Deux députés Ensemble ! mais dans quelle majorité ?

Philippe Dunoyer et Nicolas Metzdorf ont finalement été élus, dimanche, lors du deuxième tour des élections législatives, après avoir crié au loup face à leurs adversaires indépendantistes. Mais la coalition présidentielle à laquelle ils sont rattachés, solution à tous nos problèmes avant le premier tour, est en mauvaise posture…

Les candidats portés par une union très suprenante sur le plan local et investis par la coalition macroniste vont donc rejoindre le groupe Ensemble ! au palais Bourbon. Le député sortant, Philippe Dunoyer, s’est imposé dans la première circonscription face à Walisaune Wahetra, la candidate du Front indépendantiste. Le premier récolte 25 652 votes (26,5 % des inscrits, 66,4 % des suffrages exprimés). La seconde, 12 979 (13, 4 % des inscrits, 33,6 % des suffrages exprimés).

Dans la deuxième circonscription, Nicolas Metzdorf a réussi à s’imposer face à Gérard Reignier. Le maire de La Foa a obtenu 31 398 voix (25,7 % des inscrits, 54,2 % des suffrages exprimés), le candidat indépendantiste 26 500 (21,7 % des inscrits, 45,8 % des suffrages exprimés). L’abstention atteint près de 55 % en Nouvelle-Calédonie.

Tromperie ?

Les Loyalistes et Calédonie ensemble, ennemis jurés d’hier, sont donc parvenus à leurs fins : faire réélire Philippe Dunoyer et porter Nicolas Metzdorf à l’Assemblée nationale. Une Confédération Loyaliste Ensemble ! a été crée en vue des discussions sur l’avenir institutionnel.

On imagine aussi un nouveau groupe au Congrès, un nouveau gouvernement. Dont acte. Mais des interrogations demeurent sur le fond de leur campagne, dont l’argumentaire, en deux points, ne tient pas. Ils nous promettaient, en effet, de grandes avancées grâce à une majorité toute puissante. Or, Emmanuel Macron a perdu sa majorité absolue. Ses députés sont bien moins nombreux qu’espéré. L

Le Président ne pourra pas gouverner seul et devra chercher des alliés de circonstance ailleurs ‒ probablement à droite ‒ et ce sont ceux-là qui auront le plus de poids ! Ils ont par ailleurs transformé l’entre-deux- tours en un combat contre l’indépendance.

Mais ne nous répétaient-ils pas depuis des mois que ce combat était fini et enterré depuis les trois référendums ? Ils savaient bien que les indépendantistes ne pourraient faire mieux que lors des deux premiers scrutins d’autodétermination auxquels ils ont participé massivement, cette élection nationale n’attirant pas les foules. Mais l’entourloupe a bien fonctionné.

Chloé Maingourd


Une raclée en outre-mer

Justine Benin et Yaël Braun-Pivet. (Photo Xose Bouzas /Hans Lucas via AFP)

Les ultramarins se sont largement positionnés en faveur de la gauche/ Nupes au deuxième tour des élections législatives. Ainsi, 22 sièges sur 27 (seulement quatre femmes) se positionnent sur ce côté de l’échiquier politique. Un vote contestataire contre la majorité présidentielle à n’en pas douter, sachant que certains de ces territoires avaient placé Marine Le Pen en tête du second tour de la présidentielle.

La gauche domine largement ou entièrement en Guadeloupe (où la secrétaire d’État Justine Benin a été battue), en Martinique, en Guyane, à La Réunion, en Polynésie française. La droite s’impose à Saint-Pierre- et-Miquelon, dans une circonscription réunionnaise, une autre à Mayotte.

Ensemble ! s’est uniquement illustré en Nouvelle-Calédonie, Saint-Barthélemy/Saint- Martin et à Wallis-et-Futuna. L’abstention a atteint environ 63 % dans ces territoires. Yaël Braun-Pivet a été réélue dans les Yvelines, ce qui lui permet de garder son poste de ministre des Outre-mer. Pour l’heure, car elle est aussi candidate à la présidence de l’Assemblée nationale.

C.M.


Un revers au niveau national

Emmanuel Macron et Elisabeth Borne (Gonzalo Fuentes / AFP)

Bien que victorieux en nombre de sièges à l’Assemblée nationale (245 sur 577), la coalition présidentielle n’a plus de majorité absolue (289 sièges). Dans ce groupe, Renaissance (ex-LREM) est à 170, le MoDem à 46 et Horizons à 26, les divers centre à trois. Trois ministres perdants devront démissionner (Amélie de Montchalin, Brigitte Bourguignon et Justine Benin) et de grandes figures de la macronie sont sortis (Christophe Castaner, Richard Ferrand).

La Nupes de Jean-Luc Mélenchon fait moins bien qu’espéré avec 133 députés et une coalition qui aura bien du mal à se fédérer en un seul groupe (72 La France insoumise, 26 Parti socialiste, 23 Les Verts, 12 Parti communiste). S’ajoutent 20 députés divers gauche. La droite obtient 64 sièges, 61 pour Les Républicains, trois pour l’UDI. On recense également 10 députés divers droite, dix régionalistes.

Le grand vainqueur de cette élection est indéniablement le Rassemblement national de Marine Le Pen, avec 89 sièges. Pour la première fois de son histoire, le parti pourra former un groupe. Et il pourrait même être le premier groupe d’opposition.

C’est donc un revers pour la majorité présidentielle qui ne pourra plus gouverner seule. L’opposition, qu’elle soit du RN ou des gauches, est bien déterminée à peser et à contrer l’action du gouvernement. Ce dernier devrait regarder du côté des Républicains pour obtenir une majorité et faire voter ses textes. Mais des ténors LR disent vouloir rester dans l’opposition.

Le président, bien que réélu, n’aura pas les mains libres. Il pourrait renoncer à une partie de ses réformes, utiliser le 49-3 ou dissoudre

C’est la première fois, depuis que les législatives se passent dans la foulée de la présidentielle, que le parti au pouvoir ne remporte pas de majorité absolue au palais Bourbon. Prémices à de nouvelles recompositions politiques ?

l’Assemblée nationale… Enfin, que restera-t-il de sa coalition dans cinq ans ? Emmanuel Macron ne pourra pas se représenter, ceux qu’il a fédérés autour de lui avec des sensibilités différentes partiront sans doute chacun de leur côté.

C.M.

Back to Top

Web Design BangladeshBangladesh Online Market