Une campagne de militants

À la différence de la campagne de 2018 qui était menée par les élus, celle du deuxième référendum est une campagne de militants, et ce, dans les deux camps.

Dans deux jours, vendredi soir minuit, la campagne référendaire officielle se termine. Dimanche, les quelque 180 000 personnes inscrites sur la liste spéciale seront appelées à voter oui ou non. Durant des semaines, la mobilisation des deux côtés était intense sur tout le territoire. Les rencontres chez l’habitant, les réunions publiques, les manifestations ont été nombreuses.

Le week-end dernier les partisans du oui n’ont pas hésité à faire un défilé de bateaux dans les baies de Nouméa, et ceux du non ont préféré le réaliser en voiture ou en moto, tous brandissant les couleurs de leur drapeau respectif. La mobilisation était tous azimuts, les grands rassemblements se tenant pour la plupart ces derniers jours. Le grand meeting final se déroule ce jeudi, 1er octobre, à Ko Wé Kara pour le FLNKS, de 9 heures à 22 heures, et au stade Numa-Daly pour les Loyalistes, de 18 heures à 20 heures.

Bilans positifs

Est-ce que la campagne a fonctionné ? Même s’il est encore tôt pour tirer des conclusions, les élus des deux camps semblent satisfaits. D’une campagne radicale, le glissement s’est fait vers une campagne résolument identitaire que les militants se sont appropriée. Pour les Loyalistes, Philippe Blaise a évoqué sur les ondes une « campagne avec une très forte mobilisation des deux côtés. Les indépendantistes sont partis très tôt, mais il y a une forte mobilisation des électeurs loyalistes, une forte mobilisation des bénévoles ». Et de rajouter : « Je crois que les gens ont très bien compris l’enjeu. Ils ont compris qu’il n’y a pas de marche arrière, que si par malheur, la Calédonie devenait indépendante, on n’aura pas un nouveau référendum pour vérifier qu’on s’est bien prononcé le 4 octobre. »

Même avis dans le camp indépendantiste. Louis Mapou a déclaré dans l’émission Transparence, sur RRB, avoir « une grosse satisfaction, parce qu’à la différence de 2018, c’est une campagne pour le oui qui est largement appropriée. Ce sont les militants eux-mêmes qui ont fait campagne. Les initiatives ont surgi de toutes parts. On a les universitaires qui s’en sont saisis, on a eu des débats citoyens avec un public que l’on ne connaissait pas jusque-là, on a eu beaucoup de discussions organisées avec des milieux qu’on n’avait pas l’habitude de côtoyer. On a une grosse mobilisation populaire et j’ai envie de dire qu’on est surpris que cette question-là soit appropriée par le peuple lui-même ».

Unité des composantes

Ce qui marque également, c’est l’unité des deux principaux blocs. Tous les partis non indépendantistes se sont regroupés pour faire campagne commune, à l’exception de Calédonie ensemble qui tente toujours de se démarquer. Comme l’explique Philippe Blaise : « Cette unité a vraiment produit des résultats spectaculaires. Notre campagne a été très active. Par rapport à 2018, les gens ont bien compris que l’optimisme excessif que nous avions eu, et où certains députés avaient annoncé 70 %, n’avait pas porté ses fruits. On avait, à tort, cru que nous aurions une victoire facile et cela a ouvert les yeux aux gens sur le fait que tout le monde devait aller voter, le 4 octobre. »

Coté indépendantiste, on trouve toujours aussi un certain éclatement des représentations au sein du FLNKS. Le Parti travailliste a appelé cette fois à voter oui après avoir composé un nouveau mouvement nationaliste, le MNSK. Avec lui, d’autres mouvements ont proposé des idées différentes pour l’après-référendum, d’autres projets. Certains allant jusqu’à demander de voter non, comme la Dynamique autochtone. Cependant, au sein du FLNKS, Louis Mapou estime que les « campagnes du oui se sont faites ensemble, sous la responsabilité à la fois de l’équipe de campagne nationale, dirigée par Mickaël Forest de l’UC et Wassissi Konyi de l’UNI, et au niveau local, par les comités qui pilotent la campagne. Et nous avons des meetings qui sont organisés, à raison d’un grand meeting par commune et dans ce meeting, ce sont les responsables ».

Projets de société

C’est avec ces projets de société que les militants de tous bords ont rencontré les Calédoniens. Avec un fossé entre les visions. Pour Philippe Blaise : « On voit qu’il y a une totale différence entre le projet indépendantiste et le projet de ceux qui veulent le maintien dans la France. Malgré les phrases un peu rassurantes qu’on a pu entendre dans la campagne indépendantiste, on voit que le fondement de leur projet reste quand même l’affirmation qu’une communauté qui aurait plus de droits historiques que les autres. Or nous, nous disons exactement le contraire, nous disons que nous voulons rester français, parce que seule la France nous garantit que nous serons égaux en droit et en dignité. » L’élu loyaliste ajoute que sur le dossier économique et social, le projet indépendantiste est « creux ».  Pour lui, l’État a été très clair dans son document : « Si on devenait indépendant, les transferts financiers seraient caducs, c’est-à- dire que tout ce qui est aujourd’hui aidé par la Métropole, l’enseignement secondaire, donc les 46 milliards, mais également les dotations aux provinces, six milliards, toutes les aides aux communes, tout ça s’arrêterait, parce que la France ne donne pas d’argent à des États indépendants. Donc, il y aurait, pendant un an, une transition assez courte, et puis après, vous vous débrouillez, vous vous financez par vous-mêmes, vous augmentez vos impôts ». Et de conclure par : « Je pense que le projet indépendantiste, en fait, est un projet très idéologique. C’est un projet où on sent qu’il y a une volonté de revanche sur l’histoire, un projet qui ne respecte pas assez le quotidien des Calédoniens. »

À l’inverse, pour Louis Mapou, la Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui a surtout besoin d’une chose : « Qu’on arrête de dire qu’il ne faut que la France. Nous, ce qu’on dit simplement, c’est qu’il faut poser le pied, franchir le cap et arrêter de continuer de faire croire qu’il y a d’autres perspectives que celle de l’accession à la pleine souveraineté. Il n’y en a pas d’autres. Pour cela, il faut réviser ce qui est en train d’être fait, pour voir, sur la base du développement de la Nouvelle-Calédonie, ce que nous avons atteint et quelles sont les améliorations qu’il faut apporter ». Concernant la discrimination avancée par Philippe Blaise, Louis Mapou répond : « Dire que notre projet est un projet en faveur d’une ethnie, j’hallucine ! Depuis 1988, nous avons travaillé ensemble pour entendre ce langage de campagne ? Non, nous ne pouvons accepter de tels propos. » Et à son tour de conclure : « En résumé, vous voulez qu’on fasse quoi au sein de la République ? Le projet de l’Avenir en confiance ? Un projet d’assimilation, à nouveau, qui nous demande de diluer ce que nous avons entrepris ensemble pour construire quelque chose qui nous est propre au sein de la République. »

Bref, les paroles d’élus autour de la table restent tranchées. Alors même si « bien faire vaut mieux que bien dire », reste à savoir si, dimanche, les électeurs voteront pour un projet de société ou pour des convictions idéologiques.

D.P.

 

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