Mike Horn : L’aventurier en Calédonie

Mike Horn, considéré comme le plus grand explorateur de notre temps, a fait escale en Nouvelle- Calédonie à bord de son navire, Pangaea, avant de poursuivre sa route vers le pôle Nord. Il a pris le temps ici de quelques rencontres, forcément passionnantes.

De retour de l’Antarctique, Mike Horn s’est arrêté deux mois Australie, puis chez nous « pour changer un certain nombre de pièces » du Pangaea. Ces dernières sont arrivées mardi et il espérait pouvoir reprendre la mer jeudi ou vendredi. Son séjour, qui avait débuté fin août, n’a pas été vain. « C’est un paradis », nous a dit cet homme, qui revendique avoir « vu ce que personne n’a vu ».

Jamais inactif, l’explorateur a fait des plongées, du kite, survolé nos îles « pour voir s’il était possible de tourner localement un épisode de son émission À l’état sauvage ». Et puis on le savait moins, Mike Horn est également conférencier et donnait récemment des présentations à Lausanne. Bien rodé à l’exercice, il a répondu à la sollicitation de Mercedes Benz, son partenaire de quinze ans, pour un long intermède, captivant, au showroom du concessionnaire, à la Belle Vie.

Explorer, risquer pour « rester vivant »

Mike Horn, monstre de volonté et de pugnacité, a des histoires à peine croyables. De l’Amazonie au cercle polaire, cet athlète hors pair a fait de sa vie une quête de l’extrême, choisissant de vivre « au bord de la falaise pour mieux voir », d’être « hors zone de confort ». « Je suis toujours dans la merde, c’est juste la profondeur qui varie », s’amuse Mike Horn dans ce récit, toujours très imagé.

L’aventurier est revenu mardi dernier sur ses dernières expériences. En 2015, après 12 000 km de route avec ses filles, il s’est ainsi embarqué dans l’ascension de « la montagne des montagnes », le fameux K2 culminant à 8 500 mètres à la frontière sino-pakistanaise, « qui tue environ un tiers des alpinistes qui s’y essayent ». Il a affronté cette « zone de mort » débutant à 7 500 mètres où il n’y a que 7 % d’oxygène, des vents soufflant à 200 km/h. Il restera finalement à 200 mètres du sommet empêché par des avalanches à répétition, tandis que plusieurs alpinistes ne reviendront pas.

Puis il a présenté son expédition Pole2pole, une aventure en cours visant à relier les deux pôles. Il avait déjà conquis le monde à l’horizontale, il y a seize ans, en suivant la ligne de l’équateur. Cette fois, c’est à la verticale, que le Sud-Africain entend parcourir 40 000 kilomètres sur les océans, la banquise, les dunes, à pied, en ski, en voilier… Mike Horn s’est attardé sur son plus grand exploit réalisé en février dernier : la traversée de l’Antarctique, au pôle Sud, sans moteur, en solitaire et sans assistance. Il est parti à bord du Pangaea choisissant une équipe « sans expérience », jugeant que « pour rester vivant mieux vaut s’entourer de gens qui écoutent », « que l’on peut former ».

Ensemble, ils ont bravé une mer énorme. Beaucoup ont souffert, lui, préfère évoquer cette image d’un albatros « s’amusant » dans des vents de 103 nœuds, au-dessus des vagues de « 40 à 60 pieds ». Pour Mike Horn, il n’y a pas de « mauvais temps », « juste du temps ».  Puis tandis que personne n’y croyait, l’équipage est parvenu à briser les glaces… Sans brise- glace. Ils ont parcouru 1 000 milles nautiques en poussant littéralement les blocs.

La neige devenant trop épaisse, Mike Horn a entrepris ensuite son chemin seul, dans l’idée de rejoindre le navire de l’autre côté du continent de glace. Une épopée de 6 800 km réels avec ses skis, six kites, une tente, une luge. Certaines journées ont duré jusqu’à 60 heures, dont 50 passées sur les skis, « sans jamais pouvoir s’asseoir ». Il a perdu 18 kg, malgré les 12 000 calories avalées par jour (de l’huile de l’olive en quantité !), s’est fracturé une épaule, une cheville, s’est gelé les orteils. Mais il a finalement réussi, et suivi par 29 millions de personnes, il est devenu le premier homme à parcourir ainsi l’Antarctique, défi réalisé en 57 jours.

Toujours des projets

Mike Horn repart maintenant pour poursuivre son expédition, direction le pôle Nord. Et il a bien d’autres projets en tête. Il va continuer à « emmener des blaireaux en promenade », dit-il en plaisantant à propos de ses expériences télévisées (À l’état sauvage, The Island). Des expériences qui lui apprennent, précise-t-il, « beaucoup de choses ». D’ailleurs cet habitué des critiques sur son côté médiatique, répond franco : « Ce sont mes sponsors, mes livres et ces émissions qui me permettent de poursuivre mes rêves, sans cela je n’en aurais réalisé aucun. »

Mike Horn avait écrit à 8 ans à Jacques-Yves Cousteau pour travailler avec lui, mais il n’avait pas obtenu de réponse. Et depuis qu’il est adulte, il aime faire ce que Cousteau n’a pas fait pour lui… pour les autres : emmener des jeunes avec lui comme avec son projet Young Explorer Program, élaboré avec sa femme. À bord de ce voilier de 35 m, une centaine de jeunes de 15 à 20 ans se sont succédé pendant quatre ans aux côtés du célèbre aventurier pour mettre en route des projets écologiques et sociaux tout autour du globe. La protection de l’environnement ? C’est forcément une autre passion de cet amoureux de la nature, qui ne prend quasiment plus l’avion et « rêve de faire quelque chose pour la planète ».

Et puis Mike Horn voit toujours plus loin dans ses exploits. Il pense à « explorer les grands fonds marins » et a même reçu une proposition pour « aller sur Mars ». Mais il doit encore réfléchir à ce voyage, « probablement sans retour », lui qui aime tant « partir pour vivre ».

Dans l’émission, À l’état sauvage, avec Michaël Youn, en Namibie. 

Ce qu’il dit sur …

L’éducation

« J’ai eu la chance de recevoir une excellente éducation, des racines très solides, et en même temps des ailes pour partir, pour explorer […] Trop de règles empêchent les enfants de vivre. Elles ne sont posées d’ailleurs que parce que nous ne sommes pas sûrs de nous. »

L’amour

« J’ai été l’homme le plus heureux durant 25 ans de mariage. Les gens se demandaient comment nous faisions quand je partais si souvent et si longtemps. Mais aimer vraiment quelqu’un, c’est lui donner la liberté, soutenir cette liberté. »

Le risque

« Rien de facile ne vaut le coup d’être fait […] Je préfère vivre un jour comme un lion que toute ma vie comme un mouton […] Il n’y a pas moins d’obstacles quand on ne fait rien. »

Le bonheur

« À 14 ans, j’ai demandé à ma mère combien de jours nous avions à vivre. Elle m’a répondu 30 000. Ça m’a marqué (…) Si on est malheureux, il faut changer sa situation. Plus tard n’existe pas, c’est maintenant qu’il faut vivre ».

L’échec

« J’aime l’échec. Cela me donne une deuxième chance de revenir, de réessayer ».

 

C.M.

Photos : mikehorn.com, DimitriSharomov, Belgaimage/C.M.


Biographie

En famille en 2004. Mike Horn revenait d’un périple de 26 mois sur le cercle Arctique.

Mike Horn, 51 ans, est originaire d’Afrique du Sud. Sa mère était enseignante en économie et son père en sport après une carrière dans le rugby. Il a trois frères et sœurs. Son enfance est très sportive, il excelle dans de nombreuses disciplines, du cricket au vélo en passant, lui aussi par le rugby.

A 18 ans, il s’engage dans l’armée et rejoint les forces spéciales sud-africaines en Namibie. Un entraînement intensif lui permet d’acquérir une excellente maîtrise des techniques de survie.

Après le décès de son père, il quitte l’armée et travaille dans l’import-export de fruits et légumes à Johannesburg. En 1990, à 24 ans, il décide de changer de vie. Il distribue tous ses biens et s’installe en Suisse. Il travaille dans une auberge de jeunesse, puis devient moniteur de ski, de parapente, de raft. Il tente sa première expédition en 1991, en rafting et en parapente dans les Andes péruviennes. En 1995, il crée en Suisse un centre de sports nautiques en extérieur et devient expert pour la formation des guides de haute montagne. En 1997, il traverse l’Amérique du Sud en solitaire durant six mois et descend le fleuve Amazone en hydrospeed.

Il aime aussi la mer et rejoint, au poste de wincher, l’équipage du Mari Cha III, un monocoque qui battra le record du monde de la traversée de l’Atlantique en 1997. En 1999, il réalise le tour de la Terre le long de l’équateur sur plus de 40 000 kilomètres à la voile et à pied. Ses exploits sont récompensés par le Laureus Award du meilleur sportif alternatif de l’année en 2001.
En avril 2002, Mike Horn tente une expédition sur le cercle polaire arctique, mais est rapatrié en raison de gelures aux mains. Il repart en août de la même année et achève son projet baptisé Arktos, en octobre 2004.
En 2006, il retourne vers le grand froid et rallie le pôle Nord. Mike Horn poursuit ses expéditions et se tourne désormais vers la transmission de ses compétences, d’abord via l’expédition Young Explorer Program durant laquelle il convie des jeunes à le rejoindre pour des sessions de quelques jours. Puis il commence à se faire connaître du grand public en étant aux commandes de deux émissions diffusées sur M6, puis depuis 2015, en intégrant The Island, où il aide des anonymes à survivre en milieu hostile. Depuis juin 2016, il accompagne des personnalités dans À l’état sauvage.
Son dernier exploit a été réalisé en février 2017 avec l’expédition Pole2Pole, durant laquelle il a traversé l’Antarctique en solitaire (plus de 5 000 kilomètres à ski, en 57 jours).
Côté vie privée, Mike Horn a été marié 25 ans à Cathy, décédée en 2015 des suites d’un cancer du sein. Le couple a deux filles, Annika, 24 ans et Jessica, 23 ans.

 

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