La Nouvelle-Calédonie se déconfine

Confortées par des résultats sanitaires positifs et après quatre semaines de confinement strict, les autorités ont opté pour un retour progressif à la normale, à partir du 20 avril, tout en laissant les frontières fermées sauf aux rapatriements. Une stratégie qui n’a pas été au goût de tous…

Jeudi dernier, 16 avril, Thierry Santa, président du gouvernement collégial, et Laurent Prévost, haut-commissaire de la République, ont annoncé leur stratégie de déconfinement ou plutôt « d’adaptation du confinement » pour la Nouvelle-Calédonie, premier territoire français à retrouver le chemin de la normalité.

Aucun nouveau cas n’a été recensé depuis trois semaines (4 avril) sur plus de 3 700 tests effectués et les malades ont quasiment tous quitté le Médipôle. Ils ont donc estimé que les conditions étaient réunies pour que les Calédoniens retrouvent « la liberté d’aller et venir ». « Chaque jour qui passe, nous laisse penser que le virus ne circule pas au sein de la population calédonienne », a justifié Thierry Santa.

Même s’il a été concédé que cela ne resterait pas forcément « vrai demain », le gouvernement et l’État ont voulu apporter une « réponse proportionnée » à notre situation, somme toute, satisfaisante. Ils ont donc défini un nouveau cadre applicable durant deux semaines (jusqu’au dimanche 3 mai à minuit), avant de réexaminer la situation sanitaire et d’adapter ou non les mesures en vigueur.

Gestes barrières pour tous, masques pour certains

Depuis lundi et pour les deux prochaines semaines, les déplacements sont de nouveau autorisés et plus besoin d’attestation pour se justifier. La plupart des commerces, services et restaurants ont pu reprendre leur activité tout comme les crèches et les établissements scolaires en effectifs réduits même si des choix différenciés, on le verra, ont été privilégiés à l’échelle du territoire. Les activités de pêche, de chasse, de pratique sportive en extérieur, les activités nautiques sont de nouveau autorisées. L’accès aux plages aussi.

Mais toutes ces activités doivent encore s’effectuer « dans le strict respect des gestes barrières et de la distanciation sociale ». Le port du masque est obligatoire pour les professionnels qui ont un « contact physique direct » avec leurs clients ou leurs patients (professions du bien-être et du soin, comme les coiffeurs ou les masseurs). Il est aussi demandé aux personnes vulnérables de continuer, « autant que possible », à respecter un confinement strict.

Toutes les manifestations sportives, culturelles, amicales, familiales, religieuses ou coutumières de plus de 50 personnes demeurent interdites. Et les rassemblements de moins de cinquante personnes ne sont autorisés qu’à la condition de mettre à disposition des autorités sanitaires, durant quatre semaines, la liste nominative des participants et leurs contacts téléphoniques. L’idée est de pouvoir retrouver facilement les personnes contact si un cas de Covid-19 était détecté.

C’est dans cette même logique que les établissements de loisirs restent fermés : bars, nakamals, salles de jeux, bingos, cinémas, salles de spectacles, musées et établissements culturels. Les activités physiques et sportives en milieu associatif utilisant des installations publiques ou privées, sont encore interdites. Les piscines et les salles de sport, par exemple, afficheront portes closes jusqu’au 3 mai inclus. Ces endroits et activités, jugés « non essentiels », peuvent, en effet, constituer ce que les autorités ont appelé des « clusters anonymes ».

Les mesures de restrictions à l’entrée de la Nouvelle-Calédonie restent en vigueur, tout comme la quatorzaine stricte pour les arrivants, avec tests avant de sortir. L’État souhaite que les liaisons entre la Grande Terre et les îles puissent reprendre, mais cette possibilité est encore en discussion (lire p. 12). À partir du 4 mai, les mesures seront réadaptées à la situation épidémique.

Mais les vols internationaux, hors rapatriement, resteront suspendus et les paquebots interdits encore un moment. « La Nouvelle-Calédonie restera coupée du monde le temps qu’il sera nécessaire […] tant qu’il n’y aura pas de traitement efficace ou un moyen d’immuniser la population calédonienne », a prévenu Thierry Santa.

Désordre

L’annonce du déconfinement, qui doit permettre une « reprise économique de la Nouvelle-Calédonie », une « reprise de la consommation » dans un contexte que l’on sait extrêmement grave, a étiolé l’unité politique qui prévalait jusqu’à présent.

C’est d’abord la question de l’école qui a cristallisé les oppositions : on sait que les gestes barrières et mesures d’hygiène seront plus difficiles à faire appliquer, notamment chez les plus jeunes. Et que la réouverture nécessite la préparation de tout un monde (aides maternelles, cantines, internats, transports, etc.).

Si les établissements du primaire et du secondaire de la province Sud ont rouvert cette semaine, le président de la province Nord, Paul Néaoutyine, a choisi de les laisser fermés et de procéder à une préparation « plus concertée » à partir du 4 mai. La province des Îles a préféré s’assurer que toutes les conditions d’hygiène, en particulier, étaient réunies pour une reprise des classes jeudi.

Thierry Santa a dit comprendre les contraintes de chacune des provinces, ajoutant que chacun « essayait de faire au mieux dans le respect des objectifs sanitaires ». Isabelle Champmoreau, membre du gouvernement en charge de l’enseignement, s’est néanmoins inquiétée de cette différenciation, en particulier pour les classes à examen, « dont le retard pourrait être difficile à compenser ».

Plusieurs syndicats de professeurs et de parents d’élèves ont aussi fait entendre leur voix contre le « manque de préparation » et de « matériel antiépidémique ». Le même désordre a été observé sur la question des transports intérieurs avec les îles Loyauté, compte tenu de l’opposition des coutumiers à la reprise des liaisons.

Prématuré

Plus largement, le Sénat coutumier, par la voix de son président, Hippolyte Sinewami Htamumu, a confirmé son opposition à une levée du confinement avant la fin du mois d’avril. Le déconfinement programmé par le gouvernement a été jugé « hâtif et sans préparation suffisante ».

Pour les représentants coutumiers, cet assouplissement n’aurait pas dû se faire sans une préparation des jeunes, des travailleurs aux gestes barrières, sans le port généralisé du masque et des tests sur le plus grand nombre avant l’ouverture des circulations terre-air-mer, notamment vers les îles, avec des contrôles à l’embarquement. « Devant les arguments financiers et le non-respect de leur parole, le Sénat et le monde coutumier maintiennent leur détermination à faire passer l’humain avant l’économique ».

Le député Philippe Gomès (Calédonie ensemble) a évoqué, pour sa part, un « déconfinement à la hussarde. » Selon lui, il aurait dû s’effectuer sans les écoles, dans un premier temps, avec tests des populations fragiles, masques disponibles pour tous les Calédoniens et obligatoires dans les transports en commun et métiers exposés. Il s’est, par ailleurs, opposé à la réouverture des restaurants et estime que l’interdiction des réunions de plus de 20 personnes aurait dû être maintenue.

Changement de cadre pour le rapatriement

Autre point sensible et pas des moindres, le rapatriement des résidents calédoniens, qui s’était accéléré ces dernières semaines « pour répondre à l’urgence des situations et à la fermeture des frontières dans de nombreux pays. » Philippe Germain, membre CE du gouvernement, a été le premier à jeter un pavé dans la mare en demandant la suspension des vols de rapatriement « afin qu’ils puissent à nouveau être envisagés, mais cette fois, de manière mieux ciblée et dans des conditions sanitaires plus sécurisées ».

L’ancien président s’est appuyé sur une note de la Dass évoquant le « risque élevé d’introduction du virus » par des personnes en provenance de Métropole ou le fait que la fermeture totale des frontières soit (logiquement) la seule solution pour annuler ce risque. Ces propos ont « surpris » le président Santa. Il a évoqué une démarche « politicienne » et rétorqué, sur NC La 1ère, que le rapatriement était discuté quotidiennement de manière collégiale et qu’il s’agissait de faire appel à « nos valeurs fondamentales ».

Ensuite, alors que le sujet était déjà en discussion au gouvernement, le président de l’Union calédonienne, Daniel Goa, a réclamé publiquement que la durée du confinement soit étendue à 21 jours, avec un suivi sur 30 jours de l’ensemble des personnes revenant sur le territoire. Il a, lui aussi, a estimé que la stratégie sanitaire était « fragilisée » par le choix de la Nouvelle-Calédonie de rapatrier tous les résidents. Rappelant que la compétence en matière sanitaire relevait de la Nouvelle-Calédonie, Daniel Goa a prévenu que « toute tentative du haut-commissaire pour s’opposer à cette décision provoquerait une crise politique majeure et nous obligerait à demander à l’État son rapatriement ».

Cette dernière phrase a fait bondir l’Avenir en confiance qui a tenu à rappeler quelques réalités : le choix des Calédoniens de rester dans la France le 4 novembre 2018, l’aide financière de l’État qui permettra d’assurer le paiement des salaires de 20 000 Calédoniens « indépendantistes ou non », la dotation d’un grand nombre de masques en provenance de Métropole…

Sur le fond de l’affaire, c’est-à-dire l’essentiel, le gouvernement a effectivement changé le cadre des quatorzaines, un cadre présenté, mardi, par le porte-parole, Christopher Gyges, en présence des autorités sanitaires. Alors que la littérature médicale a fait état ces derniers jours de symptômes pouvant apparaître jusqu’à 21 jours, et du fait que la population calédonienne n’est plus en confinement strict à domicile, il a été décidé que les personnes rapatriées seraient isolées une semaine supplémentaire au sein de leur domicile en sortant des hôtels. Ce qui représentera donc un total de 21 jours de confinement.

Pour garantir la surveillance sanitaire quotidienne, le nombre maximum de personnes en quatorzaine dans les hôtels a été fixé à 600, ce qui signifie que les vols de rapatriement seront plus étalés dans le temps. Des rotations depuis l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont ainsi été reportées cette semaine.

Au total, le plan de rapatriement, débuté le 3 avril, a permis de faire revenir 1 089 personnes grâce à l’affrètement de 15 vols. La plupart sont en quatorzaine dans les hôtels (957) et 1 400 personnes sont encore en attente d’être rapatriées. Un nouveau programme de vols sera prochainement proposé. Les étudiants feront l’objet d’un protocole particulier. Le Sénat coutumier s’est opposé aux arrivées des personnels administratifs et militaires en provenance de la Métropole.Une éventualité qui avait été évoquée par le haut-commissaire.

C.M.


PNC et personnel de santé

Un protocole particulier est en vigueur pour le personnel naviguant et de santé lors des vols de rapatriement et des évacuations sanitaires. Ces personnes ne sont pas soumises à une quatorzaine, mais à une « autosurveillance ». Elles font l’objet d’un test de dépistage tous les 14 jours.

Isolement

Les autorités sanitaires l’ont répété : nous avons la chance en Nouvelle-Calédonie d’offrir l’isolement le plus efficace à nos malades, c’est-à-dire l’hospitalisation. (Ailleurs, les personnes atteintes de Covid-19 avec peu de symptômes restent chez elles.) On sait aussi qu’ils ont accès à internet, aux films sur Netflix, à un coach sportif…

Matériel exonéré

Le gouvernement a pris un arrêté pour exonérer de TGC les gels hydroalcooliques, les masques chirurgicaux, FFP2 et de protection à usage non sanitaire. Par ailleurs, la taxe sur l’alcool éthylique non dénaturé (80 %), vendu par les industriels aux pharmacies pour les solutions hydroalcooliques, a été réduite à 156 F par litre d’alcool.

Ratio

On n’avait pas eu cette information jusqu’ici : sur les 18 cas de Covid-19 recensés, 10 ont été importés et 8 sont des cas secondaires.

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