Coronavirus : la Nouvelle-Calédonie, au niveau 1, anticipe

L’absence, pour l’instant, de cas déclarés en Nouvelle-Calédonie permet aux autorités de se préparer à une arrivée probable du coronavirus. Les outils de gestion sanitaire pour les différents stades de propagation du virus sont en place et le gouvernement se penche également sur les impacts socio-économiques qu’un tel évènement pourrait avoir sur le Caillou. 

C’est une première. Le gouvernement a reçu la presse, mardi, pour une conférence entièrement dédiée au Covid-19. Lors de cette entrevue, les résultats des tests effectués sur deux nouvelles personnes revenant de Métropole et d’Islande (un enfant de 2 ans et demi et une jeune fille) se sont encore révélés négatifs.

Mais vu l’état de la propagation du virus à l’échelle mondiale, notamment en Métropole, la question n’est plus de savoir si la Nouvelle- Calédonie sera concernée, mais quand.
Il s’agit donc pour les autorités de préparer la population, d’anticiper de la meilleure manière possible la gestion de la crise avec cette chance de pouvoir profiter des expériences vécues ailleurs.

Quatre stades

Comme nous l’annoncions la semaine dernière, la Nouvelle-Calédonie a mis en place un protocole de gestion du virus. Le territoire on le rappelle, est compétent en matière de santé. Ce protocole comprend quatre stades.

Le niveau 1 est le niveau actuel. Il correspond à l’absence de cas et à la possibilité d’avoir des cas importés, isolés, c’est-à-dire des malades revenant de voyage. L’essentiel est d’éviter l’introduction du virus sur le territoire par les contrôles, de dépister et d’hospitaliser les personnes malades et de placer en quarantaine les personnes « contact ». Il s’agit aussi de préparer les professionnels de santé, du monde économique et les populations aux stades suivants (lire plus loin).

Le niveau 2, comme en Métropole ou au Japon, correspond à la présence de cas importés et à une circulation du virus autour de ces cas. Les actions visent alors à limiter la propagation du virus sur le territoire en plus des actions aux frontières.

Le niveau 3, que connaît l’Italie, correspond à une circulation active du virus sur un territoire. L’objectif est d’atténuer les effets de la vague épidémique et la stratégie se concentre sur la filière de soins.

Le niveau 4, que devrait progressivement connaître la Chine, correspond, enfin, à une phase de décroissance de l’épidémie avec, comme objectif, le retour à la normale.

Caméra thermique à La Tontouta

Alors que le virus se propage dans les zones qui sont les sources les plus fréquentes de passagers vers la Nouvelle-Calédonie, à savoir la Métropole et le Japon, la probabilité de voir arriver nos premiers malades augmente.

C’est pourquoi, les autorités passent à la vitesse supérieure en matière de contrôles. Depuis le 6 mars, les services sanitaires utilisent la caméra thermique pour détecter des signes de fièvre chez les passagers à l’aéroport international. Ceux présentant de la fièvre et de la toux sont transférés au Médipôle pour être testés.

Le cas ne s’était pas encore produit mardi, mais si un passager était confirmé positif, toutes les personnes se trouvant à proximité dans l’avion (passagers à une distance de deux rangées et personnel de bord en charge) seraient placées en quarantaine dans les locaux du Cise de Dumbéa (lire encadré). La quarantaine serait levée après un test négatif. Les autres passagers de l’avion seraient invités à s’autosurveiller et recevraient un kit de protection (masques et gel hydroalcoolique).

L’ensemble des navires, paquebots de croisière, minéraliers, porte-conteneurs, doivent toujours, rappelons-le, transmettre des rapports à la Direction des affaires sanitaires 48 heures avant leur arrivée, puis une heure avant d’accoster. Ils doivent spécifier si des personnes à bord présentent de la fièvre, si elles ont séjourné dans des zones rouges ou ont été contact avec des personnes ayant séjourné dans ces zones au cours des 14 derniers jours. Les personnes répondant à un de ces critères ont l’obligation de rester à bord et la Dass-NC peut interdire le débarquement de l’ensemble des membres d’équipage et des passagers.

Préparation des professionnels de santé

Le niveau 1 prévoit également la préparation des acteurs de santé sur les modalités de prise en charge des malades et de mobilisation en cas d’épidémie. Des protocoles ont été mis en place et une information a été diffusée aux médecins, pharmaciens, ambulanciers, biologistes pour notamment gérer un cas suspect.

Le Médipôle est le lieu d’isolement choisi pour les cas possibles de coronavirus et le laboratoire de référence pour les prélèvements. Mais dans le cas d’une épidémie, l’hôpital ne pourra agir seul et il faudra impliquer les autres centres hospitaliers, dispensaires, médecins libéraux… Une procédure est notamment en cours d’élaboration afin de permettre la décentralisation des prélèvements au centre hospitalier du Nord, des Îles etc. Sachant que les analyses continueront d’être effectuées au Médipôle. Un millier de tests de dépistage sont disponibles, 1 500 ont été commandés.

En cas d’afflux important de malades, certaines mesures spéciales pourraient être prises comme réserver l’hospitalisation aux personnes les plus fragiles, favoriser le maintien à domicile des personnes malades ne présentant pas de signes de gravité, reporter les activités médicales non essentielles.

Gestion des stocks

Nous vous le disions également la semaine dernière, le territoire dispose d’un stock de masques qui, en cas de propagation, serait insuffisant. La Nouvelle-Calédonie a donc transmis à l’État une demande de soutien au titre des stocks d’intérêt national, une demande qui a reçu un avis favorable. Comme ailleurs, les stocks de masques sont réservés aux professionnels de santé et aux personnes malades.

Des kits comprenant des masques et du gel ont été distribués aux médecins libéraux, au personnel des centres médicaux, aux ambulanciers du Grand Nouméa et seront renouvelés si besoin. Les pharmacies sont autorisées à fabriquer localement du gel hydroalcoolique ce qui, selon le gouvernement, va permettre de contrer la pénurie.

Communication et numéro vert

Les autorités vont renforcer leur communication au grand public avec des spots publicitaires. Les messages vont être axés sur la prévention, les gestes de protection comme le lavage des mains, le fait de tousser dans son coude, de garder ses distances avec une personne souffrante, etc.

Un numéro vert, le 05 02 02, est à disposition du public pour des renseignements sur le virus. La permanence est assurée en continu, de 8 h à 16 h 30. Mais il n’est pas destiné à fournir des conseils médicaux. Rappelons qu’en cas de suspicion, il faut appeler le 15.

« Task force » socio-économique

Le niveau 1 prévoit en outre une préparation des autorités et des professionnels à d’éventuelles restrictions aux niveaux 2 et 3. La Nouvelle-Calédonie pourra en effet recommander de réduire certaines activités collectives, reporter les rassemblements (la question se pose déjà au cas par cas pour tous les évènements jusqu’au mois de juin) voire confiner certaines zones et il est nécessaire d’établir un « plan de continuité des activités ».

Des réunions se tiennent avec les directions de la Nouvelle-Calédonie, l’État, les provinces, la Sécurité civile, les partenaires sociaux, les chambres consulaires ou encore la Cafat… Il s’agit d’imaginer ce qui devrait continuer à fonctionner, de peser les difficultés potentielles d’approvisionnement, d’évoquer le télétravail, le statut des personnes confinées.

Préparation du milieu scolaire

Les autorités calédoniennes ont déjà suspendu tout voyage scolaire à l’étranger jusqu’à nouvel ordre. Le gouvernement et le vice-rectorat anticipent également la fermeture éventuelle des établissements. Ils sont en train de réfléchir avec le personnel à la continuité pédagogique et la fourniture d’outils numériques.

Les autorités pourront décider de fermer des établissements pour une durée plus ou moins longue. Si un cas est détecté dans une école, il faudra, par exemple, tester l’ensemble des élèves et des professeurs, et procéder au nettoyage de l’enceinte avant de rouvrir.

Et en cas de large épidémie, on l’a vu ailleurs, la fermeture pourrait être plus longue. Pas parce que les jeunes sont des personnes à risque (visiblement seuls les nouveau-nés le sont), mais parce que ce sont des lieux favorables à la contamination : il y a du monde et beaucoup d’échanges notamment chez les petits, derrière lesquels on ne peut pas être en permanence pour faire respecter les règles d’hygiène. En clair, les enfants constituent des vecteurs du virus tout en subissant moins ses effets. Les personnes les plus à risque, on le rappelle, sont les personnes âgées et tous les adultes qui souffrent de formes sévères de maladies cardiovasculaires, d’hypertension, de diabète, de maladies respiratoires chroniques dont les BPCO (broncho-pneumopathie chronique obstructive), l’asthme…


Les zones à risques

Elles sont désormais au nombre de 21 : Chine (Chine continentale, Hong-Kong, Macao), Singapour, Corée du Sud, Japon, Iran, Égypte, Italie, Espagne, Allemagne, Suisse, Norvège, France métropolitaine, Pays-Bas, Suède, Belgique, Autriche, Royaume-Uni, Islande, États-Unis, Bahreïn, Koweït.


Les contrôles

2 228 voyageurs contrôlés depuis le 6 mars et l’instauration de la recherche de fièvre par caméra thermique.

33 180 personnes contrôlées à l’aéroport international depuis le 28 janvier, 346 voyageurs revenant d’une zone à risque dont 149 résidents.

145 déclarations maritimes de santé contrôlées depuis le 28 janvier pour une centaine de navires dont 15 venant d’une zone à risque.

11 contrôles à bord.


La quarantaine

Réquisitionné par le gouvernement, le Centre international sport et expertise de Koutio, a été aménagé pour recevoir 100 personnes. Il est destiné à l’accueil des personnes qui ne sont pas malades mais qui sont susceptibles d’avoir été contaminées par un malade suspect. La quarantaine est de 14 jours, la durée de l’incubation de la maladie.


Arrêts de travail : deux cas de figure pour les employés

Les personnes testées positives au coronavirus et confinées bénéficieront d’un arrêt de travail habituel.
Pour les personnes placées en quarantaine (qui ont été en contact avec des malades potentiels) les autorités prévoient un certificat médical pour « raison de santé publique ».


Report

Le coronavirus chamboule les déplacements et les évènements internationaux. La 10e conférence du Pacifique insulaire pour la conservation de la nature et des aires protégées, prévue en Nouvelle-Calédonie en avril, est ainsi reportée. Elle devait accueillir 600 personnes de la région.


Un impact économique important à prévoir

Le gouvernement a déjà demandé à la Direction des affaires économiques une estimation de l’impact que pourrait avoir cette crise sur notre économie. Les signes, évidemment, ne sont pas bons, en particulier sur l’aérien et le tourisme. Le syndicat des agences de voyages a déjà formulé une demande d’étalement de leurs charges fiscales et sociales pour faire face à la forte réduction de leur chiffre d’affaires.

Tout comme Aircalin, qui a constaté une très forte baisse de ses réservations et de nombreuses annulations. Selon le gouvernement, la compagnie estime les pertes sur son chiffre d’affaires dans les trois mois qui viennent entre 600 millions et 1,2 milliard de francs.

En réponse à la baisse de réservations et des nombreuses annulations, Aircalin a décidé de supprimer des vols vers le Japon et l’Australie. Les vols vers Osaka seront suspendus durant les mois de mai et juin. Cela représente une baisse de capacité de 14 % (-8000 sièges). Pour l’Australie, cinq rotations vers Melbourne seront annulées soit une baisse de la capacité de 20 % (-1500 sièges). Tous les passagers seront réacheminés sur Melbourne via d’autres routes. La desserte des routes Sydney et Brisbane est conservée avec des aménagement horaires.

Aircalin annonce aussi des mesures commerciales exceptionnelles : les reports, changement de destination et annulations se font sans frais sous certaines conditions.

C.M.

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