Pas d’accord en vue à la SLN

Lundi matin, l’ensemble des syndicats et la direction étaient réunis en comité central d’entreprise. L’ordre du jour a permis d’informer les partenaires sociaux de la situation et des perspectives en cas de fermeture d’un des fours. L’après-midi, les syndicats se retrouvaient afin de négocier avec l’USTKE et le CSTNC et sortir de l’impasse.

La situation est tendue et les salariés sont inquiets. Alors que les journalistes cherchaient à recueillir des informations, la direction leur a interdit l’accès au site, exprimant du coup son refus de communiquer. Les syndicats étaient également dans leurs petits souliers. L’enjeu étant de ne pas froisser la CSTNC et l’USTKE, les deux seuls syndicats sur les sept représentés à la SLN qui refusent de signer l’accord-cadre qui prévoit l’augmentation des heures travaillées sur mine.

Cette augmentation s’inscrit dans les différents plans de performance imaginés par le métallurgiste pour améliorer sa compétitivité et préserver l’activité. La réorganisation avec l’allongement du temps de travail n’est qu’un des éléments parmi d’autres et en particulier la réduction de la masse salariale ou encore la numérisation de certains outils. L’idée des 147 heures est d’augmenter la durée du travail sur mine. De 105 heures, la direction avait négocié l’allongement à 120 heures avec les syndicats. Un allongement accepté par tous qui n’avait cependant pas pu être mis en œuvre, la proposition des 147 heures étant intervenue auparavant.

Bras de fer entre la direction et les syndicats

Pour la SLN, « s’opposer aux 147 heures équivaut à s’opposer au devenir de la SLN ». Une position un peu simpliste qui charge l’USTKE et la CSTNC, majoritaires sur mine, et fait porter la faute de la situation catastrophique dans laquelle se trouve la SLN à ces deux syndicats grévistes qui complique l’approvisionnement en minerai depuis un mois. Si 75 % des syndicats ont signé l’accord pour passer aux 147 heures, les 25 % qui y sont opposés sont majoritairement sur mine. Autrement dit, le personnel de la SLN directement concerné est majoritairement opposé à cet accord. Si les adhérents de l’USTKE et du CSTNC étaient prêts à passer au 120 heures, ils refusent les 10,5 heures de travail par jour qui les feraient, par exemple, commencer à 15 h 30 pour terminer à deux heures du matin.

Les deux syndicats dénoncent un détricotage des acquis sociaux de ces dernières décennies et pointent le chantage de la direction, assurant ne pas bloquer les non-grévistes. Du côté de l’USTKE notamment, où l’on affirme être parfaitement responsable et conscient de la situation. Si les grévistes ne travaillent pas, ils laissent la possibilité aux non-grévistes d’approvisionner les fours de l’usine. Les syndicats rappellent même que la direction a refusé leur demande de médiation à plusieurs reprises.

Lundi après-midi, des discussions entre les syndicats n’ont pas permis de trouver de solution. Un règlement consensuel du conflit semble de plus en plus difficile, chacun des acteurs campant sur ses positions sans réel dialogue. Mais la situation est amenée à évoluer prochainement. Si le stock de minerai sur Doniambo a pu repasser de 150 000 tonnes à 200 000 tonnes grâce à l’achat de minerai et à la production sur Kouaoua, site qui n’est pas en grève suite aux nombreux problèmes rencontrés l’année dernière, le risque de la fermeture d’un des fours plane toujours. Le four Demag 11 arrive au bout de sa durée de vie après 27 ans d’activité et c’est donc lui qui pourrait faire les frais du manque de minerai, au cas où le stock devrait passer sous la barre des 100 000 tonnes. D’autant que le minerai acheté aux autres mineurs ne correspond pas forcément aux besoins des fours de l’usine de Doniambo.

Autant d’éléments qui devraient conduire Christel Bories, la présidente d’Eramet, à faire des annonces probablement radicales vers la n de ce mois. La PDG du groupe minier français avait réservé ses commentaires au lendemain du prochain conseil d’administration de la SLN et de la présentation des résultats annuels du groupe, prévue le 21 février. La présidente est notamment attendue sur la dé nition de la stratégie à adopter pour l’avenir de la SLN qui peine à sortir de l’ornière.

Une nouvelle stratégie sinon rien ?

Après de gros progrès en matière de compétitivité, les efforts de la SLN ont été balayés en 2018 avec un retour au déficit. Aujourd’hui, les craintes sont bien réelles parmi les employés qui redoutent le pire. Le prêt accordé par l’État pourrait être consommé dans son intégralité d’ici la fin de l’année, alors que les investissements restant à effectuer sont nombreux. À l’occasion d’une récente interview, Philippe Gomès, le leader de Calédonie ensemble et président délégué de la STCPI (société qui porte les 34 % de participation des collectivités au capital de la SLN), précisait que le coût de production du nickel était remonté à près de 5,8 dollars la livre pour un objectif de 4 dollars.

Pour Philippe Gomès, la question des 147 heures ne se pose même pas, les différents sites miniers de KNS ou de Vale étant déjà à des durées équivalentes voire supérieures. Pour le responsable politique, la SLN doit également fortement augmenter ses exportations de manière à faire entrer de l’argent frais. Un positionnement diamétralement opposé aux positions de Calédonie ensemble il y à peine quatre ans qui avaient conduit au conflit des rouleurs et paralysé le pays. Si les exportations peuvent potentiellement être multipliées par sept voire davantage, elles auraient d’autres effets que de rapporter simplement de l’argent à la SLN. Ces exportations viendraient nourrir la production de nickel, donc peser sur la baisse sur les cours. Des cours relativement bas ne sont pas une bonne nouvelle pour le métallurgiste calédonien dont les coûts de production restent élevés.

Le nouvel équilibre de la SLN sera donc difficile à trouver, entre exportation et production de ferronickels peu compétitifs. La SLN est enfermée sur un marché désormais tenus par les producteurs low-cost avec des activités à faible valeur ajoutée. Fin 2018, Christel Bories avait résumé le problème en déclarant que la situation n’est plus tenable. Faute de se réinventer, la SLN pourrait bien connaître des jours plus sombres encore.

M.D

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