Quelle stratégie sanitaire ?

Jusqu’ici principalement cantonnée à la lutte contre toute introduction du Covid-19 sur le territoire, la Nouvelle-Calédonie va devoir maintenant éviter sa propagation et atténuer ses éventuels effets sur la population. Les moyens sont heureusement nettement supérieurs à ce qu’ils étaient l’année dernière. Encore faut-il les déployer efficacement.

  • Libérer la quatorzaine

On le sait désormais, la détection du virus et sa circulation implique généralement un repli sur soi. La première décision des autorités a été de fermer les frontières pour deux semaines. La bulle sanitaire avec Wallis-et-Futuna, bien sûr, mais plus largement tous les vols internationaux de passagers à destination de Nouméa, qu’ils arrivent de Métropole/Tokyo ou de Sydney. Les derniers vols d’Australie et de Wallis ont permis de rapatrier évacués sanitaires, vacanciers et professionnels en mission. Les départs de la Tontouta sont, en revanche, toujours possibles.

Autrement, seuls les vols de fret opèrent avec des places pour le personnel médical ou autres techniciens essentiels à la vie économique du pays, qui sont désormais les seuls à faire exception. Pour eux, la quatorzaine évidemment demeure. Les autres restent sur les listes d’attente mais verront leur retour ou leur arrivée en Calédonie reporté.

La limitation drastique des arrivées a pour principal objectif de rétablir les capacités hôtelières (600 places toujours au total). En cas d’épidémie, en effet, les établissements de quatorzaine devront pouvoir accueillir les personnes ayant le Covid-19, mais ne nécessitant pas d’hospitalisation dans l’unité dédiée du Médipôle, alors réservée aux cas les plus graves.

  • Fermer les frontières

Pour éviter la propagation éventuelle du virus, le gouvernement a aussi décidé de limiter au maximum les déplacements collectifs intérieurs. Les coutumiers se sont d’ailleurs prononcés contre tout mouvement d’avions et de bateaux, jusqu’à nouvel ordre. Air Calédonie n’assure plus ses rotations habituelles. Les transports maritimes sont aussi suspendus. Des rotations spéciales sont organisées, en coordination avec le gouvernement et les coutumiers, pour rapatrier les personnes qui le souhaitent. Le réseau Raï est également à l’arrêt et concrètement, seul le réseau interurbain Tanéo fonctionne pour permettre aux personnes de rejoindre leur lieu de travail.

  • Confiner

Le gouvernement et l’État ont décidé d’un confinement de la population pendant quinze jours (lire les modalités en page 6). L’objectif est multiple, a précisé Thierry Santa : limitercasser la transmission du virus tant qu’il est encore temps », permettre la poursuite des investigations, c’est-à-dire identifier les personnes porteuses du virus et tous les cas contact et affiner la stratégie sanitaire, selon leurs résultats.

  • Tester 

23 465 tests ont été effectués depuis le début de la crise sanitaire, en mars 2020. Les analyses vont évidemment monter en puissance pour obtenir des réponses sur la santé des cas contact, de toutes les personnes ayant voyagé à Wallis-et-Futuna et plus globalement, avoir une idée de la propagation du virus. La quantité de tests disponibles sur le territoire n’est plus un problème, a assuré la Dass, et les réassorts des stocks sont tout à fait possibles. En cas de symptômes (fièvre, maux de tête, courbatures, difficultés respiratoires, perte du goût et de l’odorat…), il faut contacter son médecin qui jugera s’il faut vous orienter vers un centre de dépistage. Une tente de dépistage a de nouveau été installée au Médipôle. Les rendez-vous pour se faire tester sont fixés selon un ordre de priorité par la Dass, en appelant le 05 02 02 ou le 05 02 03, des numéros difficilement joignables. Les tests sont désormais possibles dans la plupart des centres médico-sociaux, tandis que les prélèvements sont analysés au Médipôle et au CHN.

  • Vacciner

Le contexte a sensiblement changé depuis l’année dernière, principalement grâce au lancement de la campagne de vaccination qui réduit drastiquement les risques de développer une forme grave de la maladie (et d’engorger l’hôpital) et qui construit notre immunité collectivité. Mais force est de constater qu’elle n’a concerné, pour l’instant, qu’une partie infime de la population (moins de 1%), les Calédoniens ne s’étant pas bousculés au portillon, en raison, à notre sens, d’un manque d’information, de sensibilisation. Jusqu’à lundi, évidemment. Après l’annonce de la présence du virus sur le territoire, 950 personnes se sont fait vacciner en une journée. Mardi, 9 765 doses du vaccin Pfizer avaient été administrées et mercredi les 11 000 doses avaient été dépassées sur un stock de 22 000. 2 627 personnes ont reçu leurs deux injections.

Désormais, l’État l’a assuré, 10 000 doses seront acheminées par semaine. L’objectif du gouvernement est d’atteindre 2 000 vaccinations par jour. « La vaccination va s’accélérer, a promis Thierry Santa, car c’est le meilleur moyen à l’heure actuelle de se protéger et de protéger les autres contre le Covid-19. »

Elle concerne en premier lieu le personnel en première ligne, les voyageurs pour motif impérieux, les résidents et personnel des maisons de retraite et a, plus récemment, été ouverte aux 75 ans et plus, aux personnes présentant des comorbidités (cancer, diabète, obésité, insuffisance rénale, respiratoire, etc.) et aux professionnels de santé au sens large (kinés, orthophonistes, dentistes, pharmaciens, etc.).

Outre celui du Médipôle, des centres de vaccination ont ouvert à Nouméa (Receiving), Koné (CHN, avec un déplacement à Koumac et Poindimié un jour par semaine) et la vaccination doit être établie de manière pérenne dans les centres médico- sociaux des provinces (comme c’est déjà le cas à Bourail, La Foa à partir du 16 mars…). La plus grosse difficulté concerne la province des Îles. L’absence de pont aérien ne permet pas d’envoyer les vaccins (ni les tests ou les analyses d’ailleurs). Des discussions sont en cours avec les instances coutumières. Des centres doivent être ouverts à Wé, Hulup, La Roche ou Tadine. 120 personnes se sont pour l’instant portées volontaires dans les îles.

Le numéro vert (05 00 33) centralise toutes les demandes de rendez-vous. Mais là encore, il est pour l’instant très difficile d’accéder à un interlocuteur. Les équipes doivent être renforcées prochainement, a assuré le gouvernement. Deux plateformes supplémentaires dédiées aux entreprises publiques et privées doivent par ailleurs être mis en place pour désengorger le circuit général.

  • Continuer à soigner

Lors du premier confinement, les Calédoniens ont réduit drastiquement leurs déplacements dans les structures de santé. Les autorités sont unanimes : il faut continuer à consulter, notamment lorsque l’on a une maladie chronique. L’arrêt du suivi des soins peut être aussi dramatique qu’un virus… Dans les établissements de santé, que l’on se rassure, les circuits sont bien séparés pour éviter toute contagion.

  • Protéger

La Nouvelle-Calédonie dispose désormais de masques, ce qui n’était pas le cas en mars 2020. Le gouvernement possède un stock stratégique de quatre millions de masques et l’État d’un million. Les pharmacies et les entreprises ont également constitué leurs stocks. Le masque, que l’on disait inefficace l’année dernière, est désormais une arme indispensable contre les contaminations. Il sera obligatoire dès samedi. Les gestes barrières et la distanciation doivent aussi être respectés. Les autorités vont devoir insister sur ces messages…


Le Sénat coutumier appelle à « fermer les tribus »

Dans un communiqué, l’instance coutumière a demandé à tous les responsables coutumiers de fermer les accès aux tribus. Des barrages filtrants voient le jour en plusieurs points du territoire. Le Sénat demande plus largement aux coutumiers de respecter strictement les mesures prises par le gouvernement et l’État. « La gravité de cette situation appelle à une vigilance stricte pour l’intérêt de nos populations ».


Plan Covid dans les hôpitaux

Toutes les procédures relatives au Covid-19 ont été réactivées dans les établissements de santé. Le port du masque est généralisé. Au Médipôle, à la clinique Kuindo-Magnin comme au CHN (Koné, Koumac et Poindimié), les visites sont interdites sauf exceptions (patients en fin de vie, enfant handicapé…) et dans ces cas, généralement réduites à une personne. Il en va de même pour les accouchements : l’accompagnant n’est autorisé que pour la mise au monde… Au Médipôle, les urgences ont été réorganisées pour séparer les cas de suspicion de Covid-19 (tentes) des autres patients en circuit classique. Les activités sont maintenues, mais une partie des consultations programmées et les interventions chirurgicales non urgentes sont reportées.

En cas d’épidémie, le Médipôle pourrait atteindre une capacité de 179 lits et jusqu’à 80 en réanimation, avec le renfort du CHN et de la clinique Kuindo-Magnin, contre 20 lits de réanimation en temps normal. On estime que 20 % des malades du Covid ont besoin d’une hospitalisation et 5 % d’un passage en réanimation.

Les visites sont également suspendues dans les Ephad.

C.M.

©M.D. 

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