La manif passe mal

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi à Nouméa, à l’appel du collectif ReinfoCovid NC contre l’obligation vaccinale, pour la liberté des traitements. Un rassemblement – autorisé – qui a choqué alors que la Nouvelle- Calédonie se bat contre une fulgurante épidémie.

Ils étaient « un peu moins de 2 000 », selon le haut-commissariat, et « entre 6 000 et 8 000 », selon le collectif ReinfoCovid NC – qui a revu ses chiffres à la hausse – à manifester samedi à l’entrée de Nouméa, entre le rond- point Berthelot et la rue d’Austerlitz. En plein état d’urgence, alors que les Calédoniens sont soumis au respect des règles du confinement qui comprend l’interdiction de se rassembler, ces manifestants ont pu se mobiliser et se faire entendre. Ils réclament, et c’est leur bon droit, le retrait immédiat de l’obligation vaccinale, protestent contre le pass sanitaire à l’étude et réaffirment leur soutien à la liberté des traitements et des prescriptions des médecins. Voilà pour le fond. Sur la forme, le port du masque était moyennement respecté et la distanciation physique (moins de deux mètres entre les personnes) ne l’était pas. Et si le calme régnait globalement, des formules et des slogans ont interloqué nombre d’observateurs. Gaëlle Wery, coordinatrice de l’événement, a ainsi considéré que « l’obligation vaccinale pourrait donner envie à certains de prendre les armes ». « Assassins ! », pouvait-on aussi entendre dans les rangs de la manifestation. Des propos qui laissent pour le moins perplexes alors que la Nouvelle-Calédonie est pleinement mobilisée pour sauver des vies.

Réactions en cascade

Le haut-commissaire, Patrice Faure, a expliqué pourquoi il a autorisé ce rassemblement statique alors qu’il avait refusé un autre évènement de ce type, une marche, le 20 septembre. Le Conseil d’État a jugé en 2020 que la liberté de manifester ne pouvait être supprimée, y compris en période de confinement, et les organisateurs ont répondu cette fois aux différents critères de la loi (une manifestation sur un lieu, à l’écart du reste de la population, port du masque). Le représentant de l’État s’est toutefois dit personnellement « indigné par cette fraction de la population qui vient mettre en danger ou fragiliser tout ce que les autres font ».

Cette décision a essuyé des critiques en cascade au sein de la population et dans les rangs politiques. Le Rassemblement l’a vivement déploré, « alors que les Calédoniens meurent chaque jour principalement parce qu’ils ne sont pas vaccinés […] et que tous nos personnels de santé luttent jusqu’à épuisement ». Le député Philippe Gomès parlant d’un « cluster géant autorisé » a trouvé la situation « invraisemblable », alors que « tous les Calédoniens doivent rester à la maison ». L’Union calédonienne a estimé qu’il n’était « pas acceptable que le haut-commissaire prenne seul une décision qui vient contrecarrer la stratégie sanitaire décidée par le gouvernement » et qu’elle constitue une véritable injustice pour tous ceux « qui font l’effort de rester confinés, de respecter les gestes barrière et qui se font vacciner ».

« Irresponsable »

En conférence de presse, Christopher Gygès, de l’Avenir en confiance, a indiqué au nom du gouvernement que cette manifestation était « totalement irresponsable », qu’elle pouvait effectivement représenter un nouveau cluster – puisqu’a priori les manifestants sont contre la vaccination – et participer « à saturer encore plus les hôpitaux ». Les coutumiers, notamment de Drubéa-Kapumë, ont demandé aux responsables politiques et institutionnels davantage de « cohérence » dans leurs prises de décision.
Même si chacun reste attaché à la liberté de s’exprimer, cette autorisation restera pour beaucoup comme une tâche dans ce long tunnel Covid à la calédonienne. Avec cette interrogation : l’État n’a pas de mal à tenir ses positions quand il le souhaite. On l’a vu avec les nombreux recours sur les mesures à l’entrée du territoire visiblement attaquables. En quoi cette manifestation était-elle si différente ?

Une nouvelle déclaration de manifestation, au même endroit, a été formulée par le collectif et les associations pour ce samedi 2 octobre « au vu de la bonne réalisation du dernier rassemblement ». Ce qui a été observé samedi dernier à Nouméa aura au moins eu l’avantage de donner des arguments en béton au haut-commissariat pour refuser qu’un tel évènement se reproduise.

 

Chloé Maingourd avec V.G.

 

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