Christian Araud, 80 ans, nageur sur la Traversée BCI

À 80 ans, Christian Araud est l’une des figures bien connues de l’eau libre. Comme chaque année depuis la création de la compétition il y a 26 ans, il sera au départ de la traversée de l’île aux Canards, dimanche. Et en tant que doyen, il n’a pas d’autre prétention que celle de se dépasser, encore une fois.

DNC : Qu’est-ce qui vous motive encore à participer à la Traversée ?

Christian Araud : Tout simplement parce que j’ai toujours en moi cette motivation. J’ai toujours, à mon âge, l’envie de nager, de mettre à l’épreuve ma volonté et mon courage. Et puis de voir tout ce monde participer à la fête, c’est une chose dont je ne me lasse pas.

Vous êtes connu pour avoir participé à de nombreuses compétitions partout dans le monde. Qu’est-ce qui vous plaît autant dans cette épreuve ?

Je ne la prends pas pour une compétition justement. Je ne veux pas y mettre d’enjeu. D’une part parce qu’il n’y a pas de catégorie d’âge, donc je n’ai rien à gagner. Mais aussi parce que je l’ai toujours vue comme une grande fête de la natation, très conviviale. Donc le classement importe peu.

Vous qui n’avez jamais raté une édition, comment cette compétition a-t-elle évolué au fil du temps ?

Pour moi, le principal changement, c’est le nombre de participants, mais aussi la qualité des nageurs. Ils sont de plus en plus forts, chaque année ! Il faut dire qu’on a une très bonnes formations, ici, en Nouvelle- Calédonie, avec des clubs qui ont fait éclore des champions de France, voire mieux. Les enfants nagent de plus en plus jeunes… pas comme moi qui ai commencé à 50 ans (rires).

Pourquoi avoir appris à nager si tard ?

Sûrement parce que j’étais trop occupé par mon travail. Quand on est entrepreneur et qu’on veut faire les choses bien, on est toujours à fond. C’est vrai que le travail a toujours été ma priorité, donc le sport est arrivé après. Et vous savez, je suis né pendant la guerre dans une famille de paysans de l’Ariège, ce n’était pas dans les habitudes d’apprendre à nager (rires). On n’avait même pas l’eau courante à la maison.

Pourquoi avoir choisi la natation ?

Je dois avouer que ce qui m’a fait accrocher en natation, c’est que j’ai eu très vite de bons résultats. Mais j’ai aussi cette passion de l’espace et de la liberté. Cela me convient bien parce que ma vie, enfant en Ariège, c’était comme ça. En montagne, quand on monte, on doit savoir redescendre. Eh bien en mer, c’est pareil, il faut pouvoir revenir. Et puis la nage en eau libre, ça apporte aussi beaucoup sur soi, sa volonté et son courage. Mais aujourd’hui, à mon âge, l’important, c’est le côté humain de la discipline.

Qu’est-ce que vous avez envie de dire aux plus jeunes qui vont découvrir l’eau libre ce week-end ?

Que la vie ne se joue pas sur une étape ou une saison. L’important, c’est de durer. Ils ne doivent pas s’en faire sur le résultat, car en réalité, pour qu’il y ait un premier, il faut un dernier. Je pense aussi qu’il faut être curieux de tout. Moi, par exemple, c’est en me renseignant et en voyant ce qu’on peut faire ailleurs que je me suis inscrit en Coupe de France, puis dans des compétitions internationales. Et puis c’est aussi important de changer de sport pour voir autre chose. Enfin, je leur dirais de bien s’entourer.


Maître artisan

Né en 1940, c’est dans les années 1960 que Christian Araud débarque dans le Pacifique, d’abord en Polynésie, puis plus tard en Nouvelle-Calédonie. Artisan dans le secteur de la rénovation, il est piqué par le virus de la natation à la fin des années 1980. Si son premier exploit arrive en 1991, avec une traversée entre le phare Amédée et la plage de l’Anse-Vata, il va très vite parcourir la Terre entière pour participer à un maximum de courses en eau libre. Traversée du lac Léman, Coupe de France et même la finale de l’Oceanman, en 2018, où il prend la septième place dans la catégorie plus de 65 ans, alors qu’il en avait déjà 77. Avec le temps, il acquiert le surnom de dauphin. « C’est toujours mieux que requin », s’amuse-t-il.


L’ange gardien de Lara Grangeon

Parmi les nombreuses anecdotes qui ont marqué la carrière de Christian Araud, une lui est restée en mémoire. « Je me souviens d’une Traversée où les parents de Lara (Grangeon), m’avaient demandé de l’accompagner sur l’aller-retour. Elle n’avait même pas huit ans ! Elle n’a pas arrêté de râler et de me demander quand tout cela allait finir (rires). Malgré tout, elle a bouclé le parcours sans aucune aide de ma part. Aujourd’hui, dès qu’on se croise sur une compétition en Métropole, elle ne manque pas de me rappeler ce souvenir. »

A.B.

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