Algues à l’hippodrome : la mairie dément toute pollution, EPLP demande des avancées sur l’assainissement

Ensemble pour la planète a dénoncé la mauvaise qualité des eaux de l’hippodrome et sur l’Anse-Vata, soupçonnant un dysfonctionnement de la station d’épuration en amont. Une analyse basée sur des résultats « incohérents », selon la mairie, qui a fait part de son incompréhension. EPLP profite de cet incident pour remettre la problématique de l’assainissement sur le devant de la scène.

Bras de fer entre EPLP et la mairie. Le 22 juillet, dans un post Facebook, l’association a mis en lumière l’eutrophisation en cours de la lagune de l’hippodrome suspectant un déversement en mer « sans doute non conforme » et un dysfonctionnement de la station d’épuration des eaux usées de l’Anse-Vata. Une situation, selon elle, qui durait « depuis environ un mois » aux dires des riverains. EPLP a finalement procédé à des prélèvements en sortie d’arroyo à l’Anse-Vata et fait part de résultats d’analyses chimiques et bactériologiques « hors norme » sur une eau pourtant déjà largement diluée dans la lagune.

« Concentré d’excréments »

Concrètement, elle évoque un taux de contamination aux entérocoques (témoins d’une contamination fécale) « deux fois plus important que la norme requise par la réglementation ICPE » et estime, par déduction, que c’est un « concentré d’excréments » qui sort de la station. Elle indique, par ailleurs que la DCO, demande chimique en oxygène, est près de 20 fois supérieure à la norme et les MES, matières en suspension, trois fois supérieures à la norme.

« Comment cela a-t-il pu échapper aussi longtemps à nos autorités ? », s’interroge pour EPLP Martine Cornaille, qui affirme sa crainte de voir survenir « des impacts sanitaires sur les usagers de la mer et les écosystèmes proches des points de sortie ».Elle s’inquiète d’avoir appris au passage que les eaux de baignade ne sont et ne seront plus contrôlées jusqu’à l’été en raison de « l’absence de crédits dédiés disponibles à la Dass ».

« Un problème classique d’algues »

Cette sortie médiatique a suscité une vive réaction des services de la ville, une collectivité généralement taiseuse. Philippe Jusiak, secrétaire général adjoint du pôle aménagement, fait état d’informations « d’une incohérence incroyable », ce qui est, dit-il, « extrêmement surprenant de la part d’EPLP, association respectée qui a, par ailleurs, toute son utilité ».

Il explique que ses services suivent effectivement un phénomène d’eutrophisation de la lagune avec formation d’algues depuis le début du mois de juin. Les analyses de l’IRD ont montré qu’il s’agissait d’Ulva ohnoi, une algue naturelle du Japon, invasive, mais « non toxique voire comestible ». De tels épisodes ont déjà été observés, rappelle-t-il, à Sainte-Marie, à l’Anse-Vata et même à Deva. Ils sont déclenchés par des changements de conditions nutritives (excès de phosphore, d’azote, de sels nutritifs) ou climatiques « et n’ont aucun lien avec une pollution bactériologique ! », clame cet ingénieur en traitement des eaux.

Philippe Jusiak précise que la lagune est contrôlée en douze points, tout comme la sortie de la station et l’arrivée en mer, dans le cadre des contrôles habituels et supplémentaires et que les diverses analyses n’ont pas présenté d’excès ou d’anomalies bactériologiques. « C’est un problème d’algues classique que l’on gère ». Et elles peuvent effectivement apporter un désagrément lorsqu’elles meurent : asphyxier le milieu (surtout s’il est fermé), tuer les poissons, générer des mauvaises odeurs, évoluer vers le littoral via l’arroyo et se développer également dans l’eau de mer. C’est pourquoi elles doivent être retirées (lire encadré). Les services ont, dit- il, pris le temps des analyses et de trouver les meilleurs moyens opérationnels pour agir, ce qui explique le délai.

« Incohérences »

Sur la forme, Philippe Jusiak met en doute les analyses d’EPLP. Il affirme que les techniciens ont constaté que la méthode utilisée n’était appropriée ni pour les eaux usées, ni pour l’eau de mer. Il pointe l’absence de corrélation entre les différents taux d’E. coli et des entérocoques qui « évoluent ensemble », mais sont ici totalement différents. Il indique le cas échéant que la DCO n’est pas analysable dans les eaux salées, tout comme les matières en suspension qui sont nombreuses dans la mer (« notamment le sable »). Il est souligné plus largement que l’on ne peut appliquer les normes ICPE qui concernent les sorties de stations à l’arrivée en mer. « Certaines fosses septiques, les eaux de pluie ou de mer peuvent interférer. Il faut savoir de quoi on parle », nous dit le représentant. Philippe Jusiak ajoute « ne pas pouvoir prendre au sérieux » un fichier Excel de Martine Cornaille qui ne contient « aucune trace ou signature d’un laboratoire, de contrôle de hiérarchie ».

Pour conclure, il affirme que la question des budgets est une « fake news » : les analyses se poursuivent bien hors période estivale en mer et « au moindre doute on interdit les eaux de baignade ». Pour le responsable, la mairie n’aurait aucun intérêt à cacher un dysfonctionnement bactériologique.
Il regrette qu’EPLP ait pris le risque « d’immiscer le doute dans l’esprit de toute une population » et, au passage, heurté « des équipes de gens qualifiés, désemparés par ces messages ». « EPLP, au travers de sa représentante, a fait preuve d’une incroyable légèreté et d’une réelle inconséquence totalement inacceptable en lançant une alerte médiatique sur un sujet de sécurité sanitaire sans aucun fondement. Nous espérons vivement que cette situation ne se reproduise plus. »

Rebond

Martine Cornaille a répondu. Elle rappelle qu’elle « a enseigné la microbiologie » et qu’elle sait faire « des prélèvements en conditions stériles ». Elle explique que les résultats proviennent d’un tableau Excel fourni par un laboratoire au titre de résultats partiels et celui- ci apposera son logo sur les résultats définitifs attendus pour ce jeudi, 30 juillet. Elle souligne, par ailleurs, sur le manque de corrélation des taux bactériologiques, que les entérocoques sont « plus résistants » que les Coli et qu’ils ont pu, si les évènements dataient un peu au moment des prélèvements, résister pendant que les seconds ont disparu. Elle précise, enfin, que les prélèvements ont été effectués en sortie de mer à grande marée basse et que « tous les échantillons étaient constitués des rejets de l’arroyo sans entrée marine ». Et pour cause, justifie-t-elle : ni l’hippodrome, ni la sortie de la station d’épuration ne lui ont été ouverts…

« Peut-être que la Step n’est pas cette fois en cause, car on sait que la lagune sert effectivement de déversoir, mais notre rôle est néanmoins de chercher à comprendre et à alerter si l’on trouve des choses anormales. » Martine Cornaille estime que les mises en cause de la mairie « ne sont pas dignes » et elle demandera une rétractation à la publication des résultats définitifs. De nouveaux prélèvements ont d’ailleurs été effectués sous contrôle d’huissier. L’affaire est donc loin d’être terminée.


Évacuation des algues

 Plusieurs solutions ont été envisagées pour contenir le phénomène des algues. Il a d’abord été décidé d’attendre de voir s’il se résorbait de lui-même, ce qui arrive parfois. Le pompage et l’utilisation de filets ont été exclus, ils n’ont pas fonctionné. Il a été décidé de laisser le vent pousser les algues sur les côtés et de les évacuer par voie mécanique à l’aide de pelles. Ce qui est fait depuis vendredi dernier. Le travail est encore en cours du côté de l’hippodrome. La prolifération des algues est surveillée pour que le milieu survive.


Amélioration de l’assainissement

Cet épisode aura de nouveau mis en lumière le malaise qui demeure en matière d’assainissement, une problématique ancienne. EPLP demande une nouvelle fois à la collectivité d’améliorer son réseau, « car toutes les baies sont peu ou prou concernées par des rejets non conformes potentiellement dangereux ». Elle demande que l’on fasse « sain » avant de faire « beau ». Elle regrette que le sujet ne soit pas élevé au rang de priorité. « On ne voit rien bouger alors que l’on parle de santé publique, que nos mangroves et nos herbiers disparaissent. On ne comprend pas. »

La mairie alloue un budget annuel de 700 millions de francs pour l’assainissement. La ville compte sept stations communales (trois récentes, une d’âge moyen, celle de l’Anse-Vata, et trois anciennes) d’une capacité de 80 000 EH (équivalent- habitant) pour des besoins estimés à environ 127 000 EH. Les Step seraient à 55 % de leur capacité de traitement et il est donc nécessaire de poursuivre les travaux de création de réseaux et de raccordement des usagers pour augmenter la charge des stations. Là où les travaux ont été effectués, les Nouméens sont appelés à se raccorder. Reste que beaucoup n’ont pas les moyens de cette opération onéreuse et les fonds publics ne peuvent pas être engagés sur des parcelles privées.

C.M. ©C.M. DNC

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