Le gouvernement est tombé

Ils faisaient planer la menace depuis des semaines. Les élus indépendantistes du gouvernement ont finalement démissionné, ce mardi. Une décision qui se fait au beau milieu d’une crise économico-sociale sur fond d’intérêts miniers et de la problématique référendaire.

Cette décision est un peu une surprise sur la forme, car jusqu’à présent, c’est la menace d’une motion de censure qui avait été agitée par les indépendantistes avec, cependant, la difficulté de trouver une majorité pour la faire adopter par le Congrès. Ce mardi matin, ce sont donc les membres de l’UC-FLNKS qui ont annoncé leur démission au cours de la réunion hebdomadaire du gouvernement. En début d’après-midi, les deux membres du gouvernement UNI se sont associés aux démissionnaires. Les cinq membres indépendantistes quittent donc le 16e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. L’UC-FLNKS et l’UNI auront décidé de choisir une voie plus classique, celle de la démission de liste, utilisée à plusieurs reprises dans le passé par les groupes politiques. Cette mesure est prévue dans l’article 121 de la loi organique, qui précise que lorsque les membres d’une liste présentent simultanément une démission motivée, le gouvernement est démissionnaire de plein droit. La loi organique stipule également qu’il doit ainsi être procédé à l’élection d’un nouveau gouvernement dans un délai de quinze jours.

Les raisons

Dans un communiqué, l’UNI et l’UC-FLNKS ont expliqué les raisons de leur décision de faire chuter le gouvernement Santa. Leur acte est, en résumé, lié à la crise de confiance qui s’est installée au sein de l’exécutif mettant à mal la collégialité, accentuée par le dossier de l’usine du Sud et la question du budget primitif 2021 non voté tout comme l’absence de dialogue constructif avec l’État sur la prochaine consultation référendaire.

La réaction des Loyalistes ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué, le groupe Avenir en confiance du Congrès explique que « cette décision incohérente, irresponsable et dangereuse s’inscrit dans la politique de la terre brûlée menée par les indépendantistes depuis plusieurs mois dont le seul objectif est de détruire, quitte à menacer directement les emplois et le quotidien de milliers de familles calédoniennes », en raison des tensions économiques et sociales fortes que connaît le territoire. Les indépendantistes « bafouent la démocratie en tentant d’imposer par la force et la déstabilisation ce qu’ils n’ont pas réussi à obtenir dans les urnes » lors des provinciales et aux deux derniers référendums.

Du côté de Calédonie ensemble, la chute du gouvernement confirme « l’incapacité politique de l’Avenir en confiance à concrétiser le choc de confiance sur lequel il s’est engagé auprès de Calédoniens ». Autre réaction, celle de Générations NC qui a parlé de véritable « coup d’État ». Pour le parti, « le rapport de force déjà installé sur le terrain va l’être également dans les institutions et nous avons du mal à imaginer que cette prise d’otage du pays favorise un retour au dialogue ».

Et maintenant ?

Le gouvernement démissionnaire va devoir assurer l’expédition des affaires courantes jusqu’à l’élection du prochain. En termes de délai, le Congrès a quinze jours pour convoquer les élus en session extraordinaire, fixer le nombre de membres du gouvernement et procéder à son élection. Ensuite, il faudra élire le président et les vice- présidents, ce qui peut prendre du temps, si l’on se réfère au passé. Autant dire que le nouvel exécutif, si tout va au plus vite, sera en fonction d’ici un mois. Et avec une majorité indépendantiste au Congrès, il est fort probable que le futur gouvernement ait aussi un président indépendantiste. D’ailleurs, dans les couloirs, certains noms circulent déjà et notamment celui de Néko Hnepeune (Union calédonienne), l’ancien président de la province des Îles.

Un avenir incertain

Avant de chuter, mardi, le gouvernement a tout de même eu le temps d’adopter à l’unanimité la délibération relative au débat d’orientation budgétaire. Une adoption qui devrait permettre de soumettre au vote du Congrès un budget primitif avant le 31 mars et éviter une mise sous tutelle de l’État.

Beaucoup d’incertitudes s’offrent à présent aux Calédoniens dans cette période référendaire déjà touchée par une crise économique et sociale avec notamment la problématique du rachat de l’usine du Sud. Un rachat impossible pour les indépendantistes qui ont tout tenté depuis un an pour le mettre sous cloche, à défaut d’obtenir un deuxième préalable minier. D’où peut-être la décision de l’UC-FLNKS et l’UNI de faire chuter le gouvernement Santa, une manière politique et institutionnelle de contrer la convocation, cette semaine, du comité consultatif des mines et, surtout, du conseil des mines qui devaient donner un avis sur le rachat de Vale NC par Prony Resources, le seul rempart aux travaux menées par la province Sud dans cette opération de rachat.


Sébastien Lecornu réagit

Dans un communiqué envoyé mardi soir, le ministre des Outre-mer a tenu à s’exprimer : « Je formule le vœu de voir un nouveau gouvernement formé dans les délais les plus courts, et ce, pour plusieurs raisons ».

Le ministre évoque la lutte contre la crise sanitaire, qui « repose, depuis le printemps 2020, sur un partenariat étroit entre l’État et le gouvernement ».

Il est aussi question du dossier de reprise de l’usine du Sud et de « l’avenir du nickel sur le territoire. Les discussions doivent continuer, estime Sébastien Lecornu. L’État est disponible et engagé pour faire avancer ce dossier ».

Enfin, concernant l’avenir institutionnel du pays, le ministre déclare que « les discussions doivent reprendre au plus vite, notamment sur les implications et conséquences d’un oui ou d’un non à l’éventuel troisième référendum que le Congrès pourra demander à partir du 4 avril prochain (…) L’État, partenaire et garant de l’Accord de Nouméa, reste plus que jamais engagé dans la voie du dialogue politique, au service de la paix et au service des Calédoniennes et des Calédoniens ».

D.P.

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