Prévention des addictions chez les jeunes : Le modèle islandais reproduit à Dumbéa, Mont-Dore et Koné

3 000 collégiens et lycéens des trois communes doivent répondre à un questionnaire sur leur bien- être, leur environnement social et leurs habitudes en matière de consommation d’alcool, de cigarettes, de stupéfiants. Il s’agit de la première étape du programme de prévention développé en Islande et dans de nombreux autres pays par le professeur américain Harvey Milkman.

Invité à deux reprises sur le territoire par la Fédération des industries (Finc), Harvey Milkman, l’artisan du modèle islandais (Youth in Europe), a réussi à convaincre en Nouvelle-Calédonie. Ses passages ont été largement médiatisés, ses idées ont intéressé au-delà de toutes considérations politiques, ce qui n’est pas forcément habituel. Au cours de ses visites, le spécialiste a pu largement exposer sa méthode pour combattre le mal-être des jeunes qui se traduit généralement par des addictions ou la délinquance. Une méthode éprouvée en Islande d’abord, puis développée dans 28 pays du monde.

Plusieurs communes calédoniennes ont immédiatement fait part de leur intérêt et le projet se concrétise aujourd’hui pour trois d’entre elles, grâce au financement de la Finc : le Mont-Dore, Dumbéa et Koné. La méthode est généralement appliquée à l’échelon communal : les problèmes ne sont pas les mêmes partout et les axes de travail pourront varier.

Des conventions entre le professeur Milkman, la Finc, les mairies et le vice-rectorat marquent le point de départ d’une enquête qui concernera 3 000 jeunes.

Analyser

Le processus imaginé par le professeur Milkman prévoit tout d’abord l’administration d’un questionnaire en milieu scolaire pour les jeunes de 3e, seconde et première. Cinq établissements, collèges et lycées, sont concernés dans chaque commune. Le document, anonyme, s’intéresse à leur environnement socio-économique, leurs activités, leur bien-être, leurs consommations. On se penche sur des considérations de genre, sociales, les écoles publiques et privées.

Dans la zone VKP, les élèves concernés ont déjà effectué ce travail la semaine dernière, ceux de Dumbéa le feront jeudi et vendredi et au Mont- Dore, ce sera la semaine prochaine.

Une fois remplis, les questionnaires seront expédiés et traités par l’équipe du professeur Milkman. Les conclusions sont attendues dans « trois ou quatre mois ». Selon lui, il est indispensable de faire les choses rapidement, parce que les situations « peuvent vite évoluer ».

Comprendre

Les données seront ensuite partagées avec toutes les parties prenantes, les enfants, leurs parents, les établissements, les mairies, les entreprises, etc. À charge ensuite aux décideurs de les prendre en compte pour ajuster leurs actions, leurs politiques publiques. L’évolution de la situation sera monitorée : de nouvelles enquêtes seront effectuées dans les mêmes conditions après un an, trois et cinq ans.

Cette méthode a fonctionné partout et la Nouvelle-Calédonie ne devrait pas faire exception. En Islande, par exemple, les résultats ont été remarquables. On a pu identifier l’ampleur des difficultés rencontrées par certains jeunes et où ils se situaient.

À l’inverse, on a constaté concrètement que ceux qui se portaient le mieux étaient ceux qui pratiquaient des activités après l’école, étaient supervisés le soir et la nuit, passaient du temps en famille, se sentaient en sécurité à l’école et avaient des amitiés positives. Les autorités ont agi et l’amélioration de la situation est due en particulier au développement des activités périscolaires, à la lutte contre l’oisiveté.

En vingt ans, la proportion des jeunes qui se saoulaient une fois par mois est passée de 42 % à 7 % ; celle des fumeurs de cigarettes de 23 % à 5 % et de cannabis de 17 % à 3 % seulement.

En Islande, 90 % des jeunes de 6 à 16 ans prennent part à des activités sportives, culturelles ou artistiques après les cours. « Et il ne s’agit pas d’en faire des champions, mais qu’ils soient bien dans leur peau », commente le professeur Milkman. La ville de Reykjavik dépense 450 euros par enfant annuellement, une aide qui n’est pas versée aux familles, mais aux structures qui les encadrent.

Ajuster

Avec 9 500 élèves scolarisés sur une population de 38 000 à 39 000 habitants, le maire de la commune de Dumbéa, Georges Naturel, a fait de la jeunesse sa priorité. Il ne cache pas non plus son intransigeance sur la consommation d’alcool et la vente aux mineurs : il est le seul à avoir mis en œuvre la loi territoriale permettant d’interdire la consommation dans certains lieux publics et selon ses dires, il ne lésine pas non plus sur le retrait des licences.

Même si la mairie « met les moyens » pour occuper sa jeunesse, une partie reste en marge et pollue la vie de la cité. Le maire a donc saisi cette opportunité pour « comprendre sociologiquement » ce qu’il se passe et ce qui peut être amélioré. Cette étude, qui concerne 1 500 jeunes Dumbéens, servira aussi à redéfinir le CLSPD, contrat local de sécurité.

Pour ces études et cet accompagnement, le financement de la Finc, qui avait la première identifié ce modèle, peut surprendre. Flavie Texier, secrétaire générale de la fédération, répond qu’il s’agit d’une « responsabilité sociale » notamment du secteur de l’industrie des boissons. « L’alcool est un fléau pour tout le monde et les entreprises et les industries ont aussi besoin d’avoir des jeunes en pleine forme. » Plusieurs millions de francs ont été investis. À charge ensuite aux collectivités de financer les actions en faveur de la jeunesse pour prévenir ces trop nombreuses dérives. Si la Finc n’avait d’enveloppe que pour trois communes, d’autres peuvent très bien s’inscrire dans cette démarche à condition d’y mettre les moyens.


53 millions pour le dispositif « Sport pour tous »

Le gouvernement a attribué cette semaine une subvention de 53 millions de francs destinés aux deux comités provinciaux olympiques et sportifs intégrés au dispositif « Sport pour tous » :
30,1 millions pour celui du Nord et 22,9 millions pour le Sud. Cette subvention va permettre de financer les postes de 17 éducateurs sportifs supplémentaires et de deux coordinatrices. Le dispositif doit compter 21 éducateurs en 2019 dans les trois provinces. Ils ont pour mission d’encadrer et d’animer dans les communes des activités physiques et sportives hors temps scolaire. Ce programme, qui s’inscrit dans le cadre du plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance, représente un investissement total de 265 millions de francs jusqu’en 2022. De quoi rentrer totalement dans les prérogatives du professeur Harvey Milkman.

C.M.

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