L’Autorité de la concurrence s’exprime sur les yaourts

L’Autorité de la concurrence a rendu un avis concernant une demande de protections de marché de la société Socalait. Sans cette démarche de l’industriel, les interdictions ou les restrictions d’importer les produits laitiers frais auraient toutes été levées au 1er janvier dernier, ouvrant complètement le marché à la concurrence. L’Autorité suggère plutôt de réduire les protections de marché et appelle Socalait à revoir ses engagements.

Les yaourts avaient défrayé la chronique début 2019. Le principal producteur, Socalait, avait présenté des demandes très contraignantes pour l’importation et annoncé des hausses de prix, en réaction aux contrôles de marges liés à la TGC et qui mettaient en péril la société, selon son directeur. Le résultat a été un véritable tollé avec un ralentissement très marqué de la consommation de yaourts, probablement remplacés par des yaourts faits maison. Les critiques et les conseils pour fabriquer ses propres yaourts avaient d’ailleurs pullulé sur les réseaux sociaux.

Face à cette levée de boucliers, la direction de Socalait avait tenté de faire marche arrière en demandant un régime de protections moins restrictif. Reste que, comme le souligne le rapport de l’Autorité de la concurrence, le niveau des protections de marché de la société était déjà élevé. Outre l’interdiction d’importer des yaourts nature ou sucrés imposée depuis trente ans, la production locale avait aussi obtenu le verrouillage de l’importation des yaourts aux fruits, ce qui avait mis le feu aux poudres.

Les consommateurs ont vivement réagi puisque les ventes de produits laitiers se sont effondrées, comme le précise l’Autorité. Cette situation avait conduit la société dans des difficultés, ce qui la pousse à nouveau aujourd’hui à demander des protections de marché. On notera, au passage, que l’entreprise a continué à verser des dividendes à ses actionnaires à hauteur de 20 à 25 millions de francs par an (ils étaient de 60 millions pour les années 2013 et 2014) alors qu’elle fait face à des difficultés de trésorerie. L’idée est de pouvoir maintenir l’interdiction d’importation de yaourts nature ou sucrés, d’imposer un quota d’importation pour les yaourts aux fruits ainsi qu’une augmentation des taxes sur les crèmes dessert.

Des engagements trop vagues

Comme le prévoit la nouvelle réglementation, Socalait a dû produire des engagements pour justifier sa demande. La position de l’Autorité de la concurrence reste plutôt critique sur les engagements de la société, très vagues dans le meilleur des cas. Sur les questions de l’emploi, Socalait indique, par exemple, avoir pu maintenir le niveau, tout en précisant que 25 départs n’ont pas été remplacés au cours de l’année 2019, un nombre très élevé rapport à l’effectif complet de 78 salariés. De la même façon, l’entreprise s’engage à maintenir les prix et non pas à les baisser, en précisant qu’elle n’a pas les moyens d’investir. On notera que ni la CCI, la CMA et l’UFC- Que choisir n’ont pu se prononcer faute de pouvoir disposer des éléments nécessaires à la production d’un avis éclairé.

Si l’on comprend le besoin de protections de marché pour maintenir l’emploi, le dispositif en lui-même pose tout de même question. Après en avoir bénéficié pendant trente ans, la société n’est toujours pas en mesure de s’en passer pour assurer sa pérennité. Une question qui se pose plus largement pour les autres secteurs protégés de l’industrie de transformation calédonienne. On se souvient, par ailleurs, que sur la question de la compétitivité, les négociations qui devaient accompagner la mise en œuvre de la TGC avaient échoué et n’ont toujours pas repris depuis.

Laisser plus de place aux produits importés

Assez logiquement, l’Autorité de la concurrence invite Socalait à revoir ses engagements sur la question des prix, faute de quoi, elle préconise que le gouvernement adopte des mesures de régulation laissant davantage de place aux produits importés. Sur la demande de taxer encore plus les crèmes dessert longue conservation, il est rappelé que ces produits ne sont pas fabriqués par Socalait ni par aucune autre société sur le territoire. L‘Autorité recommande donc que cette taxe soit purement et simplement supprimée. L’institution soulève, par ailleurs, un autre problème puisqu’en parallèle de son enquête, des négociations sur les mesures de protection ont été engagées entre la société et la Direction des affaires économiques. L’Autorité propose de modifier la procédure afin que les travaux des uns et des autres puissent permettre au gouvernement d’adopter les décisions les plus adaptées.

Le rapport de l’Autorité de la concurrence est à retrouver dans son intégralité sur https://autorite-concurrence.nc/.

M.D. ©M.D./DNC

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