Mont-Dore Environnement : traiter plus pour enfouir moins

À l’occasion de la Semaine européenne de la réduction des déchets, la SAEML Mont- Dore Environnement ouvrait ses portes au public et aux élus. L’occasion pour la nouvelle équipe de rappeler les missions essentielles de l’entreprise en matière de tri et de recyclage des déchets du Grand Nouméa.

La cadence est impressionnante. Autour d’un tapis qui avance à vive allure, cinq salariés trient canettes, bouteilles de plastique et autres coupures de journaux. La ferraille a été automatiquement mise de côté en amont par un système à aimants. On trouve, dans cette pièce, le contenu des poubelles jaunes spéciales recyclage des Montdoriens.

La SAEML Mont-Dore Environnement, installée au cœur de la zone industrielle de la Coulée, traite également les déchets recyclables de gros clients, comme le Rimap- NC ou la Sodemo, qui ont pris le parti de s’engager dans cette voie. Et elle réceptionne surtout les déchets ménagers recyclables, déjà triés par nos soins dans les bornes de collecte ou les six déchetteries du Grand Nouméa, qu’elle regroupe en d’immenses tas, en bas de l’usine. Une fois rassemblés par matériau, les déchets sont compactés en énormes balles par un système de ligature automatique et stockés pour valorisation.

Un centre unique

L’agglomération, et plus largement la province, a la chance de pouvoir bénéficier de ce centre moderne de tri et de traitement, le seul du territoire. La société Mont-Dore Environnement a été créée en 2007, sous l’impulsion de la municipalité du Mont-Dore, que l’on sait précurseur en la matière. Entre 2008 et 2012, le tri se faisait uniquement à la main, mais il est depuis largement automatisé, ce qui facilite le travail de la vingtaine de salariés que compte l’entreprise.

Mont-Dore Environnement traite en moyenne 1 200 tonnes de déchets chaque année. Le verre bénéficiant d’une filière propre, la société reçoit le carton (50 % du total de ses déchets), le papier (20 %), le plastique (PET de type bouteille d’eau et PEHD de type bidon de lessive) (26 %), l’aluminium (3 %) et la ferraille (1 %). Le pourcentage de « refus », c’est-à-dire les déchets non recyclables, est de l’ordre de 10 à 15 %.

Ensuite, 800 tonnes sont vendues à l’export pour une nouvelle vie, principalement en Asie. Des envois par containers de 25 tonnes sont effectués tous les trimestres. « L’entreprise fournit des certificats de réutilisation. On sait donc ce que vont devenir les produits », précise le nouveau directeur, Patrick Calvarin, qui a à cœur de travailler sur l’image de l’entreprise et de ce secteur souvent jugé « opaque », « problématique » entre les communes (lire plus bas), entretenant quelque part la production ou « polluant » d’autres contrées par l’exportation de nos poubelles, loin du combat du zéro déchet ou même de la valorisation locale qui reste, malheureusement, subsidiaire. Pour ce faire, Patrick Calvarin mise sur la sensibilisation. Il insiste auprès du public sur le fait que le tri et le traitement sont une alternative à l’enfouissement. « Tout ce que nous traitons, dit-il, ne termine pas sous terre et on devrait s’en réjouir. »

Une fois exportés, nos déchets ont effectivement une autre vie. Le carton peut être recyclé en nouveaux emballages ; les journaux, prospectus et magazines peuvent être transformés en enveloppes, en papier toilette ; les bouteilles et flacons de plastique utilisés, par exemple, pour les sièges auto, les pulls polaires… De fait, trois modes de valorisation des déchets existent : le reconditionnement ou la transformation pour retrouver l’ancienne fonction ou une nouvelle, la valorisation de la matière ou encore la valorisation énergétique (transformation des déchets en énergie sous l’effet de la combustion).

Dernière exportation en date : deux conteneurs de PET pour Jakarta, en Indonésie, il y a deux semaines.

Inverser le curseur

Avec plus de 203 000 habitants selon le dernier recensement de 2019, la province Sud accueille près de 75 % de la population du territoire. Le Grand Nouméa regroupe quasiment 90 % de la population du Sud et la seule ville de Nouméa, 46 %. La majeure partie du gisement provincial se trouve donc logiquement dans l’agglomération. Selon les derniers chiffres provinciaux (2017), 200 000 tonnes de déchets ménagers sont collectées annuellement en province Sud : 85 691 tonnes de déchets ménagers et assimilés et 110 674 tonnes issues des entreprises (hors déchets industriels du nickel, déchets du BTP, déchets dangereux et effluents agricoles). Un habitant produit en moyenne 438 kg de déchets par an dont 350 kg de déchets ménagers et assimilés. 75 % de ces déchets sont collectés au porte à porte, 25 % dans les points d’apport volontaire.

Les déchets des ménages ou assimilés représentent 61 % des déchets de la maison. Ils sont acheminés à l’ISDND, (installation de stockage des déchets non dangereux) de Gadji, où ils sont enfouis ou stockés, au même titre que les encombrants (14 % du total) et une bonne partie des déchets verts (22 %). En 2017, les déchets recyclables déposés dans les points d’apport volontaire ou déchetteries ne représentaient que 3 % de ce total !

On peut imaginer que ce taux a sensiblement évolué avec le développement des dispositifs communaux de tri, mais il illustre l’ampleur du travail à accomplir pour faire vraiment évoluer la tendance entre ce qui est enfoui et ce qui est valorisé. C’est tout le combat engagé par la nouvelle équipe de Mont-Dore Environnement.

L’usine fonctionne à 30 % de sa capacité

Chantal Courtot, nouvelle présidente, élue du Mont-Dore, et Patrick Calvarin, directeur, souhaitent se rappeler au bon souvenir des élus des différentes collectivités, car l’usine n’est qu’à 30 % de sa capacité théorique. Elle pourrait trier jusqu’à 3 100 tonnes et atteindre son objectif initial : recevoir l’ensemble des déchets recyclables du Grand Nouméa, voire provinciaux.

Mais subsistent des problèmes d’ordre financier avec une grande hétérogénéité dans le coût et la gestion des déchets entre les communes de l’agglomération, en fonction de la taille, des modalités de collecte, des choix d’organisation. Le Mont-Dore a, par exemple, opté pour un tri a posteriori avec une poubelle pour tous les recyclables et une redevance d’enlèvement des ordures ménagères (REOM) plus élevée qu’ailleurs. Nouméa, quant à elle, observe un tri en amont et a largement investi dans les infrastructures d’apport. Le montant des redevances est de 8 388 francs par trimestre à Nouméa (bac de 120 litres, relevé trois fois semaine) et de 10 965 francs par trimestre (bac 204 litres) au Mont-Dore pour un abonnement individuel qui concerne la collecte et traitement (zones nord et sud). La marge de progression, en tout cas, est importante puisque, dans la plupart des communes, le tri dépend du bon vouloir des administrés à se déplacer.

Dans son schéma de prévention et de gestion des déchets 2018-2022, la province Sud a justement affiché son ambition de promouvoir une meilleure coordination inter- collectivités pour optimiser les moyens de financement de la gestion des déchets et sa volonté de revenir sur une gouvernance jugée trop complexe. L’idée générale est de trouver la façon d’équilibrer les budgets de chacun, en accentuant la prévention des déchets, en mutualisant les moyens.

Quelle place dans l’Écopôle ?

Pour lutter contre l’enfouissement, le schéma de la province Sud prévoit, on le sait, la création d’un Écopôle, une zone d’activité regroupant les entreprises et associations dédiées aux initiatives de recyclage et de réemploi. Le montant de l’opération s’élève à 407,5 millions de francs répartis à 80 % pour l’État et 20 % pour la province Sud. Reste à savoir quelle place obtiendra, dans ce projet, l’outil de la ville du Mont-Dore, un peu excentré. Dans cette optique, Mont-Dore Environnement demande à obtenir le gisement exact des déchets des quatre communes de l’agglomération pour se positionner et espérer développer la société.

En attendant, l’entreprise poursuit la sensibilisation du public, notamment de Nouméa, au tri des déchets et rappelle « que seuls les déchets apportés dans les points d’apport volontaire peuvent être valorisés ». La valorisation locale des déchets est aussi un objectif que l’équipe souhaite atteindre. À ce jour, il n’y a pas encore de partenariat. Depuis 2013, le nombre d’entreprises dans le secteur de la gestion des déchets s’est accru de plus de 5 % tout comme le nombre de salariés, même si la taille restreinte des gisements rend difficile l’émergence et le développement de nouvelles filières.

Patrick Calvarin, nouveau directeur de Mont-Dore Environnement, et Alain Sage, responsable du centre de tri depuis 2016.


Concurrence

Mont-Dore Environnement est le seul centre de tri, mais il existe plusieurs sociétés de collecte qui revalorisent localement ou exportent des déchets. Tous les produits sont concernés, le fer et l’aluminium ont une revalorisation locale. Plusieurs projets sont en cours concernant le papier, le carton et le plastique.


Quid de la Brousse ?

Les communes de Brousse présentent des gisements beaucoup plus faibles et diffus avec des coûts supplémentaires pour le transport vers les installations de stockage, de traitement ou de transfert, principalement situées dans le Grand- Nouméa. Les dernières années ont été marquées par le développement des points d’apport volontaire et de la montée en puissance des déchetteries. Les déchets demeurent, là aussi, principalement enfouis, mais dans les règles, contrairement aux anciens dépotoirs sauvages. La province Sud compte onze déchetteries disposant de bornes ou d’espaces de dépôt des déchets à Bourail, La Foa, Thio, Boulouparis, Païta, Nouméa (3), Mont-Dore, Dumbéa, Yaté. Nouméa compte 33 bornes d’apport volontaire.


Quelques chiffres

Le capital de Mont-Dore Environnement est réparti entre la ville du Mont-Dore (72,7 %) et neuf actionnaires (27,3 %) dont EEC, Mana, EMC, Sud Nord terrassement… Son chiffre d’affaires est de 12 à 13 millions en moyenne par mois. Ses financeurs sont les communes du Grand Nouméa et leurs administrés par le bais de la redevance d’enlèvement des ordures ménagères (REOM) dont le montant est fixé librement par les communes ou leur groupement, en l’occurrence le syndicat intercommunal du Grand Nouméa (Sign). La redevance doit être proportionnelle au service rendu et le produit de la redevance doit équilibrer exactement le montant total des dépenses.


Polémique en 2018

En juin 2018, les habitants du Grand Nouméa avaient appris que leurs déchets recyclables, triés en déchetterie ou dans les bornes d’apport volontaire, n’étaient plus acheminés depuis sept mois au centre du Mont-Dore, mais enfouis à Gadji. Ils avaient donc trié pour rien… L’information divulguée par Les Nouvelles calédoniennes avait provoqué un tollé et mis un sérieux coup de frein aux pratiques des administrés. En cause, à l’époque, un désaccord financier entre les mairies sur le coût du traitement des déchets pratiqué par le centre de traitement du Mont- Dore, plus important qu’en déchetterie (12 500 francs la tonne contre 10 000 francs alors que le coût de revient, sans bénéfices, était estimé à 124 000 francs la tonne). La société perdait de l’argent et ne pouvait fonctionner avec le coût appliqué des redevances dans certaines communes. Le manque à gagner était alors de 200 000 francs depuis 2015 et les administrés du Mont-Dore payaient quelque part pour les autres. Dumbéa et Païta étaient prêtes à payer plus, mais pas Nouméa. La ville du Mont- Dore avait finalement accepté de revoir ses tarifs pour permettre d’équilibrer le fonctionnement de la SAEML et la société avait été recapitalisée pour se maintenir. Déjà, au sein du Sign, les communes indiquaient qu’elles devaient travailler à harmoniser les pratiques en termes de collecte et de traitement. Un travail de fond est en cours avec les instances pour organiser la filière des déchets recyclables. En 2021, les premières actions doivent être mises en place.

C.M.

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