Quand confinement rime avec déclassement

Pour de nombreux Calédoniens, la période de confinement a été un moment compliqué. La faute à une perte de revenus qui a rendu leur quotidien parfois difficile.

Quand le gouvernement et le haut-commissariat ont annoncé les mesures de confinement le 22 mars, tout le monde savait que son quotidien allait être bouleversé. Mais si certains ont pu continuer à travailler plus ou moins normalement ou en télétravail, d’autres ont perdu leurs revenus. Soit à cause de la mise en chômage partiel, soit parce que leur activité s’est purement et simplement arrêtée.

C’est le cas d’Irma. Elle est gérante d’un food truck depuis cinq ans, avec son compagnon. Une affaire qui habituellement marche bien. Mais tout s’est écroulé presque du jour au lendemain. « Dès la première semaine, on ne savait d’abord pas si on pouvait ouvrir ou non, explique cette maman de deux enfants. Mais on s’est rendu compte que même ouvert, les clients ne venaient plus. Alors le meilleur choix a été de stopper notre activité. On a essayé de faire un peu de livraisons, mais avec un ou deux clients par jour, on ne rentrait pas dans nos frais. »

Plus de ressources

Même chose pour Coco. Femme de ménage entre le Mont-Dore et Nouméa, elle a vu son activité complètement bloquée du jour au lendemain. « J’ai l’habitude d’intervenir chez des personnes âgées, précise-t-elle. Mais avec le risque de maladie, je ne pouvais plus me rendre chez eux. » Pour Irma comme pour Coco, la sentence est immédiate : les ressources habituelles se sont taries.

« Ce qui a rendu la situation encore plus compliquée, c’est qu’on venait de reprendre, après notre pause du début d’année, raconte Irma. On sait qu’en mars et avril, on recommence à faire du chiffre avec des événements importants où nous sommes présents. Cette année, tout est tombé à l’eau. » C’est alors une spirale qui s’enclenche.

« Même si on avait plus de revenus, il a bien fallu qu’on paie nos charges, comme le remboursement de l’emprunt de notre camion ou simplement les courses. Mais on s’est vite retrouvé à découvert et alors, chaque dépense a engendré des frais bancaires supplémentaires. On en est arrivé à redouter d’utiliser notre carte bleue. »

À la mi-avril, elle se retrouve finalement obligée de pousser la porte du centre communal d’action sociale (CCAS), au Mont-Dore, où elle réside. « Je me suis retrouvée avec un colis d’aide alimentaire, avec des pâtes, du riz et des conserves. » Un moment difficile et surtout inattendu. « On l’a vraiment vécu comme un déclassement. On n’avait jamais eu besoin de ce genre d’aide, on ne pensait jamais en avoir besoin un jour puisque tout allait bien. »

Nouvelles têtes

À Boulari, au pôle des solidarités, des personnes comme Irma se sont faites de plus en plus fréquentes ces derniers jours. « On n’a pas encore de chiffres exacts, car on manque de recul, mais depuis le début du déconfinement, c’est vrai qu’on reçoit des personnes qui n’étaient jamais venues nous solliciter, reconnaît Vanessa Schaller, directrice adjointe du CCAS du Mont- Dore. Pour les patentés, c’est souvent la Chambre de métiers et de l’artisanat qui leur conseille de venir nous voir. » Mais nombreux sont ceux qui n’osent pas franchir le pas. « On demande aux gens qui en ont besoin de ne pas hésiter à venir. Dans la vie, il y a des coups durs et ce n’est pas une honte. Nous, on est juste là pour que cela s’arrange. »

Désormais, la reprise de l’activité est là, avec souvent une remise en question. Comment faire les choses différemment après cette période de turbulences ? « On a regretté de travailler les deux dans la roulotte, se désole Irma. Mais je ne peux pas travailler seule et avoir un employé est difficile. Donc c’était logique que mon compagnon travaille avec moi. Mais du coup, quand on a perdu nos salaires, on a perdu tous les revenus de la famille. »

Les clients, eux, reviennent petit à petit, parfois avec la volonté de soutenir les restaurateurs. « On a des clients fidèles qui sont revenus dès la fin du confinement. Il y en a un qui est venu deux fois dans la journée. Cela fait plaisir de voir qu’on est soutenu. » Pour Coco, le quotidien a également repris son cours et elle espère pouvoir remonter la pente rapidement. « J’essaye de travailler le plus possible, pose-t-elle. Mais il faut espérer qu’il n’y ait plus de nouveau cas, car un autre confinement sera encore plus dur. » Une crainte partagée par de nombreux salariés et travailleurs indépendants en Nouvelle-Calédonie.


Appel aux dons au Mont-Dore

La ville du Mont-Dore s’est associée au Secours catholique, à la Croix-Rouge et au Rotary club pour lancer un appel aux dons pour les personnes qui ont été les plus touchées par la période de confinement. Une collecte de produits de première nécessité est organisée jusqu’au 8 mai pour les familles les plus démunies. Les points se trouvent à l’hôtel de ville, à la mairie annexe de Plum et à la bibliothèque de Pont-des-Français.


Jeff Kerrand : « On a eu une explosion de demandes dans le Grand Nouméa »

Le délégué permanent du Grand Nouméa au sein du Secours catholique dresse un premier bilan après la période de confinement.

Quel est le rôle des associations comme le Secours catholique en cette période particulière ?

Avec cette crise sanitaire qui est venue s’ajouter à une crise économique, la situation de beaucoup de personnes a empiré. On a eu une explosion de demandes dans le Grand Nouméa notamment. Donc pour répondre à l’urgence, nous avons mis en place un partenariat avec la Croix- Rouge. Nous préparons les colis alimentaires, eux les livrent.

Cette urgence est apparue rapidement ?

Oui, dès le début du confinement. On a vu beaucoup de gens mis au chômage être en difficulté. Les habitants des îles, coincés à Nouméa, ont été particulièrement touchés par cette situation. Habituellement, on livre une quarantaine de colis par semaine, ces dernières semaines, on était entre 50 et 100, mais par jour ! Désormais, l’urgence est derrière avec le retour progressif au travail, mais il faut continuer l’effort.

Avez-vous eu un soutien particulier ?

Les mairies des Loyauté nous aident beaucoup. Mais c’est le cas également des mutuelles (MDF, commerce, …) qui nous fournissent en chèques repas. Cela permet aux personnes qui en ont besoin de faire leurs courses avec l’avantage de pouvoir acheter des produits frais. Car dans nos colis, par des raisons logistiques, nous ne proposons que des aliments secs.

Êtes-vous confiant pour la suite ?

Le constat que j’ai fait en me déplaçant un peu partout dans le Grand Nouméa, c’est que les gestes barrières ne sont que peu respectés. Donc cela veut dire que le virus n’a vraiment pas circulé. Mais s’il devait arriver en Nouvelle-Calédonie, au sein de la population, je me dis que les mauvaises habitudes sont prises et que cela pourrait devenir très compliqué.

A.B.

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