Quelle Calédonie pour demain ?

À trois mois du possible déclenchement du troisième référendum, l’État lance une grande consultation de la société civile. Des particuliers, des collectifs, le monde économique et social, les maires et la jeunesse pourront contribuer au débat sur l’avenir de la Nouvelle- Calédonie, au-delà du oui et du non.

Mieux vaut tard que jamais. Les Calédoniens, qui vont connaître prochainement une nouvelle étape institutionnelle, auront la possibilité de s’exprimer sur les grandes questions d’avenir, sur la Nouvelle-Calédonie de demain, qu’elle devienne ou non indépendante.

Sébastien Lecornu, le ministre des Outre- mer, l’avait évoqué en octobre, lors de son séjour en Nouvelle-Calédonie, puis confirmé durant son allocution du 11 janvier. Dans la perspective de la fin de l’Accord de Nouméa et avant avril prochain, mois à partir duquel les élus pourront déclencher le troisième référendum, l’État va s’attacher à consulter et éclairer l’ensemble des parties prenantes sur ce qu’il pourrait advenir de la Nouvelle- Calédonie. Ces avis et propositions viendront nourrir la réflexion des décideurs qui auront en main le destin du territoire après cette dernière ligne droite de l’Accord.

Les thématiques choisies sont l’indépendance et la souveraineté au XXIe siècle, l’identité française dans le Pacifique, les liens avec la France. Figurent également les trois sujets évoqués par Emmanuel Macron au lendemain du dernier référendum, le 5 octobre 2020 : le défi climatique et les enjeux environnementaux, le développement économique et la répartition des richesses et la place de la Nouvelle-Calédonie dans l’axe indopacifique.

Étude Quid Novi pour les particuliers

L’institut Quid Novi, qui regarde l’opinion depuis 25 ans et a réalisé, en particulier, une série de sondages politiques depuis 2018, va proposer une étude qualitative et quantitative. « Il s’agira de se pencher sur la perception que les Calédoniens ont, ce qu’ils souhaitent, leurs craintes et leurs attentes pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie », précise Stéphane Renaud, directeur de l’institut.

Jusqu’au 31 janvier, 100 personnes seront interrogées en face-à-face, puis 1 000 par téléphone. Le panel inclura tous les corps électoraux ainsi que ceux qui n’ont pas forcément l’occasion de s’exprimer comme « les femmes vivant en tribu », « les jeunes déscolarisés ». Le comité des Sages a contribué à l’élaboration des questionnaires et des échantillonnages. Cette étude se fera en partenariat avec Sylvain Brouard, chercheur du Cevipof, Centre de recherches politiques de Sciences-Po, qui observera l’évolution des comportements et des idées.

Plateforme numérique pour les corps intermédiaires

Les associations, syndicats, le Sénat coutumier, les clusters et autres collectifs seront appelés, pour leur part, à se prononcer sur la plateforme numérique www.notreavenir-nc.fr du 25 janvier au 25 mars. Leurs contributions seront publiques et pourront être complétées par des auditions à Nouméa, Koné, Poindimié et Lifou. Le site internet proposera, par ailleurs, une bibliothèque de tous les textes et accords de l’histoire récente.

Dialogue avec le monde économique et social, les maires et la jeunesse

Les entreprises regroupées au sein de NC ÉCO, le Conseil du dialogue social, le Conseil économique social et environnemental ainsi que le Cresica* seront sollicités pour transmettre leurs propositions sur une variété de thèmes comme l’exclusion économique et sociale, l’égalité hommes-femmes ou encore la transition écologique et son impact sociétal.

Les 33 maires, qui connaissent particulièrement bien leur territoire et leurs administrés et ont des avis également sur les éventuels transferts de compétences, seront individuellement entendus par les commissaires délégués sur les questions institutionnelles. Ces entretiens seront complétés par une consultation du haut-commissaire des deux associations de maires.

Enfin, à partir de la rentrée, le 15 février, la jeunesse pourra participer à cette réflexion aux travers de ses représentants dans les lycées, à l’université ou les organismes de formation et d’insertion.

Alors que la suite du processus politique s’engagera au mois d’avril, l’objectif est d’apporter avant la fin du mois de mars un maximum d’éléments aux politiques du groupe Leprédour afin de donner de la matière à leur réflexion. Les synthèses, on l’espère, pourront aussi être rendues publiques.

Pour Laurent Prévost, ce débat au sein de la société civile n’est, en tout cas, pas à voir comme s’opposant au débat politique, mais comme étant complémentaire. « À côté d’un accord politique qu’il faudra de toute façon trouver et du choix des Calédoniens, il faudra construire l’avenir. Et on voit qu’il y a une envie de participer alors que l’on est à un moment charnière de l’histoire », a-t-il conclu.


Les autres engagements de l’État

Outre cette grande consultation de la société civile calédonienne, le ministre des Outre-mer s’est engagé à publier un document complet sur les implications du oui et du non. Un document que l’on attendait depuis le premier référendum et qui doit permettre aux électeurs de se prononcer en toute connaissance de cause. Le gouvernement de Jean Castex va aussi s’entretenir avec les forces politiques nationales et les Nations unies.


Une réflexion sur l’enseignement de l’histoire

Le sujet avait été largement commenté, lors de la visite de Sébastien Lecornu en Nouvelle-Calédonie. Suite à une alerte du comité des Sages, le ministre s’était étonné de voir que la jeunesse connaissait mal l’histoire récente du territoire. Le haut-commissaire a fait savoir qu’une réflexion était en cours avec le comité sur la façon dont cette histoire est et devrait être enseignée. De son côté, le Sénat coutumier mène des travaux sur l’identité, la mémoire et l’histoire.

C.M.

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