« Leurs gestes ont permis d’éviter le pire »

L’administration pénitentiaire n’a pas pris à la légère les violences perpétrées dimanche 24 janvier dans l’enceinte de la prison. Claire Mérigonde, adjointe au chef de la mission des services pénitentiaires de l’outre-mer, a été envoyée sur place pour montrer le soutien de l’administration au personnel concerné. Elle a également annoncé des travaux d’urgence pour sécuriser le Camp-Est.

Photo : Claire Mérigonde et Yves Mathis, directeur de cabinet du haut-commissaire.

DNC : Vous parlez d’une mission de reconnaissance au personnel. Qu’avez- vous dit aux agents?

Claire Mérigonde : Je suis venue apporter mon soutien et la reconnaissance de l’administration pénitentiaire aux agents pour les circonstances particulièrement graves et violentes qu’ils ont endurées durant cette nuit de dimanche à lundi et leur faire savoir qu’ils avaient, dans des circonstances d’urgence et de violence extrême, particulièrement bien assuré l’exécution de leur mission. Les gestes professionnels, qui ont été les leurs cette nuit-là, ont permis d’éviter le pire, qui était l’objectif recherché par les détenus de ce bâtiment.

DNC : On évoque depuis longtemps les failles du Camp-Est. D’importants travaux de rénovation ont été réalisés mais les syndicats dénoncent toujours les fragilités de la structure. Quelles mesures concrètes ont été prises cette fois pour que ce genre d’événements ne se reproduise plus ?

Claire Mérigonde : C’est incontestable que nous avons des fragilités de structure. Pourtant, des crédits extrêmement importants ont été consacrés par le ministère de la Justice à cet établissement. Mais il s’avère qu’au fil des interventions et des dispositifs de sécurisation successifs, la population pénale parvient néanmoins de façon régulière à mettre en échec un certain nombre de dispositifs de sécurité. Nous ne sommes pas là sur une exception du Camp-Est. […]

Nous avons engagé des travaux de sécurisation depuis de longues années et une partie de façon urgente, suite aux incidents du 19 janvier au cours desquels trois détenus sont montés sur les toitures […] Ensuite, le directeur régional, informé par mes soins, a passé instruction pour que les failles identifiées dans la nuit de dimanche à lundi deviennent de nouveau l’urgence de l’urgence.

Évidemment, je ne suis pas en capacité de vous en dire davantage mais des mesures ont déjà été prises et mises en place au sein de l’établissement. Nous prévoyons de déléguer et d’injecter des crédits nécessaires pour réaliser l’ensemble des travaux de sécurisation dès cette semaine. Quel que soit le chiffrage, c’est une nécessité absolue après les événements qui viennent de se dérouler.

DNC : Des moyens humains supplémentaires sont-ils prévus ?

Claire Mérigonde : Un audit d’évaluation des besoins en personnel de surveillance pour l’établissement était déjà prévu et nécessaire vu les différentes rénovations et modifications d’organisation de l’établissement. Cet audit avait été demandé par le directeur interrégional à l’administration centrale. Et il devrait pouvoir se tenir sur le premier trimestre de l’année […]

Ce que je peux déjà préciser, c’est que même si cela n’est pas de nature à couvrir tous les besoins vacants sur la structure, quinze surveillants rentreront en formation fin février et ils rejoindront ensuite l’établissement.

DNC : Qu’est-il ressorti de vos rencontres avec les syndicats dont les revendications ne datent pas d’hier ?

Claire Mérigonde : J’ai trouvé le dialogue plutôt constructif. J’ai eu l’impression d’avoir devant moi des personnes qui ont totalement appréhendé les risques de leur profession. Il est parfois des moments où ces risques- là vous sautent au visage, mais je pense que nous pourrons travailler de concert, en bonne intelligence, avec le personnel et le chef d’établissement.

DNC : Vous avez évoqué l’organisation d’une consultation des détenus et d’ateliers sur la violence. Pourquoi ce dialogue est-il nécessaire ?

Claire Mérigonde : Les incidents récurrents en termes notamment de mouvements collectifs de la population pénale sont difficiles à appréhender ici parce qu’ils ne sont pas sous- tendus par des revendications particulières. Du coup le Service pénitentiaire de probation et d’insertion (SPIP), en lien avec la direction de l’établissement, travaille à organiser des modules et des actions auprès des personnes incarcérées pour essayer de mettre en mots, de trouver des médias de nature à permettre d’éviter les passages à l’acte et de trouver des espaces de dialogue entre le personnel et les détenus.

DNC : Le Camp-Est est-il un cas à part en France ?

Claire Mérigonde : C’est un établissement qui pose des difficultés particulières attachées à la structure et aux personnes détenues mais chaque établissement pénitentiaire présente des particularités et des difficultés de fonctionnement d’un ordre ou d’un autre. C’est un sujet évidemment d’investissement de la part de l’administration centrale et de mobilisation de la direction interrégionale mais qui n’est pas de nature à nous inquiéter plus que d’autres établissements. Nous portons un regard vigilant et attentif, c’est évident. Nous soutenons le personnel quand il rencontre des événements difficiles comme ceux qu’ils viennent de traverser. Nous prenons les mesures jugées nécessaires mais nous n’avons pas d’inquiétudes particulières sur une incapacité ou une difficulté de l’administration à continuer à assurer ses missions au sein de cette structure.

C.M

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Retour sur les faits

Un surveillant du centre pénitentiaire a été roué de coups puis séquestré dimanche 24 janvier vers 23 heures alors qu’il effectuait une ronde dans le bloc C. Les détenus qui l’ont agressé sont parvenus à ouvrir la porte de leurs cellules. Après l’avoir frappé avec une « extrême violence », ils ont pris son trousseau de clés et sa radio avant de l’enfermer dans une cellule. Heureusement, une surveillante qui l’accompagnait a pu donner l’alerte et d’autres collègues ont pu s’extraire. Mais la situation a dégénéré : une vingtaine de détenus de ce bloc ont saccagé le bâtiment, lancé des projectiles, retranchés dans une coursive. En trente minutes, 29 agents des forces de l’ordre sont arrivés spontanément : pompiers, police nationale et GIPN sont intervenus pour faire cesser les violences qui auront duré près de trois heures.

Une enquête a immédiatement été ouverte. Les surveillants de la prison ont exprimé leur mécontentement le mardi suivant devant les grilles de l’établissement et réclamé des renforts immédiats.

Claire Mérigonde a confirmé devant la presse que les quatre détenus à l’origine de l’agression du gardien et de la mutinerie passeraient en jugement. Ils ont été placés en quartier d’isolement et feront l’objet de sanctions disciplinaires. Selon ce que déterminera l’enquête, d’autres détenus pourraient être poursuivis. Les premiers éléments de cette enquête révèlent que les détenus concernés n’ont eu, au cours de cette rébellion, aucune réclamation ou revendication à l’égard du Camp-Est. Et selon nos informations, l’objectif réel de ces événements n’était pas la mutinerie. Reste l’évasion ? Pour sortir, on sait simplement qu’ils se sont « engouffrés » dans une faille du dispositif de fermeture des portes.

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Un nouveau directeur au Camp-Est

Régis Baudouin a pris cette semaine ses fonctions à la tête de la prison en remplacement d’Emmanuel Fenard parti fin d’année 2015. Olivier Michel qui assurait l’intérim, et qui a également été félicité pour sa gestion des derniers conflits, reste au poste d’adjoint.

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Les chiffres

Le Camp-Est compte 434 détenus pour 110 surveillants.

La capacité est de 404 places.

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