Ânûû-Rû Âboro : une dernière édition pour le festival du documentaire ?

Le Festival international du cinéma des peuples se tient du 14 au 22 octobre à Poindimié et dans 20 communes partenaires. Véritable référence ici et ailleurs pour les passionnés et professionnels du documentaire de création, le rendez-vous pourrait disparaître après cette quinzième édition, faute de soutien suffisant.

Après les annulations de 2020 et 2021 dues à la crise sanitaire, les festivaliers peuvent enfin renouer avec la programmation exceptionnelle et exigeante de Ânûû-Rû Âboro. Mais si le festival peut se tenir cette année, c’est uniquement parce que le travail a commencé en amont pour la préparation de l’édition 2021. Car tous les salariés de l’association ont été licenciés par manque de moyens. Le secteur de la culture du gouvernement, en particulier, n’a pas soutenu l’événement. La subvention de la province Nord est encore attendue.

René Boutin, en charge de la direction artistique, œuvre désormais tout seul pour organiser ce qui constitue « la première manifestation cinématographique du territoire ». « La charge est énorme avec 2 500 à 3 000 films à visionner par an, une quarantaine à sélectionner, suivi d’un gros travail de traduction, de sous-titrage », confirme l’intéressé. Sans compter la gestion des fonds, l’organisation même du festival et des projections, notamment dans les zones les plus éloignées de l’offre culturelle, et les collèges et lycées. René Boutin l’affirme, il ne continuera pas. Et même la sélection annuelle du festival sur la chaîne Caledonia devrait disparaître.

DOCUS D’ART

En attendant, ses yeux se mettent immédiatement à briller lorsqu’il s’agit d’évoquer la programmation 2022 « exceptionnellement bonne ». 37 documentaires de 26 pays ont été sélectionnés. Le réseau Ânûû-Rû Âboro a une nouvelle fois fonctionné à plein régime. René Boutin connaît quasiment tous les réalisateurs. Les internationaux malheureusement ne seront pas là.

La liste regorge de pépites. L’autre du photographe chilien Francisco Bermejo interroge par exemple la cohabitation entre humains en suivant deux vieux vivant dans une cabane. Les enfants terribles (Ahmet Necdet Cupur) secoue les idées reçues sur la Turquie. La terre est bleue comme une orange nous plonge dans le Donbass (Ukraine) de 2020. On s’intéressera aussi à l’Amérique blanche rurale, poétique malgré tout, dans Le dernier hillbily de Diane Sara Bouzgarrou, ou encore aux gangs nigériens dans Zinder (Aïcha Macky). The Filmmakers’house de Marc Isaacs va se jouer des spectateurs. « J’essaie toujours de surprendre le public avec quelques films plus difficiles d’accès, mais aussi de le satisfaire. Il y a du documentaire pour le sujet ou pour l’art, et c’est souvent de là que viennent les grands », glisse le directeur artistique.

Dans la sélection du Pacifique qui connaît au fil des années une « progression incontestable », une place sera encore donnée aux grands personnages du pays avec Roch Pidjot, le souffle de la dignité (Jean-Michel Rodrigo et Marina Paugam) et Andi-Marie Claude Tjibaou (Emmanuel Tjibaou et Dorothée Tromparent), présenté en ouverture. Le public avait réclamé Waan’yaat, il sera suivi d’une discussion avec l’historien Olivier Houdan. À découvrir aussi, L’autre femme de Stéphane Ducandas ou, encore, 140 km à l’ouest du paradis tourné en Papouasie- Nouvelle-Guinée par Céline Rouzet.

LE DOCUMENTAIRE « MONTE LA GARDE »

Comme toujours, depuis 2007, Ânûû-Rû Âboro va nous faire réfléchir ensemble sur des thématiques universelles, « faire émerger des pensées fraternelles ». La beauté de ces documentaires réside souvent dans la présentation « de séquences de cinéma qu’on ne voit même pas au cinéma » résume René Boutin parce que, finalement, la vie a beaucoup plus d’imagination que nous ! Ce sont aussi des cadeaux d’humanité. Le directeur artistique nous amène ainsi à réfléchir à ce constitue ce type de films dans « l’océan des écrans », aux chiffres diffusés en continu aux infos qui, selon lui, ne sont plus en capacité d’ouvrir calmement des espaces de conscience. « Face à la pandémie numérique, le documentaire monte la garde », écrit-il dans son édito. Ânûû-Rû Âboro veut encore, une dernière fois peut-être, faire sa part, mué par « sa foi sincère en la vérité et la bienveillance » avec des films alimentés d’une « empathie à toute épreuve ».

Chloé Maingourd

Photo : 140 km à l’ouest du paradis, de Céline Rouzet.

Hommage à Jean-Louis Comolli

L’association a rendu hommage à Jean-Louis Comolli, premier président du festival, disparu au mois de mai. « Jean-Louis Comolli était venu tourner un documentaire sur Koniambo. Il a mis notre festival sur les rails en mettant à notre disposition ses relations et ses contacts, en s’investissant dans la formation. On lui doit beaucoup », conclut René Boutin.

 

Pratique

450 projections gratuites sont prévues sur deux semaines dans 20 communes partenaires avec également des sélections pour 35 collèges et lycées. À Poindimié, les projections auront lieu dans les tribus d’accueil de Pwèééo (Wagap) et de Näpwëtëmwä (Tibarama), à la Médiathèque et à l’hôtel Tiéti. Tout le programme sur anuuruaboro.com
Bandes-annonces sur Facebook : Festival Ânûû-Rû Âboro

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