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Perturbateurs endocriniens : tous concernés

Une enquête relative à l’impact des perturbateurs endocriniens va être effectuée auprès de 400 personnes à Grande-Synthe, près de Dunkerque, en Métropole, par un laboratoire indépendant. Pendant ce temps-là, les avancées sont encore jugées trop lentes du côté de l’Europe ou de la France. Tandis que la Nouvelle-Calédonie subit…

Il s’agirait, selon la mairie de Grande- Synthe, de la plus importante enquête réalisée à ce jour en France sur ce sujet qui constitue, on le sait, l’une des préoccupations sanitaires majeures de nos générations. Ce laboratoire du Luxembourg entend analyser les mèches de cheveux de 400 habitants volontaires, des échantillons de 3 centimètres. La mairie est actuellement dans une phase de sensibilisation et d’information du public sur les enjeux et les conséquences des perturbateurs endocriniens (PE), notamment au travers de brochures. Les études doivent être lancées à la rentrée, en septembre, et les résultats seront connus dans un peu plus de six mois.

Le maire, Damien Carême, a rappelé sur RMC qu’il s’était engagé durant sa campagne électorale à faire de Grande-Synthe une ville sans perturbateurs endocriniens pour protéger la santé de ses administrés. « Ils sont partout, on les consomme tous les jours […] et ils seraient responsables de 60 % des maladies chroniques ! », a-t-il martelé.

Des précédents sur les enfants

Des recherches de ce type ont déjà été réalisées. Cette année, 60 Millions de consommateurs a, par exemple, présenté une étude relative aux enfants. Des échantillons de cheveux de 43 filles et garçons âgés de 10 à 15 ans ont été analysés avec des résultats « édifiants ». En moyenne, dans les cheveux d’un enfant, 34 molécules, répertoriées comme des perturbateurs endocriniens, ont été décelées. Et chez un des participants, 54 contaminants ont même été découverts.

Au total, le magazine a recensé six familles de perturbateurs endocriniens dans les cheveux des enfants étudiés : bisphénols, hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), pesticides agricoles, métaux lourds (comme le plomb et le mercure), phtalates… Les pesticides agricoles, métaux lourds et phtalates ont été décelés chez tous les enfants. En 2015, l’Obs avait également diffusé une recherche concernant les enfants âgés de 0 à 12 ans. Tous les enfants, sans exception, étaient « pollués ». Peu de doutes que l’étude de Grande-Synthe n’aille pas dans le même sens.

Et nous ?

Les Calédoniens sont évidemment exposés au PE au même titre que les Métropolitains, les Australiens ou les Néo-Zélandais puisqu’ils consomment les mêmes produits et ne bénéficient pas d’une réglementation protectrice dédiée aux PE. Mais comme partout, les associations et lanceurs d’alerte s’intéressent au sujet.

Ainsi Ensemble pour la Planète avait acté le principe de faire réaliser des analyses de cheveux, comme cela a été fait en Métropole sur des personnalités, notamment environnementalistes. Mais cette démarche n’avait pu aboutir « faute de moyens ». L’association avait également demandé au gouvernement, voilà dix ans, une étude épidémiologique visant à évaluer le niveau d’imprégnation en PE des organismes des Calédoniennes. « Nous avions proposé d’interroger les filles, les mères et les grands mères et de comparer l’âge de leur puberté. Cela n’a pas été suivi d’effets. Sans doute que le gouvernement a estimé qu’il allait ainsi ouvrir une boîte de Pandore ! », nous dit la présidente de l’association, Martine Cornaille.

Dans leurs actions, les associations ont surtout ciblé les pesticides. EPLP, à elle seule, a entamé pas moins de 40 recours en dix ans pour faire interdire certains produits parfois avec succès. Mais l’association « observe avec le plus grand regret que malgré nos demandes insistantes, le gouvernement n’a pas intégré les PE dans la nouvelle réglementation pesticide votée en janvier ». Il a aussi été demandé aux autorités de réglementer les biocides (d’usage pluriquotidien) mais ces demandes sont restées, là encore, sans réponse.

EPLP se bat en parallèle contre la commercialisation des grands pélagiques contaminés par le mercure au-delà des seuils sanitaires internationalement admis. « Le mercure est neurotoxique, mais c’est aussi un PE, notamment de la thyroïde. Or en Nouvelle- Calédonie, les incidences de cancers thyroïdiens sont littéralement explosifs » s’alarme Martine Cornaille. EPLP s’est intéressée à la nature du revêtement du Grand Tuyau qui alimente l’agglomération en eau potable sans trouver à redire. Puis elle a obtenu l’interdiction des biberons contenant du BPA, mais sa demande d’extension de l’interdiction à tous les contenants alimentaires est restée lettre morte. L’association s’inquiète toujours des tickets de caisse contenant du BPA, des boîtes de conserve « dont l’intérieur est revêtu d’un film blanc » contenant un PE et conseille aux consommateurs « de préférer les bocaux ou les produits congelés ».

Le chemin à parcourir est encore long, que l’on soit en Métropole, en Europe ou ici. Et l’on comprend évidemment la difficulté de légiférer dans un pays qui importe la majorité de ses produits s’il n’y a pas d’interdiction dans le pays producteur.

C.Maingourd

©AFP archives

Pour plus d’informations sur les perturbateurs endocriniens : le site de l’UFC Que Choisir www.ufcnouvellecaledonie.nc. On y trouve notamment les substances indésirables, les produits pointés du doigt et les avancées en la matière. 


Que sont ils et où sont ils ?

Présents dans les pesticides utilisés dans l’environnement, mais aussi dans de nombreux autres produits de consommation courante (cosmétiques, peintures, médicaments, plastiques, etc.), les perturbateurs endocriniens dérèglent le fonctionnement hormonal, nuisant à la santé et à la reproduction, y compris à de faibles niveaux d’exposition.


Nouvelle définition à Bruxelles

Le 4 juillet dernier, les États membres de l’Union européenne ont voté en comité un texte attendu depuis des années sur la définition réglementaire des PE, nécessaire pour pouvoir appliquer la loi de 2009 interdisant certains produits et molécules. Le texte a donc fini par être signé et il explique que trois critères peuvent définir ces substances chimiques. L’UE s’accorde pour dire qu’« un perturbateur endocrinien est un agent toxique qui entraîne des effets indésirables, qui provoquent une perturbation du système endocrinien et qu’il existe une corrélation entre les effets secondaires et ce bouleversement hormonal ». Parmi les effets indésirables, l’UE a pointé du doigt certaines graves maladies telles que le cancer, le diabète, l’infertilité ou l’autisme.

Une avancée immense, donc, même si certaines voix, écologistes, ONG et sociétés de recherche indépendantes, estiment que la définition choisie n’est pas bonne, qu’elle est trop restrictive, trop vaste et demande un trop haut niveau de preuves. Par ailleurs une dérogation est accordée aux PE qui ont été conçus pour l’être, pour agir sur le système endocrinien des insectes ciblés, alors qu’ils sont susceptibles d’atteindre d’autres espèces animales.

En France, la position du ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a été difficilement comprise. Il a voté ce texte, sa position contrastant avec l’intransigeance de Ségolène Royal qui avait tenté, avec d’autres pays, d’obtenir un niveau de précaution plus important. Cette fois, seuls le Danemark, la République tchèque et la Suède ont voté contre la proposition ; la Hongrie, la Lettonie, la Pologne et le Royaume-Uni se sont abstenus. Le texte doit maintenant être examiné par les députés européens. Ils ont quatre mois pour éventuellement adopter une résolution qui s’y opposerait. Mais elle devra obtenir la majorité absolue.

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