Nouvelle-Calédonie / Polynésie : deux territoires, deux trajectoires

La Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, deux des trois territoires français du Pacifique, présentent de nombreuses similitudes, mais ont connu des trajectoires sensiblement différentes en termes de croissance ces dernières années. C’est ce que révèle une récente étude de l’Institut d’émission d’outre-mer.

L’Institut d’émission d’outre-mer vient de publier une étude comparative des trajectoires de croissance de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française sur la période 2001-2018. Le premier constat, commun aux deux territoires, est le poids des transferts publics dans l’économie calédonienne et polynésienne. En 2018, ces transferts de l’État, ont représenté 165 milliards de francs en Nouvelle-Calédonie et 188 milliards pour la Polynésie, soit respectivement 16 et 30 % du PIB. Comme le rappellent les experts de l’IEOM, ces dotations constituent un atout à plusieurs titres. Elles sont une source de croissance économique et de rattrapage, en particulier sur le plan social. Les niveaux d’éducation et de soins proposés sur les deux territoires ainsi que les indices de développement humain y sont particulièrement élevés. Les transferts influent également directement sur l’emploi et plus précisément, sur celui du secteur public. D’une manière générale, ces versements représentent une sorte d’amortisseur en cas de mauvaise conjoncture.

L’étude souligne également le poids du secteur public, au-delà de celui de l’État. Elle rappelle l’importance des subventions, de la défiscalisation ou encore des exonérations (en Nouvelle-Calédonie, ces dernières ont représenté 4 % du PIB total en 2017). Les collectivités occupent, par ailleurs, une place prépondérante dans l’économie grâce à l’effet d’entraînement. Elles tirent ainsi une bonne part du reste de l’activité au travers des établissements et entreprises publics ainsi que des participations dans des entreprises privées. Mais ces transferts et ce poids du secteur public portent en eux les défauts de leurs atouts. Comme le souligne le rapport, les transferts contribuent à un niveau de prix élevés : par rapport à la Métropole, plus de 33 % en Nouvelle-Calédonie et 39 % en Polynésie, selon les chiffres de 2015, et qui masquent des écarts nettement supérieurs pour certains postes comme l’alimentation, par exemple.

Des hauts salaires qui pèsent sur la compétitivité

Outre la problématique de vie chère qui est l’une des explications, l’IEOM pointe le manque d’attractivité de la sphère privée des deux archipels qui doivent compenser par des salaires élevés, alignés sur ceux du public, pour attirer les compétences. Les conséquences ne sont pas anodines et pèsent sur la compétitivité des entreprises. Comparativement à la Métropole, les hauts salaires sont plus élevés et les bas salaires, plus bas. Ce ne sont donc pas les bas salaires qui plombent les performances des entreprises, mais, bien au contraire, les plus hauts revenus. Ce système nourrit les inégalités, qui sont un frein au développement économique, autant que le repli des deux économies du Pacifique sur elles-mêmes.

Les similitudes entre les deux territoires sont nombreuses : ils sont tous deux spécialisés (dans le nickel pour la Nouvelle-Calédonie et le tourisme pour la Polynésie), présentent la même structure au niveau du commerce extérieur ou encore ont une croissance principalement tirée par la consommation des ménages (elle représente plus de 65 % du PIB dans les deux territoires). Autres caractéristiques en commun, les petites structures sont majoritaires avec un secteur tertiaire particulièrement développé.

Quelques pistes

L’étude met toutefois en lumière des trajectoires sensiblement différentes ces dernières années. Alors que la Nouvelle- Calédonie a connu un ralentissement progressif depuis 2010-2011 qui avait marqué un pic de croissance, la Polynésie française a connu une forte récession en lien avec la crise économique mondiale de 2008. Il aura fallu près de cinq ans à la Polynésie pour sortir la tête de l’eau et retrouver une croissance positive. Si la croissance calédonienne s’est maintenue à un niveau positif, elle frôle le zéro en 2018. À noter que le PIB de la Nouvelle-Calédonie est presque deux fois supérieur à celui de la Polynésie (1 000 milliards de francs contre près de 600 milliards). Ces différentes trajectoires se retrouvent sur le marché de l’emploi. Nos voisins polynésiens ont connu une longue période de destruction d’emplois dans le privé (entre 2008 et 2014), alors que le niveau de l’emploi salarié privé en Nouvelle-Calédonie connaît un ralentissement qui a commencé en 2015, mais moins marqué qu’en Polynésie.

Si l’étude s’arrête avant la crise liée au Covid-19, l’IEOM estime qu’elle ne devrait pas fondamentalement modifier la structure de l’économie des deux archipels. En conclusion, l’institut propose quelques pistes pour faire en sorte qu’elles soient plus résilientes et gagnent en stabilité. Pour cela, les experts recommandent de s’appuyer sur la coopération régionale afin de générer des synergies et d’augmenter la taille des marchés. Une autre piste est de développer des « filières d’avenir avec un objectif de rééquilibrage au sein des territoires de façon à diversifier l’économie et assurer une meilleure répartition des richesses ». L’étude propose enfin de favoriser l’entrée de nouveaux acteurs sur les marchés intérieurs pour encourager l’amélioration de la compétitivité.

M.D.

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