Les richesses insoupçonnées de l’îlot Maître

Le sentier d’interprétation réalisé par le CIE, Centre d’initiation à l’environnement, d’un budget de 3,2 millions de francs, permet de découvrir autrement la faune et la flore de l’îlot Maître, avec des vues imprenables sur le lagon. (© A.-C.P.)

Le nouveau sentier pédagogique du Centre d’initiation à l’environnement, inauguré lundi 11 décembre, permet d’explorer les trésors cachés du patrimoine historique, naturel et culturel de l’îlot Maître. Une boucle d’un peu plus d’un kilomètre pour mieux connaître un des sites les plus fréquentés au large de Nouméa.

« L’îlot Maître n’est vraiment pas banal », s’enthousiasme Carole Bernard, directrice du Centre d’initiation à l’environnement, alors qu’elle présente le sentier réalisé par le CIE. De par sa « clientèle de profils très variés », mais aussi par le fait qu’il dispose d’une structure hôtelière, construite en 1983, et d’une chapelle ; qu’il renferme, en son cœur, de la forêt sèche ‒ « peu d’îlots ont cette végétation » ‒ et abrite des tricots rayés, des sternes, des puffins et autres balbuzards qui viennent se percher en haut des grands araucarias. « Nous avons trouvé cela intéressant de valoriser les différents aspects de l’îlot », indique Carole Bernard. Le CIE a mis à profit son expérience acquise lors de la création du sentier sous-marin de l’île aux Canards en 2001.

Herbiers, oiseaux, cocotiers et pins colonnaires, espèces emblématiques… Chacun des 9 panneaux est consacré à un thème. Ils sont complétés par 15 bornes végétales dédiées aux arbres. La balade, accessible à tous, démarre peu après le ponton, mène sur la côte est de l’îlot et longe la plage avant de rejoindre l’hôtel.

Le parcours commence par un historique des lieux depuis leur découverte par Tardy de Montravel en 1854. Le navigateur le nomme en l’honneur d’un de ses sous-officiers, Alphonse Maître, comme il le fera pour d’autres, à l’image de Larégnère, son camarade de promo. Le premier locataire débarque en 1902. Il s’agit d’Auguste Maestracci, qui disparaîtra en mer lors d’une partie de pêche avec son domestique 11 ans plus tard, en 1913, et dont les corps ne seront jamais retrouvés. Une stèle sera pourtant érigée en son honneur « avec des ossements retrouvés lors d’un terrassement en 2003 », que « la légende a voulu lui attribuer », raconte Carole Bernard.

La culture est également présente. Le tableau 9 évoque les symboles que représentent le pin colonnaire et le cocotier chez les Kanak. (© A.-C.P.)

VISITES GUIDÉES ET CLASSES DE MER

Plus qu’une simple activité de loisir, l’ambition du CIE est d’utiliser le sentier comme outil de sensibilisation. « On ne peut pas protéger si on ne connaît pas », pose la directrice. Avec ces panneaux, qui rappellent les gestes interdits (nourrir les animaux, collecter des plantes et marcher sur le corail), l’objectif est d’aider les visiteurs à accéder à l’information. « Peut-être qu’ils vont s’y intéresser, essayer de reconnaître les oiseaux et les plantes, et ainsi adopter des comportements positifs ici et sur les autres îlots. »

Afin de valoriser l’installation, le Hilton a mis en place un jeu de piste pour lequel les joueurs doivent chercher les réponses sur les pancartes, et le Centre d’initiation à l’environnement réfléchit à développer des animations. « On souhaiterait former les agents de l’hôtel, organiser des visites guidées, pourquoi pas des classes de mer avec les enfants… »

La structure évoque aussi l’instauration d’une écoparticipation pour soutenir ces activités et entretenir les supports. L’élaboration d’un dépliant est également envisagée. Enfin, le CIE n’exclut pas de retravailler l’idée de départ, celle d’un sentier sous-marin. « C’est ce qui devait se faire en premier, mais on n’a pas pu pour différentes raisons. Peut-être qu’il y en aura un par la suite… »

 

DES MILIEUX INTERCONNECTÉS
Fabienne Bourdeau, chargée de mission au CIE, explique les liens entre les différents milieux. (© A.-C.P.)

À mi-parcours, le panneau n°5 présente les liens entre les différents habitats qui abritent des espèces variées, et le rôle de chacun. « Il est essentiel parce qu’il montre les interconnections, le fait que les milieux ne sont pas séparés les uns des autres », insiste Fabienne Bourdeau.

Du récif jusqu’à la flore du cœur de l’îlot en passant par les herbiers, les laisses de mer, la végétation rampante (tapis d’herbe, liseron, pourpier), puis buissonnante (bourao, faux santal, bois matelot…), qui constitue un rempart de protection contre les embruns et le vent.

La chargée de mission au CIE note l’importance des laisses de mer, ce qui est abandonné après chaque marée (algues, herbiers, feuillage, bois mort…). Ces choses « auxquelles on ne s’intéresse pas du tout », glisse-t-elle, alors qu’elles ont plusieurs fonctions écologiques : abriter et nourrir des espèces vivant dans le sable, alimenter les oiseaux et autres crabes, contribuer à fixer les plages, les sables et les sédiments, amortir les vagues et limiter l’érosion.

Le parcours débute peu après le ponton, à côté de l’hôtel. (© A.-C.P.)

LES HERBIERS MARINS, PLANTES MAL-AIMÉES
AUX MULTIPLES BIENFAITS

« Taches marron disgracieuses », sombres, sales, qui font peur et paraissent inutiles, gâchant le bleu turquoise du lagon… Les préjugés négatifs sur les herbiers ne manquent pas. Or, ils jouent un rôle crucial pour l’écosystème et offrent de nombreux bénéfices. L’oxygène que nous respirons émane principalement du milieu marin, qui représente 75 % de la planète, explique Fabienne Bourdeau, chargée de mission éducation et environnement au CIE. « La plus grande source d’oxygène provient des algueraies et des herbiers marins. »

Ils constituent aussi de « véritables puits de carbone », des lieux de vie « foisonnants », et représentent « une ressource alimentaire pour les humains, puisque c’est là où on pêche les trocas, les bénitiers, etc. ». Ils sont également le garde-manger des tortues vertes, qui viennent s’y nourrir, et protègent les coraux de certaines bactéries en fabriquant des molécules. Ce n’est pas tout. Les herbiers stabilisent les fonds et protègent le littoral de l’érosion. Et de nombreuses utilisations restent à découvrir, car ce milieu est méconnu. « Les herbiers peuvent être utilisés dans la pharmaceutique, remplacer la laine de verre, etc. C’est pour tout cela qu’il est impératif de les préserver, insiste Fabienne Bourdeau, d’autant qu’ils sont très fragiles. »

 

Anne-Claire Pophillat