaki, le secrétaire Soenc nickel du comité d’entreprise, de rappeler que sur les offres de reprise qui peuvent exister aujourd’hui, les salariés « n’ont pas de position, mais sont tributaires de ce qui se passe. » Et d’ajouter, « ce que nous souhaitons, c’est maintenir l’activité de l’usine pour conserver les emplois (…) qu’il y ait une continuité dans notre activité ».

Une position soutenue par les sous-traitants, à l’image de Christophe Ringuenoir, le patron de STMR composite, qui a expliqué : « Les sociétés sont de plus en plus dans le rouge parce que nous avons traversé une année très difficile avec la Covid et le référendum. Avec les blocages, nous ne pouvons plus travailler, et en pareil cas, les dindons de la farce ce sont au final les petits ouvriers. Ce sont eux qui payent la facture ! »

D.P.

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