Dossier : Compensation carbone : des retombées en Calédonie ?

Des entreprises compensent leurs émissions de dioxyde de carbone en finançant des activités qui « séquestrent » ce CO2. Très développé en Europe, ce système suscite de plus en plus d’intérêt : le gouvernement aimerait attirer en Calédonie les dépenses des sociétés internationales. Les industries locales pourraient également contribuer. La compensation doit cependant être un dernier recours, estiment plusieurs observateurs, pour qui la priorité reste la réduction des émissions.

 

 

 

Un « vrai potentiel »

 

♦ Un marché mondial…

Planter des arbres pour compenser leur pollution, c’est l’idée. Les entreprises le font soit volontairement, soit sous la contrainte du protocole de Kyoto (la France l’a signé, pas la Nouvelle-Calédonie). Cet accord a obligé les entreprises concernées à dépenser des sommes parfois importantes – des milliards de dollars à l’échelle mondiale. Il a aussi ouvert la porte à un marché des émissions de carbone : une entreprise qui pollue très peu peut revendre ses « droits à polluer », et un gros émetteur peut en acheter pour rester dans la légalité.

♦ …Bientôt local ?

Localement, la compensation est balbutiante. Elle se limite à des plantations de l’association Mocamana, financées volontairement par des entreprises et des particuliers (lire en page 11). Mais le marché mondial du carbone suscite de plus en plus d’intérêt. Il représente « un vrai potentiel pour la Nouvelle-Calédonie », de l’avis de Joseph Manauté, membre du gouvernement chargé de la Transition écologique, qui « travaille sur le sujet ».

Pour attirer les dépenses obligatoires des entreprises internationales, il faudra leur garantir un certificat de compensation accepté par l’administration de leur pays. Avant d’envisager une pluie de milliards, plusieurs questions doivent donc être réglées.

♦ Avancer « prudemment »

Scientifiquement, il s’agit de calculer le volume de CO2 séquestré par un arbre. Légalement, il faudra créer un cadre « compatible avec le système international », une affaire « complexe » où « l’expérience de l’État » pourrait être utile. Il faut avancer « prudemment », insiste l’entourage de Joseph Manauté, conscient de la difficulté à faire aboutir des sujets qui semblent pourtant emporter l’adhésion de tous les élus.

Si le marché mondial du carbone est prometteur, le local ne doit pas être négligé, d’autant que la Calédonie s’est engagée à réduire fortement son empreinte carbone via le Schéma de transition énergétique. Faut-il adopter les engagements du protocole de Kyoto et obliger les pollueurs à compenser ? « On n’en est pas encore là, ce n’est pas l’objectif actuel. Mais peut-être que l’on en sera capable un jour. »

♦ La priorité ? « Réduire les émissions »

Carole Antoine, chargée de projets à l’Agence calédonienne de l’énergie, voit des vertus au dispositif. Mais d’une part, « il ne faut pas que cela soit du greenwashing » : les projets financés doivent être pertinents, ne pas relever du pur marketing.

En Europe, les droits à polluer sont vivement critiqués par des ONG et des chercheurs, qui dénoncent une vaste surestimation du carbone réellement séquestré, peu de contrôle, un effet pervers lorsque compenser coûte moins cher que moins polluer, etc.

D’autre part, pour Carole Antoine, « la priorité, c’est de réduire les émissions. La compensation doit intervenir en dernier lieu, d’autant qu’elle ne suffirait jamais, à elle seule. » D’après un calcul réalisé par l’association Fresque du climat, pour compenser les émissions de CO2 françaises, il faudrait mobiliser 40 % du territoire national pour le reboisement, une option jugée irréaliste.

 


7,9 millions de tonnes de CO2 ont été émises en Calédonie en 2020 (top 2 mondial par habitant), dont 45 % par le secteur du nickel. Le Schéma de transition énergétique prévoit une diminution de 70 % d’ici 2035.

 

Gilles Caprais (© G.C.)

 

 

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