Coup de projecteur sur l’illettrisme

Les Journées nationales d’action contre l’illettrisme se tiennent jusqu’à la fin de la semaine sur le territoire. L’évènement a pris de l’ampleur cette année, signe d’une mobilisation grandissante sur cette problématique qui handicape 29 000 Calédoniens.

En 2013, date des dernières analyses de l’Isee*, on recensait 29 000 Calédoniens de 18 à 65 ans en situation d’illettrisme. 18 % éprouvaient de fortes difficultés dans les fondamentaux de l’écrit, 38 % dans la maîtrise du calcul. 45 % des personnes concernées étaient des travailleurs. Les lacunes étaient plus fréquentes chez les hommes jusqu’à 55 ans, les femmes après cet âge et chez les seniors, même si les jeunes étaient aussi touchés et le phénomène était plus prononcé aux îles Loyauté. Autre donnée, plus récente, le diagnostic du Fonds interprofessionnel d’assurance formation (Fiaf ) qui avançait qu’en 2019, plus de 60 % des entreprises étaient touchées par des difficultés de compréhension des consignes écrites ou orales au sein de leurs effectifs.

Mobilisation

L’illettrisme avait été déclaré grande cause nationale en 2013 et l’étude de l’Isee avait démontré que la Nouvelle-Calédonie n’échappait pas au phénomène. Fort de ce diagnostic, le gouvernement avait engagé un plan visant à diminuer l’ampleur et l’impact de ce problème sociétal. Aujourd’hui, plusieurs dispositifs existent et l’implication des pouvoirs publics, des organismes et des associations est grandissante. C’est ce que viennent confirmer ces journées dédiées à l’illettrisme organisées sur l’ensemble du territoire par le gouvernement, la Croix-Rouge française, l’École de la réussite, le Fiaf, l’Ifap (Institut de formation à l’administration publique) avec nombre de partenaires dont le vice-rectorat, la province Nord, la ville du Mont-Dore ou encore la bibliothèque Bernheim.

Au total, 38 actions sont prévues jusqu’à dimanche (contre dix l’année dernière) sur le thème « Quand on apprend, le moindre progrès est une victoire ». Au menu, la projection dans les trois provinces du film Illettré (2018), une fiction française sur la souffrance invisible de Léo, la trentaine, qui tente de dépasser la honte pour sortir de l’illettrisme. On trouve également des ateliers de sensibilisation, d’écriture, des formations pour les formateurs, des journées portes ouvertes ou encore une campagne de communication sur les réseaux sociaux.

Des solutions existent

L’idée de ces journées est de porter la cause de l’illettrisme et de montrer aux Calédoniens que des solutions existent, qu’il n’y a pas de fatalité. L’École de la réussite est un excellent exemple en la matière : l’établissement, financé par la Province Sud, propose depuis 2017 à Nouméa un parcours de remise à niveau sur les compétences de base en littéracie et numératie, avec des stages en entreprise, intitulé « Trempo-ligne ». D’une durée de huit mois, il est destiné aux adultes qui sont dans les situations les plus graves d’illettrisme. L’établissement s’est positionné sur une commande publique du gouvernement avec ce dispositif qui concerne pour l’instant dix personnes par an.

« Nous avons un public très varié, des personnes qui ne savent pas tenir un stylo, d’autres qui ont été à l’école, mais qui, pour différentes raisons, n’ont pas acquis les bases, d’autres encore qui travaillent, mais sont freinées dans leur progression ou leur reconversion », détaille la directrice, Nathalie Tirebaque. Toutes ont en commun, en revanche, un mal-être, une forme de honte que les formateurs leur apprennent à dépasser par l’apprentissage et la reconstruction personnelle.

L’un des stagiaires s’est ainsi comparé à une « petite souris », essayant à chaque moment de sa vie d’éviter les obstacles. « Ce sont des gens qui peuvent être qualifiés de ‘fuyants’ au travail, qui vont passer en caisse dans les supermarchés avec un seul produit, qui vont prétexter qu’ils ne voient pas sans leurs lunettes, qui ne vont pas arriver à l’heure. » On trouve aussi des situations sociales plus compliquées, « des laissés pour compte dans leur famille, dévalorisés à cause de leur illettrisme, des personnes de qui l’on profite, aussi ». Sans compter que « le manque de mots est également un problème pour s’exprimer au quotidien et peut amener à la violence ».

Dans le cadre des Journées nationales dédiées à l’illettrisme, l’École de la réussite ouvrira ses portes, vendredi, pour que le public puisse découvrir cette formation et rencontrer les stagiaires. L’établissement est partie prenante de ces journées pour apporter un message d’espoir : « Ce message, c’est de dire que l’on apprend tout au long de sa vie et que rien n’est fini ! », lance la directrice, qui insiste sur l’importance du repérage de ces situations par l’entourage personnel ou professionnel. Ils sont invités à profiter de ce coup de projecteur « pour leur montrer que tout est possible ».

* Enquête information et vie quotidienne.


Qu’est-ce que l’illettrisme ?

L’illettrisme concerne les personnes qui, après avoir été scolarisées, n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, l’écriture et le calcul, des compétences de base pour être autonomes dans les situations simples de la vie courante. Il ne doit pas être confondu avec l’analphabétisme qui désigne les personnes qui n’ont jamais été scolarisées.

C.M.

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