La continuité pédagogique vue par les adolescents

La continuité pédagogique, à quoi ressemble-t-elle quand on est adolescent ? Certains doivent lutter contre leur tendance à la procrastination, d’autres tentent de résister à l’appel de TikTok ou d’Instagram. Emma Reot et Maxim Louvard, deux élèves de troisième, nous ont confié leur quotidien de confinés.

L e confinement se prolonge et chaque élève trouve des solutions pour ne pas se laisser complètement aller. Pour Emma Reot et Maxim Louvart, élèves de troisième au collège de Magenta et de Baudoux, l’organisation est sensiblement différente et chacun doit puiser dans ses propres ressources pour maintenir le rythme.

Si Emma est plutôt autonome, Maxim a une légère tendance à procrastiner. « Des fois, je vais sur internet pour chercher une réponse et je finis par discuter avec un copain sur Instagram. Du coup, je rends le travail au dernier moment », plaisante l’adolescent. Pour éviter tout débordement, sa mère doit régulièrement remettre les pendules à l’heure. D’ailleurs, c’est elle qui scanne les devoirs de son fils à son travail. Mais il faut bien reconnaître que lorsque les parents travaillent, il est compliqué de contrôler ce qui se passe à la maison.

Perdus sur Pronote

Les enseignants, dans la majorité, assurent la continuité pédagogique, mais il semble que la somme de devoirs diffère d’un établissement à l’autre. Emma avoue ne pas travailler tous les jours, mais elle peut rester deux heures à son bureau lorsque c’est nécessaire. Quant à Maxim, c’est plutôt une demi-heure à une heure par jour. « Mais je ne trouve pas qu’il y a beaucoup de choses à faire. » Tous deux maintiennent le lien avec leurs enseignants, via Pronote. « Quand j’ai des difficultés, je leur écris et ils me répondent », précise Emma dont les devoirs ne donnent pas lieu à des évaluations. À Baudoux, en revanche, Maxim rend parfois des copies notées. Si le garçon n’éprouve pas de difficulté particulière, Emma avoue avoir un peu de mal avec Pronote. « C’est un peu compliqué, je n’arrive pas toujours à voir ce qu’il faut faire. » Il semblerait que l’application scolaire avec ses multiples entrées donne aussi du fil à retordre à certains parents.

Un avant-goût de vacances

Les deux élèves de troisième ne sont pas très inquiets, malgré l’examen du brevet à la fin d’année. Ils savent que les notions essentielles seront revues à la rentrée. Alors ils vaquent à leurs activités en attendant la rentrée. Pour Maxim, c’est plutôt vidéo, télé et basket. Il devait d’ailleurs faire un stage à la SSI (société sportive indépendante) pendant les vacances, mais il ne sait pas s’il est maintenu. Emma, elle, peaufine ses techniques de cuisine, s’occupe de ses animaux et partage des moments avec sa mère. Elle avoue s’ennuyer un peu et finit par aller sur son smartphone. C’est certain, les prochaines vacances n’auront pas la même saveur que d’habitude !

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En primaire, beaucoup de travail pour les petits

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Pour Jean-France Toutikian, secrétaire du bureau de l’UGPE (union des groupements des parents d’élèves), la continuité pédagogique est un abus de langage. Alors qu’il est confiné avec sa femme et leurs cinq enfants, cet enseignant de lycée se rend bien compte de la difficulté à réaliser l’ensemble des devoirs demandés.

« Pour moi la continuité pédagogique, c’est un mythe ». Jean-France Toutikian en a la certitude. « Il y a une continuité dans l’éducation, mais ce n’est pas vraiment de la pédagogie », complète-t-il. Confiné avec cinq enfants, il avoue ne pas passer tout son temps à faire les devoirs, mais tous les matins, à huit heures, c’est l’école à la maison. « Nous avons tout reçu en copie avec une fiche de travail détaillée sur deux semaines, mais franchement, c’est beaucoup trop. On a dû en faire la moitié. En classe, les élèves participent tous, il y a une sorte d’émulation, ça va vite. Mais quand l’enfant est seul devant son cahier, c’est plus lent », explique ce papa, qui fait faire les devoirs aux deux grands pendant que sa femme s’occupe des trois petits.

Pas plus de deux heures de devoirs

Ses élèves s’appellent Killian, 9 ans, élève de CM1, et Kali, 9 ans également, scolarisée en CE2. Jean-France Toutikian les accompagne environ deux heures par jour, mais cet enseignant de lycée reconnaît que ça ne doit pas être évident pour tout le monde. « J’ai reçu des appels de personnes qui cherchaient à comprendre les consignes. C’est vrai que des fois, ce n’est pas clair. » Jean-France Toutikian s’interroge également : « À quel moment tout ce travail va-t-il être corrigé ? »

Certains jours, Killian et Kali ne sont pas franchement disposés à faire leurs devoirs, ce qui donne lieu à quelques frictions. Mais les enfants finissent tout de même par s’atteler à la tâche. « À la fin, je travaille, car je vais à la rivière l’après-midi », témoigne Killian qui savoure ses moments de loisirs. Quant à Kali, elle est motivée pour s’améliorer en lecture, car on lui a promis une tablette si elle réussit. Adapter les objectifs à chacun, c’est peut-être cela, la clef de la motivation.


Le casse-tête des vacances scolaires anticipées

Les centres de loisirs accueillent 2 000 enfants sur 15 jours de vacances. C’est dire le nombre de personnes concernées par l’anticipation des congés. Dès l’annonce du gouvernement, la FOL (Fédération des œuvres laïques) a été débordée d’appels et de mails de parents inquiets. « Ils voulaient savoir si on ouvrait le 29 mars et comment inscrire leur enfant, explique Gwladys Mendez, la directrice. Nous avons tout de suite réagi en ouvrant nos inscriptions sur e-ticket et en accueillant les gens sur place avec une salle d’attente en extérieur et du gel pour ceux qui le souhaitent. » Aujourd’hui, le gouvernement l’a annoncé, les parents sont autorisés à se déplacer pour inscrire leurs enfants en centre aéré.

À la FOL, l’équipe a dû organiser, quasiment au pied levé, cinq centres de vacances. « Il y a beaucoup d’incertitudes, ce n’est pas évident. » Trois options sont envisagées. Soit le prolongement est décidé si d’autres cas apparaissent et les centres sont purement et simplement annulés. Soit ils sont maintenus avec des mesures drastiques de distanciation sociale. Soit ils reprennent dans des conditions normales. Cette incertitude a forcément un coût financier. La FOL, comme beaucoup de structures, doit notamment s’équiper en masques et en gel hydroalcoolique. « Pour nous, l’achat de masques revient à environ 250 000 francs par semaine. » Pour l’heure, personne ne sait qui va payer l’addition. Pour compenser, la FOL a annulé l’ensemble des interventions prévues, mais elle souhaite maintenir les sorties à l’extérieur.

V.G.

©E.R. 

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