Un projet définitif d’ici la fin de l’année

Après des mois de silence, la société Nouvelle-Calédonie énergie est sortie de son silence. Chris Fouqueray, le responsable du « Lot centrale », a présenté l’avancement du projet et précisé le calendrier pour les semaines et mois à venir. Le choix définitif devrait être fait par le comité directeur de NCE d’ici la fin de l’année.

 L’enjeu est de taille. La future centrale C qui viendra remplacer la centrale au fuel de Doniambo est un élément indispensableà la survie de la SLN et de la future politique énergétique de la Nouvelle-Calédonie. Cette centrale thermique a notamment pour rôle de réduire le coût de production du métallurgiste historique en abaissant le prix du kilowattheure qui lui est facturé. L’objectif est d’aboutir à un gain de 30 % du prix actuel. Un projet aujourd’hui essentiellement porté par des fonds publics au travers de l’Agence calédonienne de l’énergie, qui collecte une taxe sur les carburants, et Enercal.

Al’origine, il devait être financé par la société qui a toutefois préféré redistribuer près d’une centaine de milliards de francs en dividendes à ses actionnaires au début des années 2010. Une décision qui a mis le couteau sous la gorge des collectivités, les poussant à assumer cet investissement indispensable à la préservation des emplois de cette société qui fait partie des plus importants pourvoyeurs d’emplois privés du territoire.

Le dossier est sur la table depuis une dizaine d’années et entre dans sa phase finale. Chris Fouqueray, le responsable du « Lot centrale » pour Nouvelle-Calédonie énergie (NCE), a tenu une conférence de presse le 21 mai afin de présenter l’avancement du projet. On pourra noter l’absence du directeur du projet, Simon Tremblay, ou encore d’un des administrateurs. NCE est une société créée pour « étudier, organiser le financement, faire construire et exploiter la future centrale pays de Doniambo, afin de répondre aux besoins en électricité du réseau public calédonien et de la société Le Nickel, au prix le plus compétitif possible et avec un impact environnemental bien plus faible (NCE précise que l’impact de l’extraction du combustible sera examiné) que l’existant », comme le précise la structure.

De nombreuses technologies et plusieurs combustibles possibles

Si le dossier avance, comme l’a souligné Chris Fouqueray, il a accumulé un certain retard, notamment en raison de la volonté de son ancien président, Philippe Gomès, de s’accrocher à son poste malgré l’incompatibilité légale avec sa fonction de député. Pour tenter de garder ce poste clef présidant des décisions pesant des dizaines, voire des centaines de milliards de francs, ledéputé avait tenté plusieurs manœuvres et notamment fairetransiter des subventions de l’État par l’Agence calédonienne de l’énergie au lieu de NCE, afin de leur retirer leur caractère de financement public. Autant de manipulations comptables qui ont échoué, le Conseil constitutionnel rappelant au député l’impossibilité pour lui d’être à la tête d’une société à caractère public. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le député est aujourd’hui mis en examen. Ces tentatives pour se maintenir ont eu pour conséquence de retarder le projet de près d’un an et demi. Et c’est peut-être pour conserver une place au sein de ce conseil d’administration que le député s’est battu pour obtenir la présidence du gouvernement.

Selon Chris Fouqueray, la mise en cause judiciaire de l’ex-président de NCE ne devrait cependant pas nuire à l’avancée du projet. On peut toutefois s’interroger sur les conséquences que pourraitavoir l’annulation de décisions auxquelles aurait pris part Philippe Gomès au titre de président de la société. De la même façon, le changement de comité de direction, aujourd’hui composé de Roger Kerjouan (président), Philippe Gomès, Didier Poidyaliwane, Victor Tutugoro, Nina Julié et Nicolas Metzdorf*, suite aux remaniements institutionnels en cours, devrait avoir une incidence sur la gouvernance du projet.

Concrètement, NCE est en pleine phase « Esquisse », c’est-à-dire qu’elle mouline les différents scénarii en fonction de critère posés par les responsables politiques : la sécurisation de l’approvisionnement électrique de la SLN, la baisse du prix du kilowatt heure, la réduction de l’empreinte environnementale ainsi que l’intégration des entreprises locales dans le projet. Combinés aux différents combustibles et technologies, plusieurs milliers d’options sont possibles. L’objectif du processus Esquisse est de dégager les trois meilleurs scénarii pour la centrale et les trois meilleurs pour les infrastructures permettant de stocker le combustible, le choix du combustible n’étant pas encore arrêté (il pourrait s’agir du gaz, du gaz +fuel basse teneur en soufre, d’énergies renouvelables ou un mix des trois).

Le dimensionnement de la centrale est quant à lui déterminé. Sur les 220 MW, 160 seront consacrés à la SLN, 20 MW à l’augmentation de la consommation publique, 20 MW au remplacement des turbines de Ducos et 20 MW à l’arrêt de la centrale de Népoui (centrale qui est aujourd’hui plus proche de 50 MW). Le responsable du « Lot centrale » assure que tous les paramètres ont été intégré à la réflexion et notamment les perspectives d’évolution des consommations. Le schéma retenu dissocie toutefois la partie hybride envisagée. Si l’hybridité devait être retenue, la centrale thermique et la centrale photovoltaïque serait chacune raccordée au réseau de manière autonome. Reste que, selon le responsable du « Lot centrale », une centrale hybride pourrait coûter près de deux fois plus cher que centrale thermique classique, coût auquel il faudrait ajouter le surcoût des batteries de stockage.

Un choix définitif en petit « comité » d’ici la fin de l’année

Ces éléments sont notamment précisés par un rapport de la Commission de régulation de l’énergie métropolitaine, présenté de manière synthétique aux élus du conseil d’administrationde l’Agence calédonienne de l’énergie et d’Enercal, sans que ces derniers ne puissent toutefois avoir accès au document dans son intégralité. De la même manière, on peut s’étonnerque le choix définitif du projet, d’ici la fin de l’année, sera effectué par le seul comité de direction de NCE. Les autres institutions, et en particulier le Congrès, n’auront vraisemblablement pas à statuer alors que le budget du projet pourrait avoisiner les 70 milliards de francs, sans compter les approvisionnements en combustible qui représenteraient une soixantaine de milliards de francs par an. Après la présentation des trois projets les plus adaptés à la fin du mois de juillet, l’équipe de NCE aura jusqu’à la fin de l’année pour analyser et comparer ces solutions et proposer la solution à privilégier. Le comité de direction pourra alors trancher et lancer la phase de d’études, de recherche de financement, d’obtention des permis et de construction.

D’ici la fin de l’année, des discussions devront s’engager avec la SLN et Eramet pour aboutir à la conclusion d’un « memorandum of undestanding ». Ce document devra préciser les garanties d’Eramet à racheter l’énergie produite par la future centrale. La maison-mère de la SLN devra ainsi préciser sa stratégie pour l’avenir de la SLN, en particulier le maintien ou non de l’ensemble des fours. Outre les conséquences sociales, la fermeture d’un four occasionnerait une baisse importante de la consommation électrique de l’industriel. De fait, comme l’a souligné Chris Fouqueray, la centrale deviendra la colonne vertébrale du système électrique calédonien. Ace titre, le dossier mérite d’être traité de la manière la plus transparente possible. Ce sont les choix d’aujourd’hui qui conditionneront l’évolution du système électrique calédonien pour les trente prochaines années et le prix que les particuliers auront à payer. De mauvais choix seraient déterminants sur le prix de l’électricité et pourraient coûter cher aux Calédoniens.

* Nicolas Metzdorf a été nommé administrateur de NCE pour l’Agence calédonienne de l’énergie, mais sa nomination n’a pas été validée.

M.D.

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