Municipales : gros plan sur Nouméa

À quelques jours du premier tour des élections municipales, nous terminons notre focus des communes avec Nouméa où pas moins de sept listes se présentent dans la course à la mairie.

Avec ses 94 285 habitants, Nouméa est la capitale de la Nouvelle-Calédonie. À elle seule, elle concentre plus d’un tiers de la population, même si depuis les dernières municipales, en 2014, la commune a perdu 5 000 résidents qui ont rejoint les agglomérations du Grand Nouméa, suivant, pour la plupart, le déplacement géographique de leurs entreprises. Mais malgré cette migration, Nouméa reste le poumon économique, scientifique, éducatif et administratif du territoire qu’il faut accompagner dans son développement et son quotidien en soignant le cadre de vie, les aménagements et son environnement. Pour relever ce défi, sept listes ont décidé de se présenter cette année, autant que pour les municipales de 2014.

Sept listes pour une mairie

Il est vrai que la ville attire les prétendants depuis les années 2000, depuis que le scrutin a une chance de se jouer en deux tours. Rappelons qu’auparavant, le maire sortant avait l’habitude de retrouver son siège dès le premier tour. Ainsi, Roger Laroque avait été maire de Nouméa pendant 32 ans et Jean Lèques pendant 28 ans.

Alors sept listes, c’est beaucoup ? Oui et non. Si l’on compte la candidature de la maire sortante, les représentants des petits et plus gros partis en difficulté, qui pensent faire mieux, et les novices, qui aimeraient se faire entendre, le chiffre est honorable pour une capitale, compte tenu de la multiplicité des tendances politiques qui existent sur le territoire.

Un ou deux tours ?

En 2014, Sonia Lagarde avait été élue au second tour. Avec un taux de participation de 61 %, la représentante, à l’époque, de Calédonie ensemble avait recueilli 51 % des suffrages face à Gaël Yanno, le candidat du Rassemblement- UMP qui avait récolté 48 %. Ce dernier avait bénéficié du report des voix de Jean-Claude Briault (UMP) au second tour.

Cette année, les cartes ont été redistribuées. Sonia Lagarde se représente sans étiquette, mais avec le soutien de l’Avenir en confiance. Forte de cette nouvelle donne qui rassemble l’ensemble des composantes loyalistes, de son expérience et de l’absence de réels opposants, elle met toutes les chances de son côté pour retrouver son fauteuil de maire. Si les autres listes n’arrivent pas avec de vrais projets dans leurs escarcelles d’ici le 15 mars, ce qui pour le moment n’est pas le cas, il se pourrait même que Sonia Lagarde passe dès le premier tour. C’est du moins ce que pensent certains analystes politiques.

Sonia Lagarde au premier tour, cela signifiera en tout cas un échec cuisant pour ses opposants et notamment Calédonie ensemble qui confirmera son résultat des provinciales et la fin du parti de Philippe Gomès.

Sonia Lagarde dans la continuité

Partant du principe que la candidate se représente sans réel challenger, il ne faut pas s’étonner que la campagne pour les municipales de Nouméa soit très calme. Par ailleurs, elle n’intéresse pas vraiment la population qui avoue se préoccuper davantage d’une autre échéance : le deuxième référendum, en septembre. Comment se projeter dans sa ville du futur alors que se joue l’avenir du territoire ? C’est dans ce sens que les Nouméens qui iront voter le 15 mars prioriseront le ou la candidat(e) qui, fort(e) de son expérience et d’un bilan satisfaisant, saura les rassurer pour leur permettre de porter leur regard au-delà du 6 septembre.

Pour répondre à l’attente des Nouméens, Sonia Lagarde présente une liste où tous ses colistiers sont là pour « faire de la politique de ville ». Le but est de ne pas « faire de la politique politicienne, mais d’agir dans la continuité », précise-t-elle.

« Avec vous pour Nouméa » propose un plan d’action qui poursuit les chantiers et les projets engagés dans le programme lancé en 2014 : continuer les travaux d’assainissement et la réfection des voiries, créer des pistes cyclables dans les quartiers nord, développer des axes verts, traiter l’érosion sur l’Anse-Vata, mais aussi renforcer le digital, développer la vidéosurveillance, étendre la participation citoyenne ou encore réaliser un centre d’activités de loisir à la Côte-Blanche, créer une brigade citoyenne de la propreté qui agira toute l’année, un conseil de jeunes de 16 à 25 ans qui pourront exprimer leur vision de la ville ou encore mettre en place des activités de loisirs et culturelles consacrés aux arts vivants et de rue, etc. Un ensemble d’actions qui se voudra « en adéquation avec la réalité budgétaire », a précisé Sonia Lagarde.

Pour sauver l’honneur

Calédonie ensemble se présente après avoir perdu la mairie au cours du dernier mandat, Sonia Lagarde préférant quitter le parti de Philippe Gomès et ses grandes lignes politiques. C’est Magali Manuohalalo, figure restante de CE, qui présente la liste « Nouméa autrement, une ville pour tous les Nouméens ». La candidate a construit sa campagne sur la critique incessante du bilan de Sonia Lagarde en lui reprochant, notamment, d’avoir créé une fracture entre les quartiers sud et nord de Nouméa.

La liste a présenté huit engagements phare portant sur les problématiques connues : sécurité, transport, logement et développement durable, pour n’en rappeler que quelques-unes. On y trouve la volonté de créer quatre nouvelles antennes de police municipale ainsi qu’une permanence les vendredis et les samedis soir à la Baie-des- Citrons, ouvrir Nouville à l’urbanisation, créer une marina à la promenade Pierre-Vernier, rendre piétonnes d’autres rues du centre- ville, doubler le temps de correspondance gratuite du ticket Tanéo, mais aussi généraliser le dispositif de sanctions d’alternatives citoyennes, développer les études surveillées ou des stages de parentalité, mettre en place une « vraie politique de logement, structurée et ambitieuse ».

Concernant les quartiers nord, la liste de CE propose notamment l’aménagement du parc et la réhabilitation du centre commercial de Rivière-Salée ou encore celui du littoral de Tindu. Des projets déjà évoqués par le passé, mais qui manquent de précisions quant à leur faisabilité.

Les premiers pas

Trois listes font leurs premiers pas pour ces municipales : l’Éveil océanien et Générations NC ainsi que la liste apolitique de Chérifa Linossier. Concernant l’Éveil océanien, la tête de liste est Veylma Falaeo. La candidate conduit « Nouméa, c’est vous ! »

Dans son programme, elle souhaite mettre en avant la jeunesse, l’aménagement, l’environnement, la sécurité, mais aussi la santé et le social. Le rééquilibrage entre les quartiers nord et sud est aussi abordé. Concernant les autres projets, Veylma Falaeo veut redonner accès aux structures municipales, qu’elles soient sportives, culturelles ou naturelles en modifiant les horaires, renforcer la police municipale, favoriser les chantiers d’insertion pour les jeunes, encourager l’entrepreneuriat, mettre en place un plan éveil social et sanitaire et mettre en place des moyens pour lutter contre les pollutions.

Du côté de Générations NC, Emmanuel Bérart conduit « Nouméa, un nouvel horizon ». C’est une liste qui n’a aucune expérience dans la gestion communale. Tout comme Calédonie ensemble, elle critique le bilan de Sonia Lagarde. À Générations NC, on veut un changement radical et remplir un objectif : faire de Nouméa « une capitale du Pacifique où l’on puisse vivre ensemble avec la nature », comme Auckland et Melbourne. « Sans pour autant perdre notre cachet océanien, pluriculturel et francophone », explique Emmanuel Bérart. Pour y parvenir, la liste veut tout faire pour retrouver l’attractivité économique, protéger les biens et personnes et obtenir une vision internationale assumée.

Enfin, la liste apolitique de Chérifa Linossier, « Nos quartiers, notre ville », a pour ambition de faire entendre la voix d’une partie de la société civile, de « remettre l’humain au cœur du dispositif » en privilégiant l’action citoyenne plutôt que la politique. Son programme s’appuie sur l’écoute et les propositions des administrés pour tenter de redonner du souffle à la ville et de « l’initiative aux quartiers et à leurs habitants. » Chérifa Linossier veut ainsi prioriser la sécurité par la prévention en mettant en place des maisons d’initiative citoyenne et d’écoute, en travaillant aussi sur la mobilité et les transports ou en mettant Nouméa au cœur de la problématique environnementale. De grands thèmes que les administrés devront travailler !

Se faire une place

Les deux dernières listes en course pour la mairie sont « Unité pays » et « Nâ Bwau ». La première, conduite par Joseph Boanemoa, émane du comité nationaliste et citoyen mis en place par le FLNKS. La seconde est une liste sans étiquette, mais dont le chef de file, Bilo Railati, est un ex-militant de l’Union calédonienne.

Si la liste du FLNKS a comme priorité d’œuvrer notamment pour plus de justice sociale et souhaite que ces municipales soient un tremplin pour le référendum du 6 septembre, la liste de Bilo Railati veut placer l’humain au cœur des politiques publiques.

L’objectif principal, direct ou indirect, de ces deux listes est au moins d’entrer au conseil municipal pour faire peser le poids des indépendantistes dans les décisions municipales. Pour cela, Joseph Boanemoa propose de mettre en avant des maisons communes pour rapprocher les quartiers et traiter tous les axes de travail. Il veut la gratuité dans les transports, donner du sport aux jeunes pour endiguer la délinquance, Du côté de Bilo Railiti, les squats sont une priorité forte de son action : ils doivent être mieux considérés et associé aux programmes municipaux. Rappelons que des élus indépendantistes n’ont plus siégé à la mairie de Nouméa depuis deux mandats.

Laquelle de ces sept listes arrivera à convaincre les Nouméens ? Rendez-vous dimanche pour connaître le choix des électeurs.

D.P.

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