Vers un low-cost calédonien ?

La province des Îles a annoncé travailler à l’acquisition d’un avion pour développer des liaisons aériennes à bas coût. Un projet qui vise à apporter des réponses au développement touristique des îles et à assurer leur désenclavement.

Le transport est peut-être la première problématique qui touche les îles Loyauté. Le discours de politique générale du nouveau président de la province, Jacques Lalié, y faisait logiquement référence. Il y évoquait sa volonté d’ouvrir de nouvelles lignes aériennes et de faire de Wanaham, l’aérodrome de Lifou, un aéroport international. L’idée n’est pas nouvelle, mais pourrait bien prendre un tour nouveau avec l’annonce, le 8 août, qu’Air Loyauté travaillait déjà depuis plusieurs mois avec Airbus à développer des lignes low-cost régionales.

Selon le communiqué, l’avion idéal a déjà été identifié. Il s’agirait d’un Airbus A220 ayant vocation à relier l’aéroport de La Tontouta à l’Australie, l’Indonésie, la Nouvelle-Zélande, la Polynésie française, Wallis-et-Futuna, ainsi que d’autres pays du Pacifique. Le 28 juillet, un premier vol avait permis de relier Port- Vila à Wanaham, à l’occasion de la fête de l’indépendance du Vanuatu. Une manière de montrer qu’au-delà de la volonté, la liaison entre les deux îles peut devenir une réalité.

Pour le président de la province des Îles, l’objectif est double. Ce projet répond au besoin de développement touristique de la Nouvelle-Calédonie, dont le principal frein reste les tarifs particulièrement élevés du transport. Mais, plus particulièrement pour les îles, l’idée est de pouvoir faire en sorte que les voyageurs puissent se rendre directement sur leur lieu de vacances sans perdre du temps et donc de l’argent dans la capitale.

Une compagnie adaptée pour le low-cost

C’est Air Loyauté qui serait chargé, en plus de sa mission de transporteur local entre les îles et vers les endroits les plus isolés comme Tiga ou Belep, de développer ses nouvelles lignes. Selon la province, la taille de la structure permettrait précisément de s’engager sur cette voie stratégique, ce que ne sont plus vraiment en mesure de faire les deux autres compagnies du territoire, Air Calédonie international, qui compte plus de 500 salariés, et Air Calédonie, qui en emploie presque 400. La compagnie au papillon dispose quant à elle d’un effectif d’environ 70 salariés. Et si ces annonces peuvent paraître encore très lointaines ou peu sérieuses, il faut se souvenir qu’au mois d’avril, Air Loyauté a réalisé une semaine de tests de ces vols au départ de Tontouta.

La nouvelle est par ailleurs intervenue dans un contexte particulier. Quelques jours plus tôt, un article du Fiji Times faisant suite à un déplacement d’une délégation économique et diplomatique calédonienne à Fidji à la fin du mois de juillet, indiquait que la compagnie nationale Fiji Airways envisageait de développer des liaisons vers la Nouvelle- Calédonie et Wallis-et-Futuna. Le directeur de la compagnie expliquait notamment que Wallis-et-Futuna avait déjà pris attache avec la compagnie et qu’un accord de code share (cet accord consiste à ce que deux compagnies se partagent des dessertes permettant de proposer des liaisons supplémentaires avec un même prix) était discuté avec Aircalin. En la matière, Aircalin devrait très prochainement annoncer la signature d’un code share avec Japan Airline. C’est sans compter sur la stratégie de développement ambitieuse d’Air Vanuatu.

Définir un plan stratégique global

Dans le même temps, Air calédonie a connu une nouvelle fois de grosses perturbations en raison de problèmes techniques et météorologiques. Pour sa part, Aircalin devait faire face à une grève du personnel visant à améliorer ses conditions de travail. Autant d’éléments qui montrent que le secteur du transport aérien devrait connaître de grands changements dans les années à venir.

L’enjeu est de taille pour la Nouvelle-Calédonie, tant pour les Calédoniens eux-mêmes, qui ont besoin de sortir du Pays, que d’un point de vue économique, que ce soit en matière de tourisme mais aussi de développement des exportations pour lesquelles le coût du fret est une question importante. Sur ces questions, tout renvoie vers le politique et sa responsabilité à bâtir une stratégie globale en matière de transport. Le rapport sur la gestion d’Aircalin publié en 2017 par la Chambre territoriale des comptes pointait cette carence, tout comme l’avis du Conseil économique, social et environnemental de 2018 sur la stratégie de développement touristique des services et des loisirs.

Cette question de stratégie et de gouvernance leur revient d’autant plus que les trois compagnies calédoniennes appartiennent toutes aux collectivités, soit au travers d’établissements publics, soit de sociétés d’économies mixtes. Elles disposent donc de tous les leviers pour structurer une offre adaptée aux besoins du territoire en mutualisant l’ensemble des moyens disponibles. Philippe Germain, dans sa réponse au rapport de la Chambre territoriale des comptes, affirmait d’ailleurs, en février 2017, qu’il « serait proposé au Congrès d’adopter une délibération portant sur la stratégie de la desserte aérienne ». À ce jour, le Congrès ne s’est toujours pas prononcé sur la question.

M.D.

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