Gestion du covid-19, quelle suite?

Alors que la Métropole se frotte à l’épreuve du déconfinement dans des circonstances très difficiles, en Nouvelle-Calédonie, la menace sanitaire ressemble presque à un mauvais souvenir. Mais les rapatriements se poursuivent et il est impossible de vivre en vase clos. La loi prolongeant l’état d’urgence sanitaire a suscité un certain nombre de questions sur le principe des quarantaines. L’État a confirmé qu’il restait justifié pour l’outre-mer mais les dernières modalités restent floues.

Par la plus grande des chances, le compteur de la Nouvelle-Calédonie demeure arrêté à 18 cas confirmés de Covid-19, des personnes qui sont, depuis un bon moment, guéries et rentrées chez elles. Le rythme des rapatriements, qui avait été interrompu pour faire baisser les effectifs dans les hôtels réquisitionnés, a pu reprendre doucement. De 98 rapatriés en quatorzaine, nous sommes ainsi remontés à 420 personnes en huit jours. La semaine dernière, des vols ont été opérés de Sydney, Auckland et Port- Vila. Mardi, un vol est arrivé de Paris via Tokyo et un autre suivra vendredi, de quoi augmenter les capacités sachant que la limite de 600 personnes ne sera plus dépassée. 1580 personnes ont pu être rapatriées, selon les chiffres communiqués mercredi et 700 étaient toujours en attente.

Voyageurs, étudiants…

Parmi ces passagers en attente se pose, plus que jamais, le problème des quelques personnes qui n’ont pas pu rentrer ou profiter des vols pour diverses raisons. Sera-t-il possible d’affréter un avion juste pour une poignée d’entre elles (par exemple, il resterait moins de dix personnes en Nouvelle- Zélande) ? La question reste sans réponse… Selon le gouvernement, il n’y aurait pas de seuil minimum fixé par Aircalin et l’exécutif, mais des mails reçus par des Calédoniens bloqués et publiés sur les réseaux sociaux semblent démontrer le contraire…

Un début d’explication a, en revanche, été apporté aux étudiants. Jeudi dernier, lors de la dernière conférence de presse du gouvernement en live dédiée au Covid-19, Isabelle Champmoreau, en charge de l’enseignement, a indiqué que 370 étudiants recensés en Métropole ou à l’étranger souhaitaient revenir contre 490 ne le souhaitant pas. Parmi eux, « 220 répondent aux critères » de rapatriement, c’est-à-dire qu’ils sont concernés par des problèmes de santé, de logement, de stages, etc. 120 jeunes qui souhaitaient rentrer pour les vacances ont reçu une fin de non- recevoir.

Si les 370 étudiants ne faisaient jusqu’ici pas partie de la liste des personnes à rapatrier, certains sont déjà intégrés dans le planning des vols. Ainsi, 30 d’entre eux étaient prévus sur la rotation de mardi en provenance de Paris. Les autres seront répartis sur les prochains vols et « seront prévenus en amont pour qu’ils puissent se déplacer ». Le gouvernement a par ailleurs précisé que l’aide de 200 euros apportée par l’État à 800 000 étudiants concernait pour moitié des ultramarins. De son côté, le ministère des Outre-mer a annoncé le lancement en Métropole d’une cellule d’accompagnement dédiée au retour des étudiants. Activée mardi, elle est joignable au 09 70 83 97 97 (numéro vert).

Et la suite ?

Interrogé sur le déroulement des rapatriements dans les prochains mois, le porte-parole du gouvernement, Christopher Gyges, a dit souhaiter que les quatorzaines se maintiennent dans les hôtels. Cinq établissements sont encore réquisitionnés à ce jour (Méridien, Château Royal, Nouvata, Stanley et Lagon) et peuvent potentiellement être réquisitionnés jusqu’à mi-juin voire plus longtemps pour assurer la continuité territoriale habituelle pour les étudiants, le personnel de santé, les experts, ou encore les chefs d’établissement (en juillet/août qui représentent une quinzaine de familles). Les professeurs sont plutôt attendus pour début 2021.

Il s’agira ensuite de réfléchir progressivement à une ouverture des frontières sur laquelle il est encore difficile de se projeter, même au niveau de la fameuse « bulle Tasman » (Australie- Nouvelle-Zélande) que l’on regarde encore de loin…

Dans ce contexte, une inquiétude est venue de Paris. Les députés et le sénateur calédoniens ont, pointé du doigt une faille dans la loi prolongeant l’état d’urgence sanitaire, votée samedi à Paris. Un paragraphe est, selon eux, susceptible de nous poser problème puisqu’il ne tient pas compte des compétences partagées en Nouvelle-Calédonie* et qu’il prévoit « des mesures moins protectrices pour les quarantaines des nouveaux arrivants que celles qui sont en vigueur aujourd’hui ».

Il est, par exemple, stipulé que les mesures de quarantaine, de placement ou de maintien en isolement peuvent se dérouler, au choix des personnes, à leur domicile ou dans les lieux d’hébergement adaptés. Par ailleurs, les dispositions nationales prévoient que les voyageurs ne sont placés en quarantaine que s’ils proviennent d’un pays reconnu par l’État comme suffisamment touché par la pandémie, « ce qui n’est pas le cas de l’Australie ou de la Nouvelle-Zélande ».

Enfin, « la prorogation de la quarantaine au-delà de 14 jours nécessiterait que le préfet saisisse le juge judiciaire pour qu’elle soit autorisée ». Les parlementaires ont saisi le Conseil constitutionnel, mais indiquent qu’il ne s’est pas prononcé sur la conformité à la Constitution de l’article relatif aux outre-mer. Les parlementaires ont donc décidé de saisir le Premier ministre « afin qu’il demande l’avis du Conseil d’État » et le cas échéant, dépose un projet de loi modificatif.

Dans une vidéo, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin a tenté de rassurer en indiquant que le principe de quatorzaine stricte n’était pas remis en question, que le principe d’une interdiction d’entrée dans les territoires demeure et que seuls les motifs impérieux pour voyager sont justifiés…

* Les quarantaines relèvent de compétences partagées. L’État est compétent en matière de libertés publiques individuelles et de leurs garanties, des liaisons entre les territoires de la République. La Nouvelle-Calédonie est compétente en matière de contrôle sanitaire aux frontières et des liaisons internationales.


Ajustement du budget

Les élus du Congrès ont adopté à l’unanimité une délibération de modification du budget 2020 de la Nouvelle-Calédonie. Elle intervient en raison des dépenses non prévues, liées à la gestion de l’épidémie de Covid-19 : les mises en quatorzaine dans les hôtels réquisitionnés, le chômage partiel exceptionnel sur deux mois pour 15 milliards de francs estimés (17 800 personnes concernées) ou encore le report du paiement des charges fiscales et sociales du premier trimestre.

Les augmentations des budgets s’élèvent à 42 milliards pour le budget propre et à 5,5 milliards pour le budget de reversement aux communes et aux provinces, financées notamment grâce à l’emprunt de l’Agence française de développement garanti par l’État d’un montant de 28,6 milliards de francs. Des ajustements seront encore nécessaires dans l’année sur le budget supplémentaire. Le taux d’endettement de la Nouvelle-Calédonie est passé de 93 %… à 167 %.


Le prix des solutions et gel hydroalcoolique n’est plus plafonné

Le gouvernement a modifié son arrété du 5 mai relatif à la réglementation  des prix et des gels et solutions hydroalcooliques et désinfectantes par un coefficient multiplicateur maximal de marge commerciale de 1,3 comme pour les masques et autres produits concernés. En cause : « Les difficultés actuelles d’approvisionnement et de la flambée des coûts des matières premières importées nécessaires à la fabrication de ces gels et solutions ».


La vaccination pour éviter une épidémie de grippe

La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière a débuté. Elle prend une portée toute particulière cette année parce qu’une épidémie de grippe pourrait entraîner l’hospitalisation d’un grand nombre personnes fragiles et provoquer de l’absentéisme chez les soignants. Par ailleurs, la grippe et le Covid-19 présentant des premiers signes cliniques pratiquement identiques, la vaccination permettrait d’éviter un afflux de malades pour les tests.

Le vaccin est fortement conseillé pour les personnes âgées de 65 ans et plus, les femmes enceintes, les patients souffrant de pathologies comme le diabète, l’insuffisance cardiovasculaire, respiratoire ou rénale, l’obésité. Il est recommandé aux professionnels de santé, à ceux en contact avec les malades, ceux exerçant dans un établissement  de santé, un laboratoire ou une structure d’accueil pour personnes âgées ou handicapées, ainsi qu’au personnel navigant d’Aircalin.


 Rentrée : le bilan de l’UT CFE-CGC

Le syndicat d’enseignants s’est exprimé sur la rentrée progressive post-confinement.
Ses représentants ont expliqué ce que l’on supposait : il est quasiment impossible de faire respecter la distanciation sociale entre les élèves hors de la classe. En revanche, il est possible et même recommandé de pérenniser les gestes d’hygiène. Cet évènement aura, par ailleurs, eu l’avantage de pousser les établissements à avoir des espaces de toilettes plus propres avec du matériel. Reste que, selon l’UT CFE-CGC, tout a été supporté par les établissements qui ne pourront le faire dans la durée. Sur l’apprentissage, le syndicat demande que les programmes soient allégés et que les enseignants aient connaissance des contenus obligatoires aux examens. Il est enfin proposé de mettre en place, dès le primaire, la plateforme Pronote et de lutter contre la fracture numérique.

Jeudi dernier, Isabelle Champmoreau avait indiqué qu’il était effectivement souhaité que les règles matière d’hygiène deviennent la norme. Les programmes des classes à examen ont aussi été aménagés afin d’alléger la charge de travail des élèves et le calendrier des épreuves communes de contrôle continu pour les élèves de première qui passeront le nouveau bac en 2021 a été réaménagé. La première série a notamment été reportée à fin juillet au lieu de fin juin. La durée des stages en entreprise a été réduite de deux à trois semaines selon les sections.

C.M.

©CM

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