L’alcool pur remplace le rhum à La Coulée

Dans ce contexte de confinement, nombreux sont ceux qui ont décidé de donner un coup de main. C’est le cas de la Distillerie du Soleil, au Mont-Dore, qui fournit désormais les pharmacies en éthanol pour le gel hydroalcoolique.

On attendra pour trinquer. Depuis une dizaine de jours, les cuves de la Distillerie du Soleil ne sortent plus de rhum et la production nouvelle de pur malt a aussi été mise entre parenthèses. « On s’est dit qu’il fallait qu’on participe à l’effort collectif, résume le patron de cette entreprise de quatre salariés, Philippe Bruot. Désormais, on ne fait plus que de l’alcool pur. »

C’est en discutant avec des confrères de l’industrie qu’il se rend compte qu’il y a une pénurie d’éthanol sur le territoire depuis quelque temps. « C’est parce qu’il n’y en a plus chez les fournisseurs habituels comme en Métropole, en Nouvelle-Zélande ou en Australie. » Alors, fini le sucre de canne dans les grandes cuves de fermentation, juste du sucre blanc qui fermente avec l’aide des levures avant un passage dans l’alambic. Au bout, sort un liquide cristallin et à la teneur en alcool bien plus élevée que d’habitude. Elle est passée de 80 % à 92 %.

« Ce qui a changé dans la façon de faire, c’est la maîtrise de la température, poursuit Philippe Bruot. En temps normal, les cuves sont refroidies. Là, on est à température ambiante pour une fermentation plus rapide. » Concrètement, il faut toujours dix jours pour mener à bien la fermentation, mais le taux d’alcool est plus important afin de correspondre aux besoins des pharmaciens. Lors de la première semaine d’activité, 100 litres ont pu sortir de l’alambic. « Cette semaine, beaucoup moins, car il faut que la fermentation en cours se termine. »

Retour à la normale fin avril ?

Sa démarche a été bien accueillie, selon lui, auprès de la plupart des pharmaciens. « Mais j’ai eu des personnes qui m’ont reproché de profiter de la crise pour me faire de l’argent. Des personnes qui finalement ont passé des commandes. » Pour une pharmacie, le prix pour un litre d’alcool issu de la distillerie est de 3 500 francs. À titre indicatif, il faut compter 3 700 francs en moyenne pour une bouteille de rhum de 75 cl. « Je ne fais pas de bénéfice, prévient Philippe Bruot. Bien sûr que c’est plus cher que l’alcool industriel importé, mais je n’ai pas les mêmes charges. Avec ça, je paie mes employés, le fonctionnement et le sucre. »

Le reste de la production habituelle est donc stoppé pour le moment. « Tant qu’on peut être utile, on continuera, prévient le chef d’entreprise. On a du stock de rhum pour réapprovisionner les points de vente, donc tout va bien. » Car la demande de rhum ne faiblit pas vraiment dans les magasins. « En ces temps de confinement, on boit et on mange », observe Philippe Bruot. Quant à sa nouvelle mission de fourniture d’éthanol, elle pourrait durer encore un mois, le temps que de l’alcool industriel soit livré en Calédonie.

A.B.

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