L’incarnation de la réconciliation

La statue remplacera celle du gouverneur Olry, et le square va être rebaptisé place de la Paix. Un geste fort voulu notamment pour ne pas « recommencer une telle histoire ».

Le projet a mûri pendant plusieurs années. Entre Isabelle Lafleur, fille de Jacques, et Marie-Claude Tjibaou, veuve de Jean-Marie, d’abord, puis avec Sonia Lagarde. La réalisation d’une sculpture de la poignée de main entre les deux leaders politiques, symbole de paix.

C’est en face de l’hôtel de ville, en plein cœur de Nouméa, que la maire propose d’installer la future statue, à la place de celle du gouverneur Olry (lire par ailleurs). L’idée est de valoriser, dans l’espace public, une date fondatrice de l’histoire contemporaine, commune à l’ensemble des Calédoniens. En mémoire.

« Écrire une autre histoire »

Sonia Lagarde soumet l’idée lors d’un conseil municipal à la fin du mois d’octobre en 2020, recueillant l’unanimité des voix. Un signe fort, deux ans après le premier référendum, quelques semaines après le deuxième, et une démarche de consensus, à l’approche de la fin des accords, souligne la maire dans l’hémicycle.

« Nous sommes à un moment où il apparaît crucial d’écrire une autre histoire », même si « on ne peut pas faire l’impasse sur ce qui s’est passé ». D’où l’hommage à ces deux hommes « qui ont su dépasser les clivages ».

Le square Olry sera, lui, rebaptisé place de la Paix, « une place qui appartient à tous les Calédoniens », déclare alors Isabelle Lafleur, élue, souhaitant qu’il soit un endroit fédérateur. Une façon aussi de dire, « on ne peut pas se permettre de recommencer une telle histoire », « avec ça sous nos yeux en permanence ».

Renouer le dialogue

Le projet est dévoilé le 29 octobre 2020, lors de la visite du ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, et en présence de la plupart des politiques locaux. Il prendra corps dimanche, plus d’un an et demi après. Un nouveau symbole alors que s’ouvre une période de discussions sur l’avenir institutionnel.

« La Calédonie, qui s’est construite sur des histoires douloureuses, s’est aussi construite avec des moments de dialogue et d’écoute », commente la maire, ce jour-là. Un dialogue nécessaire que cette statue pourrait aider à renouer, estime pour sa part Isabelle Lafleur. « Nous espérons pouvoir jouer un petit rôle et susciter une prise de conscience : ce besoin de politiques qui soient responsables de notre avenir et qui abandonnent certaines postures pour pouvoir avancer. »

Marie-Claude Tjibaou souhaite que cette place constitue un repère pour les jeunes. « C’est la première fois qu’à Nouméa, dans un espace reconnu par tous, il y a la représentation de deux hommes de notre époque. C’est important pour notre jeunesse. » Et demande aux politiques de « s’asseoir ensemble », estimant que « beaucoup de temps » a été «perdu».

Pour Sébastien Lecornu, les « deux chefs » ont, « à un moment donné », « pris leurs responsabilités » et « su faire preuve de dépassement ». Par ce geste fort, en voulant ramener la paix dans le pays, Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur ont marqué le début d’un processus qui n’est pas achevé trente ans plus tard.

Anne-Claire Pophillat  (photo archives DNC)


Olry au musée de la ville

L’érection de la statue de Jean-Baptiste Léon Olry, vice-amiral et gouverneur de la Nouvelle- Calédonie de 1878 à 1880, décidée par le conseil municipal de Nouméa en 1893, est achevée en 1894. L’homme, notamment connu pour avoir réprimé dans le sang la révolte d’Ataï en 1878, représente un passé colonial douloureux.

Si le personnage du gouverneur suscite la polémique, le bas-relief apposé sur le socle en pierre fait également débat. Sur une plaque en bronze figurent des Kanak qui s’agenouillent pour déposer les armes à ses pieds. Elle est enlevée en 1974, à la suite de manifestations, les contestataires jugeant la scène humiliante. Une pétition est lancée en 2010 pour faire enlever la statue. Un rassemblement demande à nouveau la même chose en 2016.

C’est finalement en 2021 qu’elle sera démontée et transportée dans les jardins du musée de la ville. Remontée à l’identique, la statue est désormais accompagnée de l’histoire d’Olry.

« En mémoire de Jacques Lafleur »

Le coût de ce projet, porté par l’association En mémoire de Jacques Lafleur, créée par Gérard Salaün en mai 2020, s’élève à 26 millions de francs. La ville de Nouméa a voté, fin novembre de la même année, une subvention de 12 millions de francs.

Également consultée, la province Sud a annoncé, en mai 2021, une participation de 10 millions de francs. Les quatre millions restant sont pris en charge par deux particuliers.

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