Premier conseil d’administration de l’Agence rurale

L’Agence rurale est sur les rails. Cet établissement public, le troisième plus important du territoire, regroupe deux autres établissements publics bien connus, l’Apican et l’Erpa. Ce premier conseil d’administration, tenu le mercredi 21 novembre, a permis d’installer l’autorité et de désigner son président et sa directrice. Le travail commencera à proprement parler fin décembre avec la reprise des dispositifs de soutien à l’agriculture.

Après une lente agonie de l’agriculture calédonienne, les pouvoirs publics ont commencé à réagir. Comme l’a relevé Guy Monvoisin, le président du syndicat des éleveurs également au conseil d’administration de l’Agence rurale, « pendant 30 ans, la Nouvelle- Calédonie a mis tous ses œufs dans le même panier en se concentrant sur l’industrie et la mine. Tant que ça marchait, tout allait bien et personne ne s’intéressait à l’agriculture ». Toutes les bonnes choses ayant une fin, la gueule de bois a été dure quand l’Australie et la Nouvelle- Zélande ont tourné leur agriculture vers la Chine, rendant compliqué l’approvisionnement chez nos voisins anglo-saxons. Il a fallu prendre conscience du besoin de remettre sur pied une agriculture exsangue ou presque. Les agriculteurs sont aujourd’hui plutôt âgés pour leur grande majorité et nombreux à être dans des situations précaires, sans compter sur le fait qu’il n’existe aucun système de retraite.

Une harmonisation pour davantage de cohérence

Autant d’éléments qui ont poussé les collectivités à redynamiser ce secteur de l’économie particulièrement stratégique. Si les provinces gardent la main sur le développement économique et les aides qu’elles gèrent elles-mêmes, celles qui avaient étéconfiées en gestion à des établissements publics vont être harmonisées. C’est l’un des intérêts de la création de l’Agence rurale, outil central dans la volonté de dynamisation de l’agriculture calédonienne. Elle est le fruit de la fusion de l’Agence pour la prévention et l’indemnisation des calamités agricoles ou naturelles et de l’Établissement de régulation des prix agricoles, plus connus sous leurs acronymes, Apican et Erpa. Elle deviendra de fait le troisième plus important établissement public en termes de budget aprèsl’Agencesanitaire et sociale et la Caisselocale de retraite. Elle disposera d’un budget de l’ordre de 3,5 milliards de francs provenant de la taxe de soutien à la production agricole à hauteur de 1,2 milliard de francs, la taxe sur les conventions d’assurances pour un montant de l’ordre de 1,4 milliard de francs et d’une subvention de la Nouvelle-Calédonie d’environ 700 millions de francs.

Cette fusion permettra de réaliser près de 200 millions de francs d’économies ,selon Nicolas Metzdorf, le membre du gouvernement en charge de l’agriculture. Outre les compétences héritées des deux anciens établissements, l’AR a pour mission d’harmoniser les dispositifs de soutien à l’agriculture qu’elle aura en délégation des provinces et d’apporter davantage de cohérence aux interventions publiques dans le domaine de l’agriculture. Un plus pour les provinces qui bénéficieront des dispositifs qui étaient proposés dans les autres provinces sans participation financière supplémentaire. L’idée de cette harmonisation est d’assurer un développement cohérent et harmonieux sur l’ensemble du territoire en évitant de créer ou d’ajouter des déséquilibres entre les provinces.

En dehors des compétences traditionnelles telles que l’indemnisation en cas de calamités agricoles, du financement de la lutte contre les feux et les espèces envahissantes, l’agence sera en charge de la préservation de la ressource en eau. Un volet qui est plutôt mal engagé puisque le jour même du premier conseil d’administration, le WWF alertait les médias sur la pression pesant sur la ressource en eau liée aux feux. L’ONG s’alarme du fait qu’en deux mois d’une saison des feux de forêt relativement calme, quarante périmètres de protection des eaux ont potentiellement été dégradéspar des incendies. Les moyens relativement importants mis en œuvre par la collectivité chaque année (200 millions de francs) semblent ne pas suffire ou ne sont tout simplement pas adaptés si l’on considère les surfaces dévastées chaque année par la flamme qui sont préjudiciable à l’environnement, mais aussi à l’économie en impactant la ressource en eau. Cette compétence pourrait bien s’avérer un peu large pour les épaules de cette toute jeune agence qui a énormément d’autres dossiers à gérer en lien direct avec l’agriculture.

Un niveau d’aide assumé

C’est notamment le cas de la transition agro-écologique souhaité par Nicolas Metzdorf. La future agriculture calédonienne « devra être plus respectueuse de l’environnement et plus innovante ». Outre la réduction de l’utilisation des pesticides et l’impulsion d’un plan de développement du bio dont les exploitants en conversion bénéficieront d’une enveloppe de 100 millions de francs pour les aider en matière de trésorerie afin de compenser les baisses de rendement, l’Agence rurale aura vocation à financer l’innovation.

Elle aura également la charge de s’occuper de la régulation des prix notamment au travers du soutien qu’elle accorde aux producteurs. En matière d’aide à l’agriculture, le gouvernement explique assumer parfaitement le niveau d’aide accordé à ce secteur qui permet, par exemple, de fixer les populations un peu partout sur le territoire et d’en faire vivre sa ruralité. Selon Nicolas Metzdorf, ces aides du territoire et des provinces s’élèvent à quelque 6 milliards de francs pour uneproduction agricole valorisée à 12 milliards de francs. Àces aides, il faut toutefois en ajouter quelques-unes et en particulier, celles de l’État. Mais comme le souligne le membre du gouvernement, si la Nouvelle-Calédonie subventionne son agriculture, elle est loin d’être seule.

Mais une fois ce constat posé, cela ne règle pas le problème du très haut niveau des prix des fruits et légumes qui n’est pas sans conséquencesur la santé des Calédoniens, encore trop nombreux à ne pas pouvoir accéder à ces produits essentiels. Si des baisses de prix significatives ne sont pas attendues à court terme, d’autant que la saison chaude commence, le gouvernement a pris des mesures allant dans lesens d’un meilleur contrôle des prix. C’est le cas de l’adoption des prix plafonds et planchers qui est cependant une mesure transitoire et de l’indice Ipampa. Cet indice des prix d’achat des moyens de production agricole permet de mesurer l’évolution des coûts de production des produits agricoles. Une mesure que de nombreux agriculteurs ne parvenaient pas à faire ou ne voulaient tout simplement pas faire. Et c’est une bonne nouvelle, l’agence consacrera une partie de ses moyens à développer des statistiques et faire de laprospective permettant d’adapter la politique publique aux besoins.

M.D.

 

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