Nickel, quelle stratégie ?

Le nickel est une question centrale pour l’économie de la Nouvelle- Calédonie. Malgré l’adoption d’un schéma de mise en valeur des richesses minières en 2009, de nombreuses questions restent à trancher autour de la stratégie nickel. Un colloque pourrait être organisé en début d’année prochaine et conduire à une définition plus précise de la stratégie de la Nouvelle- Calédonie dans sa gestion de la filière nickel.

Près de 10 %. C’est le poids du nickel dans le PIB calédonien. Un poids important hérité de l’histoire qui a montré à de nombreuses reprises qu’il pouvait être extrêmement volatil. Au gré des cycles du nickel, l’économie calédonienne n’a pas su se diversifier, malgré un discours politique volontariste. De fait, l’histoire récente a montré toute la difficulté de trouver un consensus sur cette question. Les débats sur la stratégie nickel ont cristallisé les différences de points de vue des indépendantistes, plutôt partisans de la maîtrise des moyens de production, et des non- indépendantistes qui estiment préférable de laisser l’exploitation aux privés.

Ces oppositions se sont traduites par un certain immobilisme. Alors que la loi organique prévoyait l’adoption d’un schéma pour la mise en valeur des richesses minières au plus tard en 2004, les élus du Congrès ont adopté le texte en mars 2009. Un texte qui est loin de couvrir l’ensemble des points prévus par la loi organique. C’est notamment le cas du premier d’entre eux qui prévoyait l’inventaire du patrimoine minier. Un inventaire actuellement en cours de réalisation. C’est également le cas des principes encadrant la politique d’exportation des produits miniers. Un dossier sensible qui avait conduit les rouleurs à descendre dans la rue en 2015.

Depuis, le gouvernement accorde les autorisations les unes après les autres. Une des dernières en date, et non des moindres, a concerné la SLN et son programme de quatre millions de tonnes censé apporter le cash nécessaire à la survie du métallurgiste, au même titre que la révision du prix de l’énergie et des modifications de l’organisation du travail.

Vale NC envisage l’exportation de minerai

Un débat organisé en commission plénière du Congrès, le 25 novembre, a également permis aux élus de découvrir que Vale NC travaillait sur une nouvelle stratégie reposant, à l’instar de la SLN, sur des exportations de saprolite. Cette redéfinition de la stratégie de l’industriel brésilien pose de nombreuses questions. Mais de manière générale et au- delà des métallurgistes, l’exportation de minerai humide a connu une explosion ces dernières années. Un constat paradoxal si l’on tient compte du fait que la Nouvelle-Calédonie dispose de trois usines sur son territoire et que le plus gros de la valeur ajoutée se fait sur le nickel transformé et beaucoup moins sur la vente de minerai brut. Entre 2010 et 2019, les exportations ont été multipliées par plus de deux, passant d’environ 6 millions à près de 15 millions de tonnes (sur les trois premiers trimestre 2019, les exportations de minerai se sont élevées à plus de 23 millions de tonnes).

Les pouvoirs publics subissent la pression des métallurgistes depuis le début de la baisse des cours du nickel, en 2010. Une partie des non- indépendantistes mettait en avant l’importance de laisser faire le privé pour éviter de supporter des risques financiers trop importants, mais force est de constater que les collectivités apportent un soutien à l’industriel, ce qui a un coût non négligeable pour les contribuables calédoniens, sans parler du prix de l’électricité vendue à la SLN, qui pourrait peser sur l’équilibre des comptes d’Enercal si les cours devaient baisser de manière notable. Pour le jeune parti indépendantiste MNIS, la Nouvelle- Calédonie paye 30 années d’incohérences. Pour Luther Voudjo, le président du MNIS, « la SLN fait partie de l’histoire de la Calédonie, pas de son patrimoine. C’est le nickel, le patrimoine de la Nouvelle-Calédonie ». Une manière de s’interroger sur le soutien des collectivités à une des entreprises les moins performantes au monde qui « rapporte plus d’argent à la Métropole qu’à la Nouvelle-Calédonie ».

Quelles retombées pour le territoire ?

Sur le territoire, les retombées prennent essentiellement la forme de salaires. Luther Voudjo dénonce la définition du « cash cost » (coûts de production hors investissements) de la SLN qui prend en compte les frais de siège. Autrement dit, si la SLN perd de l’argent, ce n’est pas le cas d’Eramet qui continue de percevoir une rétribution du métallurgiste calédonien. Pire, selon le leader du MNIS, c’est Eramet qui fixe le seuil de rentabilité de la SLN en modulant ses frais de siège et n’apporte donc qu’un soutien limité à sa filiale qui permet aussi au géant français de la mine d’exercer une pression, notamment sur la question de l’emploi, auprès des décideurs calédoniens. Suivant l’exemple de la SLN, Vale NC tente peut-être d’engager un bras de fer avec les collectivités afin d’obtenir un traitement plus favorable.

C’est également le cas sur le plan environnemental. Après dix ans d’activité, l’Observatoire de l’environnement montre clairement des signes de faiblesse en raison du désengagement financier des acteurs du nickel, et ce, en dépit de leurs promesses. La problématique devrait se poser avec d’autant plus d’acuité que les conséquences de la mine ne sont pas anecdotiques, sur l’eau en particulier. Si le procureur de la République a estimé qu’il n’était pas nécessaire de conduire une enquête sur les causes du glissement de terrain de Houaïlou en 2016, la responsabilité de la mine a été pointée à plusieurs reprises. L’enjeu médiatique est devenu essentiel pour les métallurgistes qui redoublent d’efforts pour communiquer autour de financements d’infrastructures ou de participations à des programmes locaux.

Pour la SLN, cette prise de conscience sociale et environnementale, en début d’année, s’est concrétisée par l’ouverture d’un bureau des relations communautaires. Plusieurs autres sont en projet sur les communes minières. La société Le Nickel a notamment conclu un partenariat avec la commune de Houaïlou, le 20 novembre. Une nouvelle orientation qui répond à un mouvement de fond des populations de ces communes, sinistrées pour la plupart. Pour Vale NC, les choses devraient être sensiblement différentes, en raison des relations qui existent entre l’industriel et les populations du Sud. La redéfinition du plan minier pourrait être un sujet de crispation majeur et conduire à des blocages.

La question de la stratégie est au cœur de la réflexion visant à maximiser les retombées pour le territoire. Le débat d’orientation budgétaire de la Nouvelle-Calédonie pour 2020 a été l’occasion d’évoquer la question fiscale. Thierry Santa, le président du gouvernement, a notamment rappelé sa volonté d’organiser un colloque sur la stratégie minière à l’horizon mars-avril 2020. Il y sera certainement question de la taxe d’extraction minière, tout comme du fonds pour les générations futures. Deux dossiers qui font régulièrement l’actualité, mais que les élus calédoniens n’ont pas été capables de concrétiser depuis de nombreuses années. Si le nickel bénéficie de nombreux avantages fiscaux et de divers soutiens des politiques publiques, on ne sait finalement pas grand- chose sur ce que rapporte vraiment le nickel et à qui, ni ce qu’il coûte véritablement en termes social et environnemental. Nul doute que des décisions seront être prises dans les mois à venir.


Un nouveau directeur à la SLN

Après deux années passées à la tête de la SLN, Bernard Laflamme va laisser sa place à Colin McGibbon. Le nouveau directeur devrait prendre son poste le 14 février 2020 après validation par le conseil d’administration. Auparavant, il occupera la fonction de directeur adjoint. Ce Britannique de 54 ans était basé à Madagascar. Il a également travaillé pour le groupe Rio Tinto, en tant que directeur général de Dunkerque Aluminium Smelter, et en Australie.

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