Un risque d’attentisme inquiétant pour l’économie

Au lendemain de la deuxième consultation, c’est l’heure du bilan pour le monde politique, mais aussi et surtout pour le monde économique. L’inquiétude est palpable, d’autant plus que le contexte est particulièrement incertain. Les chefs d’entreprise attendent un positionnement clair des responsables politiques pour éviter au territoire d’être aspiré dans une spirale récessive.

L’économie aime la stabilité, quand tout peut être planifié, sous contrôle. La Nouvelle-Calédonie traverse une situation qui est à peu près à l’inverse. Si le territoire est parvenu à passer entre les gouttes de la Covid-19, il doit tout de même faire face aux conséquences de la crise mondiale, en particulier sur le secteur du tourisme. À cette crise inédite s’est ajoutée la deuxième consultation sur l’avenir institutionnel du pays. Si l’économie calédonienne est coutumière d’une forme de « yo-yo » conjoncturel à chaque grande élection depuis près de trente ans, les référendums successifs ont un effet nettement plus important sur le moral des chefs d’entreprise.

Valérie Zaoui, la deuxième vice-présidente du Medef-NC, a déclaré, sur les ondes de Nouvelle-Calédonie La 1ère, que le mouvement patronal attendait rapidement un Comité des signataires afin d’obtenir des réponses et surtout des gages de stabilité pour les années à venir. Sans ces gages, les investissements et les crédits accordés par les banques pourraient se tarir rapidement. Les chefs d’entreprise devraient toutefois en être pour leurs frais à court terme puisque l’organisation d’une troisième consultation semble inéluctable. Deux ans qui seront suivis d’au moins encore quelques années pour assurer la transition en cas d’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté et peut-être un peu moins si le pays devait rester dans le giron français.

Après vingt années d’Accord de Nouméa et un fort développement économique, c’est une période d’incertitude qui s’ouvre et, avec elle, des risques de ralentissement économique du fait d’une baisse attendue des investissements dans ce genre de contexte. Conjugué avec la situation économique, le cocktail pourrait s’avérer particulièrement toxique pour les entreprises qui pourront difficilement compter sur des pouvoirs publics disposant de moyens très limités et dans l’incapacité de s’endetter davantage.

La peur, ennemi des investissements

Par ailleurs, on peut s’interroger sur le rôle des partis politiques quant à leurs positions durant la campagne. Les déclarations particulièrement anxiogènes n’ont pas franchement rassuré la population. L’annonce, par les Loyalistes, que le projet de rachat de Vale NC, porté par la Sofinor/ Korea Zinc, avait été rejeté à quelques jours du scrutin pose question, d’autant que l’information avait été démentie par la Sofinor, le lendemain. Certaines propositions de loi déposées par le groupe UC-FLNKS au Congrès ne sont pas non plus de nature à rassurer les Calédoniens.

C’est le cas d’un projet de loi du pays, déposé la semaine dernière, qui prévoit d’interdire l’achat de logements dans l’ancien aux « non-citoyens » calédoniens : l’accession à la propriété leur serait réservée uniquement dans le neuf. Dans son exposé des motifs, le texte précise qu’il a vocation à réparer une situation issue des politiques de logement de ces dernières années, qui ont soutenu les foyers en capacité de s’endetter et contribué, au moins en partie, à conserver un haut niveau de prix de l’immobilier, voire à tirer le niveau général des prix encore davantage vers le haut, au détriment des ménages les plus modestes.

Du même coup, avec cette proposition, des indépendantistes, les prix de l’immobilier pourraient baisser, ce qui permettrait aux Calédoniens d’accéder à la propriété plus facilement. L’UC-FLNKS avance que ce type de texte existe un peu partout dans le monde dans la même logique. De fait, une telle loi existe en Australie comme en Nouvelle- Zélande à un détail près.

Un projet de loi plus restrictif que chez nos voisins

En Australie comme en Nouvelle-Zélande, les étrangers disposant d’un visa d’au moins un an peuvent acquérir un bien déjà bâti. Si le dispositif est restrictif, il conserve un minimum d’ouverture. Ce n’est pas le cas du projet de l’UC-FLNKS qui n’a pas retenu de critère tel que la durée de résidence. La citoyenneté calédonienne ne pouvant être ouverte tant que le processus de l’Accord de Nouméa n’est pas achevé, le nombre d’acheteurs potentiels serait figé. L’impact sur le marché de l’immobilier serait probablement important et ferait dégringoler le prix du bâti. Les propriétaires qui souhaiteraient vendre leurs biens pourraient alors faire face à des difficultés et perdraient probablement une partie de leur investissement en cas de forte baisse de du marché.

Au-delà des conséquences sur le marché de l’immobilier, ce projet – très restrictif – découragera certainement l’arrivée de Métropolitains et stimulera le départ de certains résidents actuels qui pourraient estimer ne plus avoir de perspectives à moyen ou long terme en Nouvelle-Calédonie, renvoyant une nouvelle fois à l’incertitude liée à l’avenir institutionnel du territoire. Les conséquences seront difficiles à estimer, en particulier sur le financement du système de protection sociale. Entre les recensements de 2014 et 2019, 9 900 personnes ont quitté le territoire, donnant un solde migratoire négatif (ce qui n’était pas arrivé depuis trente ans, selon l’Isee). S’il n’existe pas d’étude expliquant les raisons de ces départs, on peut penser, sans prendre trop de risques, que les échéances référendaires n’y sont pas étrangères.

Le cas de Vale NC a également de quoi susciter quelques interrogations. La mission d’information qui devrait être créée à l’occasion de l’assemblée de la province Sud, ce jeudi, vise précisément à informer les conseillers de la province sur l’avancée des négociations. Ce sont près de 3 000 emplois directs et indirects qui sont en jeu. Reste à savoir ce que proposera l’exécutif actuel, voire le prochain si celui-ci devait tomber.

M.D.

©M.J.S. 

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