Vers une privatisation de l’OPT ?

L’Office des postes et télécommunications de Nouvelle- Calédonie est un établissement public qui détient les monopoles pour ces activités. La définition d’un nouveau plan stratégique pourrait être l’occasion de le privatiser comme cela a pu être fait en Métropole. C’est ce que redoute la Fédération des fonctionnaires qui s’alarme de voir se dégrader le service public.

Le service public est tiraillé entre un besoin de service de public de la population et la volonté politique de réduire les dépenses publiques. Mais le fait est que cette injonction contradictoire est difficilement compatible. La situation de la Poste, en Métropole, l’illustre parfaitement. Cette « grande sœur » de l’OPT connaît depuis quelques années une marche forcée vers la privatisation qui a conduit à des réductions drastiques de la masse salariale ainsi qu’à de profonds changements du service public proposé aux usagers, en raison notamment de la fermeture des petits bureaux de poste.

C’est cette situation que redoutent les représentants de la Fédération des fonctionnaires qui ont tiré la sonnette d’alarme, le vendredi 26 avril, à l’occasion d’une conférence de presse. Le syndicat dénonçait en particulier la disparition du service de mandat à compter de 2020 ainsi que la fin de la taxation simplifiée pour les colis d’une valeur supérieure à 100 000 francs. Si les colis de plus de 100 000 francs représentent un très faible volume, ce n’est pas le cas des mandats qui sont notamment très utilisés vers Wallis-et-Futuna. Chaque année, la communauté y envoie près de 3 000 mandats. Une véritable mission de service public qui permet aux populations les plus isolées de bénéficier du service public, grâce aux bureaux de poste ouverts sur l’ensemble du territoire. Réuni le 30 avril, le conseil d’administration a finalement renoncé à la suppression des mandats postaux.

Au fond, et au-delà de ces deux services, c’est bien la privatisation et la dégradation du service public que craignent les représentants de la Fédération des fonctionnaires. Si rien n’est encore acté, les signes se multiplient. C’est ce que fait valoir Lionel Woreth, le secrétaire général adjoint du SFAO-OPT-Fédération des fonctionnaires, en pointant de nombreuses erreurs stratégiques de la direction et du conseil d’administration qui regroupe notamment des élus des provinces. C’est le cas du futur câble sous-marin qui connaît un retard de près de deux ans ou encore du programme Convergence, du nom du nouveau logiciel lié à la fibre optique censé permettre de développer de nouveaux produits, qui est un fiasco. Plus généralement, « tous les projets portés par l’OPT connaissent des dérapages budgétaires de l’ordre de 20 à 30 % », regrette Lionel Woreth.

Un Office à tout faire

Le secrétaire général adjoint pointe aussi une étude sectorielle réalisée sur l’évolution des télécommunications. Le document présente trois scenarii : un qui prévoit peu de changements et deux autres qui envisagent l’ouverture à la concurrence de la téléphonie. Deux options qui impliqueraient bien des changements pour l’OPT qui ne pourrait plus collecter la taxe provinciale sur les communications téléphoniques (TPCT) qui représente tout de même plus de 1,5 milliard de francs pour la province Sud et plusieurs centaines de millions pour les provinces Îles et Nord. Pour les syndicalistes, cela va dans le sens d’une privatisation afin de démembrer les activités rentables de l’OPT pour les confier au privé. Dans le même temps, l’OPT cherche à se débarrasser des activités non rentables.

Une situation paradoxale pour Lionel Woreth qui liste tous les services rendus par l’Office en dehors de ses missions propres et notamment le renoncement des dettes de Radio Rythme Bleu et Radio Djiido, la gestion du réseau VHF marine. On peut également citer le financement d’infrastructures coûteuses sans recours aux subventions publiques et même des versements au profit de la Nouvelle- Calédonie pour l’aider à boucler son budget. Autant de dossiers confiés à l’OPT par les politiques en dehors de ses missions et qui permet d’éviter de réfléchir, au financement des radios, par exemple. Privé de ses ressources, l’établissement deviendrait dépendant des budgets des collectivités…

Pressurisation des agents

Si la privatisation n’est pas pour demain, le syndicat estime que l’on en prend le chemin. Il voit la dégradation des conditions de travail comme un préalable. En dégradant le service public, la direction de l’OPT rendrait plus acceptable l’ouverture à la concurrence et donc la privatisation. Une stratégie dont se défend la direction de l’OPT qui met en avant une rationalisation des dépenses et renvoie toutes les décisions stratégiques aux politiques et à la prochaine mandature qui devra se pencher sur le futur plan stratégique de l’Office. Reste que « trois audits sociaux ont été réalisés et montrent de grosses difficultés au sein de l’OPT, souligne Lionel Woreth. On demande toujours plus avec moins. Les collègues voient se dégrader leurs conditions de travail et la dégradation de l’OPT » et, par extension, celle du service public.

En novembre 2018, « Les incontournables » ont été adoptés par le Conseil d’administration. Cette liste d’initiatives structurantes fait aujourd’hui office de plan stratégique puisque ce dernier n’a toujours pas été adopté. Et certaines d’entre elles suggèrent aux syndicalistes un plan de restriction budgétaire qui passe par une maîtrise de la masse salariale des catégories B et C alors que « les postes de cadres ont explosé, au point d’en avoir aujourd’hui une armée mexicaine. Le directeur a même une directrice de cabinet, s’étonnent les syndicalistes. Et à côté de ça, aujourd’hui, la moitié des effectifs du 1 000 est en arrêt maladie ».

Pour la Fédération des fonctionnaires, en termes de service public, cela pourrait se traduire très concrètement par la multiplication des îlots de boîtes aux lettres au détriment des bureaux de poste, mais aussi la réduction des tournées des postes mobiles ou des plages horaires des ouvertures de certains bureaux, voire leur fermeture définitive pour être remplacés par des points relais.

Si la privatisation et l’ouverture à la concurrence n’ont pas été actées, les mauvais chiffres des services financiers et la baisse des excédents de l’OPT nourrissent tout de même les inquiétudes des agents, d’autant qu’il y a de moins en moins de recrutements de CDD pour assurer les charges de travail supplémentaires et que la consigne est de conserver le niveau de la masse salariale de 2018 avec une croissance de 1 %. Selon le secrétaire général adjoint, le 1 % ne suffira pas à couvrir l’augmentation légale des salaires. Il devrait donc y avoir des non-remplacements et « l’OPT ira plus loin s’il faut aller plus loin ». Ce sera aux futurs élus d’en décider.

La Banque postale abandonnée

Le projet de Banque postale a été abandonné par le conseil d’administration de l’OPT. Il visait à créer une banque destinée à stimuler la concurrence dans le secteur bancaire. Les services financiers permettent de faire circuler l’argent, mais pas de créer de la monnaie, contrairement aux banques. Cette capacité d’octroyer des crédits fait toute la différence, d’autant qu’à l’instar de la Banque postale en Métropole, l’établissement bancaire aurait eu une mission de service public impliquant notamment l’obligation de proposer des services au plus grand nombre et d’assurer l’accessibilité bancaire. L’accès au crédit fait régulièrement débat, les entreprises se plaignant de la difficulté d’accès à des financements. L’un des objectifs de cette banque était également de collecter l’épargne des Calédoniens afin de la maintenir sur le territoire pour financer des projets de développement locaux.

Ce projet avait été annoncé dans le premier discours de politique générale de Philippe Germain, en 2015. L’OPT avait d’ailleurs créé une filiale à cet effet. Le projet était même l’une des attributions spécifiques de Jean- Louis d’Anglebermes, le vice-président du gouvernement. Il aura toutefois lui-même voté pour l’enterrement de ce dossier lors d’un conseil d’administration en mars dernier, tout comme les autres membres du conseil. À noter que Jean-Louis d’Anglebermes a tout de même fait ajouter à la décision la possibilité de rouvrir le dossier. Pour la direction de l’OPT, cet abandon s’explique par l’évolution du secteur bancaire et notamment la baisse des coûts du crédit et des tarifs bancaires. Un contexte qui ne garantirait pas une rentabilité suffisante pour que l’OPT se lance dans l’aventure.

M.D.

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