[DOSSIER] Femmes entrepreneures, elles ne comptent pas pour du beurre

Quelle est la place des femmes dans l’artisanat ? Le Nouméa Women’s Forum, qui revient les 15,16 et 17 septembre, s’intéresse aux femmes dans l’artisanat. La Chambre de métiers et de l’artisanat enregistre de plus en plus d’entrepreneuses, mais des freins doivent encore être levés pour favoriser leur parcours et leur réussite dans le secteur.

Un artisan sur trois est une femme dans les îles. En province Sud, c’est un sur quatre. Depuis une dizaine d’années, la possibilité de créer son propre emploi pour s’assurer une certaine autonomie financière séduit les femmes en ville, en Brousse et en tribu. « Les artisanes calédoniennes n’ont jamais été aussi nombreuses qu’aujourd’hui, expose Elizabeth Rivière, présidente de la CMA-NC. Leur poids s’est accentué ces dix dernières années, elles sont plus de 2 700 aujourd’hui. »

En 2021, 35 % des nouvelles entreprises étaient créées par des femmes. En 2020, c’était 30 %, contre 25 % en moyenne les huit dernières années. L’augmentation des étudiantes dans les formations professionnelles conforte cette évolution. Les filles ne dénigrent plus les professions d’électricienne et de mécanicienne.

Elles représentent un tiers des alternants et des stagiaires du Centre de formation de l’artisanat (CFA), contre un quart dix ans plus tôt. « Une partie est en reconversion professionnelle, elles choisissent un métier manuel pour retrouver du sens, changer de vie et de rythme, ou par passion », détaille Elizabeth Rivière.

Égalité presque parfaite

Dans plus de 40 % des sociétés de l’alimentation, la production et les services, chef d’entreprise se conjugue au féminin. Seul le secteur du bâtiment plombe la moyenne, en restant très masculin. Il représente 47 % de l’artisanat et compte 96 % de patrons hommes. « La pénibilité de certains de ces métiers reste un obstacle. À part quelques professions physiques nécessitant manutention et charges lourdes, peu d’éléments tangibles justifient que les femmes n’investissent pas l’ensemble des métiers de l’artisanat », explique la présidente de la CMA-NC.

Être une femme artisane, ce n’est pas si facile. S’il n’y a pas « de milieu réservé », insiste Élizabeth Rivière, des obstacles bloquent encore les parcours des entrepreneures et des dirigeantes. La Chambre de métiers et de l’artisanat compte sur le Nouméa Women’s Forum pour comprendre « les besoins et les attentes des femmes » et améliorer son accompagnement. « L’important pour tout chef d’entreprise, c’est d’avoir la bonne information, de se faire conseiller, de s’appuyer sur des experts, d’être entouré et soutenu. »

Rien n’a été laissé au hasard dans le logo du Nouméa Women’s Forum. Le sceau rouge, bien marquant, comme une trace de rouge à lèvres, représente trois femmes en une seule. La première, c’est Wonder Woman. « Il fallait montrer cette image de femme
forte », indique Naïa Wateou.

On retrouve ensuite la Marianne « pour les valeurs : liberté, égalité, fraternité ».

Et le petit grain de beauté est en hommage à la célèbre Marylin Monroe. « On a souvent l’image de la femme hypersexualisée, on oublie que la marque Marylin Monroe est l’une des marques les plus lucratives au monde. Qu’elle a très mal démarré dans sa vie de femme, mais qu’elle a repris ses études à un moment, qu’elle a monté sa boîte de production et qu’elle a eu aussi ce parcours chaotique avec cette envie d’indépendance et d’autonomie »,
précise l’élue.

 

L’institution estime aussi qu’un travail doit être mené autour des « structures associatives ou informelles » dans lesquelles les femmes s’investissent. « Il y a un vivier dynamique en Nouvelle- Calédonie et une richesse de savoir-faire artisanaux qui peut être accompagnée de manière adaptée, via des groupements ou des coopératives par exemple », poursuit Elizabeth Rivière.

42 % des personnes qui sollicitent la Chambre pour une aide ou des conseils sont des dirigeantes, des salariées ou des conjointes. Cette dernière catégorie rassemblerait 2 000 Calédoniennes, selon les estimations de la CMA-NC. Soit 76 % des conjoints actifs. « Ce sont des partenaires indispensables à la réussite de l’activité. Elles participent activement, mais dans l’ombre, à la vie de l’entreprise artisanale qui est souvent une structure familiale. »

Elles s’occupent des tâches administratives, assurent la relation avec les fournisseurs, font un peu de comptabilité… Une formation pour les assistants ou les assistantes de dirigeant d’entreprise artisanale est soutenue par la Chambre en ce sens. Le diplôme permettrait de se spécialiser en comptabilité, communication, gestion du personnel et organisation commerciale. Et d’affirmer un peu plus le rôle des femmes dans l’artisanat calédonien.

Brice Bacquet avec Edwige Blanchon

Photo : Edwige Blanchon

Un appel à projet pour inciter les femmes à entreprendre

Initiative Nouvelle-Calédonie lance la seconde édition d’Entreprendre au féminin. Ce dispositif gratuit a pour objectif d’inciter et d’accompagner les femmes à concrétiser leur projet d’entreprise.

L’association propose un suivi sur mesure avec des ateliers individuels et collectifs durant six mois. Douze places sont ouvertes. Les candidates ont jusqu’au 17 octobre pour s’inscrire.

Plus d’informations sur www.initiative-nc.com

 

Nouméa Women’s Forum

Le Nouméa Women’s Forum est de retour pour une deuxième édition les 15, 16 et 17 septembre. L’objectif ? Aider, informer, créer, inciter mais aussi partager avec les futurs porteurs et porteuses de projet.

Ce deuxième rendez-vous permettra de lancer et de soutenir une série d’actions pour la promotion du « leadership au féminin ». « Le premier forum nous a permis de faire un état des lieux des attentes des femmes qui veulent se lancer dans l’entreprenariat en province Sud », explique Naïa Wateou, élue en charge du développement économique à la province Sud.

Cette nouvelle édition va permettre à l’institution d’identifier les besoins. Pour les femmes qui veulent se lancer, c’est le moment de découvrir les dispositifs qui existent et de pointer du doigt ceux qui doivent être mis en place.

« On a en tout six ateliers : entreprendre mode d’emploi, forger son expérience, gérer son activité et élargir son réseau, se former ou se reconvertir, innover dans son secteur, faire évoluer son activité. Ça va du processus de réflexion jusqu’à la reconversion », précise l’élue.

Les invités de la première édition seront présents pour partager leur expérience. « On a un petit panel de partenaires qui vont essayer de faire basculer l’étincelle chez les futurs porteurs de projet. »

 

Livre blanc

Un livre blanc regroupant plus de cinquante actions proposées durant la première édition du Nouméa Women’s Forum a été publié. Cette feuille de
route est là pour que les institutions, les associations et les entreprises travaillent afin de faire entendre la voix des femmes.

 

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