La réouverture en fin d’année conditionnée à la vaccination

Par la voix de son président, Thierry Santa, et de son porte- parole, Christopher Gyges, le 16e gouvernement a lancé un appel à la « responsabilité » des Calédoniens lors d’une conférence de presse en forme de bilan sanitaire, avant la nomination d’un nouvel exécutif.

Alors que la campagne de vaccination connaît un certain ralentissement, Thierry Santa a prévenu : « L’isolement de la Nouvelle-Calédonie ne peut pas être éternel ». Les Calédoniens ont « toutes les cartes en main » pour atteindre l’immunité collective d’ici la fin d’année et espérer une réouverture des frontières.

Sur les 180000 personnes éligibles à la vaccination de 12 ans et plus, 120000 personnes ne sont pas encore vaccinées. « Nous avons fait un tiers du chemin », nous dit Thierry Santa.

Un système intenable dans la durée

Jusqu’ici tout a été fait pour protéger la santé des Calédoniens, connaissant la fragilité de la population, qui compte plus de 50 000 personnes à risque.

La Nouvelle-Calédonie, a-t-il rappelé, s’est dotée de mesures probablement parmi les plus restrictives au monde, mais « les choses ne sont pas extensibles ». Il avait été indiqué, dès le début, que le sas sanitaire qui comprend la quatorzaine et désormais la septaine pour les vaccinés, était forcément provisoire en attendant que des traitements ou la vaccination soient disponibles.

Le territoire et l’État ont réussi à proposer la vaccination gratuite et accessible à tous les Calédoniens alors même que le territoire n’était pas en situation épidémique. Pour contrecarrer les effets négatifs de cette bulle « protectrice », les entreprises ont été largement aidées et les licenciements massifs évités.

Tout est prêt maintenant pour envisager une réouverture : le pass sanitaire européen, le système d’alerte à quatre étapes, qui pourra être adopté par le 17e gouvernement.

Mais désormais, dit-on, c’est aux Calédoniens d’œuvrer pour la collectivité. Les raisons pour ce faire sont multiples. D’une part, le sas mis en œuvre n’est toujours pas à l’abri d’une brèche d’autant que le virus circule encore activement en Métropole et dans le monde, avec notamment des variants plus contagieux.

Le système a, par ailleurs, un impact très important sur la vie sociale, économique de tous les Calédoniens avec les voyages limités aux motifs impérieux, des difficultés d’approvisionnement en moyens commerciaux, médicaux, humains, des difficultés pour les Evasan et les formations.

Et puis ce dispositif a surtout un coût considérable. Concrètement, le prêt de l’État de 10 milliards de francs permettra de financer les dépenses exceptionnelles liées à ce sas sanitaire jusqu’au 31 octobre. Au-delà, il faudra trouver de nouvelles ressources : 700 millions de francs par mois, 1,5 milliard jusqu’à décembre. Ce qui paraît compliqué dans les circonstances actuelles. On comprend aussi qu’Aircalin ne pourra pas survivre à une prolongation de ce système. De nombreuses autres entreprises sont dans une même situation.

Les échéances arrivent par ailleurs à leur terme. L’arrêté de la gestion des vols par le gouvernement est en vigueur jusqu’au 31 octobre. Il nécessitera ensuite un arrêté de prolongation par le nouvel exécutif. La Nouvelle-Calédonie dispose de conditions particulières dans le cadre de l’état d’urgence français jusqu’à octobre. Un travail juridique est en cours pour voir si ce système peut être prolongé.

La levée du sas à portée de main

Si l’immunité collective est atteinte, le sas sanitaire n’aura plus d’utilité, a souligné le gouvernement. Et plus le taux de couverture vaccinale sera élevé, moins les mesures de restrictions de liberté seront fortes lors de l’introduction du virus, jugée inévitable dans le futur. (Sachant qu’un troisième confinement pourrait mettre « l’économie à terre », dixit Christopher Gyges).

Selon les modélisations du groupe d’experts dont s’est entouré l’exécutif depuis le début de la crise sanitaire et dont les membres ont, pour la première fois, été présentés aux médias, un taux de couverture vaccinale de 90 % de la population éligible permettrait d’atteindre cette immunité collective et d’empêcher la propagation de la maladie au sein de la population.

La campagne de vaccination de proximité va donc se poursuivre activement par le biais des vaccinodromes et un « vaccibus » sillonnera prochainement le territoire. Le gouvernement a également mandaté une agence de communication pour redynamiser la campagne.

L’État, qui a livré jusqu’ici 170 000 doses du vaccin Pfizer, va continuer de mettre à disposition ce produit, gratuitement, à raison de 10 000 doses par semaine. Ce qui correspond aux objectifs de l’exécutif pour la fin d’année. Reste donc à convaincre les non-vaccinés, principalement « des personnes qui n’en ressentent pas la nécessité justement parce que le pays est Covid-Free », estime le gouvernement. Il est redit que ce virus arrivera un jour et que c’est « maintenant » qu’il faut s’y prendre c’est-à- dire sans attendre d’être au pied du mur.

On se souvient notamment des quelque 50 000 appels par jour passés pour la vaccination au moment de la brèche dans nos protocoles.


En chiffres

24,79 % de la population éligible à la vaccination est totalement vaccinée (55 299).

27,52 % de la population a reçu une dose (61 321).

Le taux de vaccination est de 39 % chez les personnes vulnérables et de 57, 82 % chez les 75 ans et plus.

Il est de près de 20 % chez les 16-49 ans et de 3,48 % chez les 12-15 ans.


La vaccination d’autant plus essentielle avec les variants

Dr Anne-Claire Gourinat, responsable du laboratoire de microbiologie du CHT Gaston-Bourret.

« Avec le variant Delta, on est sur une transmission qui est deux fois plus élevée que le variant anglais ce qui est effectivement très inquiétant. On peut avoir une émergence deux fois plus rapide du nombre de cas. Donc les règles du jeu changent. C’est pour cela qu’il est essentiel de continuer les efforts de vaccination.
La Nouvelle-Calédonie se trouve en bout de chaîne puisqu’on est encore un territoire Covid-Free. Ce qu’il se passe dans le monde entier nous concerne et c’est très important de regarder ce qu’il se passe chez nos voisins. À Fidji, on est sur une situation épidémique au variant Delta qui est hors de contrôle. Hier,ilyaeuplusde600cas.Onestsurune population qui est peu vaccinée, à 5 %. Leur première variable était un sas sanitaire qui n’a pas fonctionné. Il y a eu des brèches et ensuite, la deuxième barrière, qui pourrait être la vaccination, n’était pas présente. En l’occurrence, c’est un mur que l’on doit construire et ce mur, il vaut mieux qu’il fasse dix mètres de haut plutôt qu’un mètre. D’où l’effort demandé aux 120 000 personnes ici. On pourra ouvrir les frontières et surtout, en cas de brèche de notre sas, éviter d’avoir un débordement des systèmes de soins et des décès. »


Plus de 600 personnes en septaine

Depuis la mise en œuvre du protocole de septaine pour les personnes vaccinées par les ARN messager (Pfizer et Moderna), 639 personnes ont pu bénéficier de ce dispositif, soit, 30 % des passagers (50 % sur le dernier vol). La septaine permet de limiter l’occupation des chambres d’hôtel qui constituent le « goulot d’étranglement » à l’arrivée. Plusieurs idées sont discutées au gouvernement pour alléger encore le dispositif : la vaccination obligatoire pour les passagers, une prise en considération des motifs familiaux plus élargie ou la réduction des chambres d’hôtel, compte tenu du coût du dispositif…


Attention à la saison fraîche

Les pays de l’hémisphère Sud doivent faire preuve d’une prudence accrue en saison fraîche. Cette saison est propice à la circulation des virus respiratoires comme cela est actuellement observé en Nouvelle-Calédonie. Si du Sars-Cov2 venait se greffer maintenant, le phénomène pourrait accélérer la diffusion du virus.

C.M.

©C.M. / DNC

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