Mobilisation contre le suicide à Païta

Les professionnels de santé de Païta prennent la question du suicide à bras-le-corps avec une nouvelle action : une journée de prévention ce jeudi avec les scolaires au Dock socioculturel. La commune, qui compte énormément de jeunes, est confrontée à de nombreux drames et les populations se sentent souvent démunies. L’objectif est de sortir du silence…

Les chiffres officiels sur le suicide pour l’ensemble de la Nouvelle- Calédonie datent d’il y a quelques années (lire encadré) et à ce jour, ces actes ne font toujours pas l’objet de déclarations. Il est donc parfois difficile à l’échelle des communes de mesurer toute l’ampleur du phénomène.

Mais l’on sait bien à Païta, que les cas sont trop fréquents. Deux suicides ont encore été commis ces deux dernières semaines. La commune de 20 000 habitants compte trois collèges et trois lycées, de nombreux jeunes adultes, et comme ailleurs, ce sont eux qui sont les plus touchés.

On en vient même à parler d’une « vague de suicides ». Des décès tragiques qui interviennent parfois au sein des mêmes familles et engendrent dans tous les cas de véritables tsunamis dans les écoles, les maisons ou les tribus. L’entourage, au sens large, est généralement démuni, se mure dans le silence, se demandant ce qui aurait pu être fait.

Détresse

Consciente de cette grave problématique, Isabelle Monchotte, médecin responsable du dispensaire de Païta, s’est mobilisée dès 2012 avec les partenaires de la commune (professionnels de santé, du milieu scolaire, coutumiers) en lançant des groupes de réflexion, des formations et des actions de prévention auprès des élèves, en plus des actions quotidiennes au dispensaire ou dans les lieux de ressource comme les « points d’écoute » existant dans les six établissements du secondaire de la commune.

Face au silence quasi systématique des personnes qui mettent fin à leurs jours et à la
détresse de l’entourage, il s’agissait de travailler auprès du plus grand nombre, sur le repérage du risque suicidaire, la prévention des crises, la prise en charge de la souffrance psychique, pour parvenir in fine à la diminution de la mortalité par suicide dans la commune.

Libérer la parole

Et cet événement au Dock socioculturel entre aussi dans ce cadre, avec, autour de ce projet, la Dpass Sud, la mairie, les établissements scolaires, les infirmiers scolaires, la Decc et le vice-rectorat, les psychothérapeutes libéraux, les sociétés de loisirs, les associations…

La journée était entièrement dédiée au sujet et à destination des élèves de Païta, mais aussi de leurs familles, voire des habitants des communes voisines. L’idée ? Favoriser le dialogue sur le suicide, libérer la parole, encourager les rencontres avec les professionnels de santé, donner des clés de compréhension en particulier sur ce qui peut pousser les gens à agir ou les comportements qui peuvent alerter. « L’idée est de dire haut et fort que le suicide existe, qu’il faut en parler, souligne Isabelle Manchotte. Que le silence, même après les drames, n’est pas bon et qu’évoquer le sujet ne revient pas non plus à inciter au suicide. »

Sur place était programmée la remise des prix pour les affiches réalisées sur ce thème par les élèves de Païta, une exposition sur le « mal-être » par l’artiste Anouck Taurua, une conférence sur la communication bienveillante, un point d’écoute avec des psychothérapeutes, des sophrologues et une victimologue… Sans compter les animations avec les concerts de Soul Syndikate et Dub Trooper. Des rubans ont été distribués avec ce slogan « Tu comptes pour moi, tu comptes pour nous » pour ne jamais oublier qu’il ne faut pas rester seul avec son mal-être.

C.M. 

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Les chiffres (2013) 

43 décès par suicide en Nouvelle-Calédonie

31 chez les hommes, 12 chez les femmes.

La classe d’âge la plus touchée est celle de 15 à 34 ans.

La pendaison concerne 53,5 % des suicides.

C’est la deuxième cause de décès chez les jeunes après les accidents de la route.

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