Parc de la mer de Corail, avis à la population

Jusqu’au 12 juillet, le gouvernement soumet les trois projets d’arrêtés concernant le parc naturel de la mer de Corail. Les associations de protection de l’environnement, présentes au sein du comité de gestion, dénoncent l’autorisation qui pourrait être donnée à certaines croisières de se rendre aux Chesterfield, ainsi que le non- respect des principes de bonne gouvernance, pourtant mise en avant par le gouvernement.

Après l’adoption du plan de gestion en mars, les trois projets d’arrêtés, soumis à la consultation du public jusqu’au 12 juillet, constituent les premières mesures concrètes dans le cadre de la création du parc naturel de la mer de Corail. Les documents sont d’ailleurs en ligne sur le site du parc marin, www.mer-de-corail. gouv.nc. Philippe Germain, le président du gouvernement, assure qu’ils pourront être enrichis des observations et propositions du grand public, invité à s’exprimer, tout comme il avait été convié à se prononcer lorsque le plan de gestion a été créé.

Comme nous vous le présentions dans notre édition de la semaine dernière, les textes portent sur trois points. Le premier vise à classer les atolls d’Entrecasteaux, les plateaux des Chesterfield-Bellona et les récifs Pétrie et Astrolabe, selon les normes de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Le deuxième, qui dépend en partie du premier, fixe un cadre pour le développement des activités économiques dans le parc telles que la pêche ou la croisière. Le troisième et dernier fixe un nouveau plan de gestion pour d’Entrecasteaux, inscrit depuis dix ans au patrimoine mondial de l’Unesco.

Pour une protection intégrale

Pour les associations de protection de l’environnement, les deux premiers arrêtés posent un certain nombre de questions. Action Biosphère, qui dénonce depuis le départ le manque de fond du plan de gestion et des problèmes de structuration, alerte une nouvelle fois sur la question de la gouvernance, alors qu’elle s’est prononcée contre les projets d’arrêtés.

Action Biosphère pointe les faiblesses des connaissances scientifiques de l’état initial de ces récifs. De son côté, Ensemble pour la planète a lancé une pétition qui a recueilli près de 4 000 signatures afin que ces zones soient classées réserves intégrales, ce que réclament également d’autres mouvements de protection de l’environnement. Pour mémoire, seul Pétrie et Astrolabe seront classés réserves intégrales. Pour leur part, d’Entrecasteaux, Chesterfield et Bellona pourraient avoir un classement de niveau 2, à savoir qu’ils seront protégés, mais des activités pourraient y être organisées après l’autorisation du gouvernement, comme les croisières de type Ponant qui, selon l’exécutif, présentent toutes les garanties à la préservation des récifs.

Philippe Germain souligne que ce sera au futur comité scientifique de se prononcer, au cas par cas, pour chaque demande d’activité sur la zone. Ce comité, en soutien du comité de gestion, devrait être opérationnel ce mois- ci et sera composé de 12 scientifiques, dont neuf de Nouvelle-Calédonie et trois autres internationaux. Ces trois pointures auront également vocation à devenir en quelque sorte des porte-parole du parc à l’international.

Ce comité s’inscrit dans l’optique de faire de la Nouvelle-Calédonie un pôle d’excellence de la recherche, grâce aux instituts de recherche locaux, mais aussi et surtout par le biais de l’internationalisation. Cette recherche sera la base du développement d’un pôle d’innovation, notamment autour de la surveillance et la détection (en la matière, les députés ont récemment annoncé que deux nouveaux patrouilleurs de la Marine serait affectés à la Nouvelle-Calédonie à l’horizon 2021-2022). Une innovation qui vise à devenir un levier de développement économique. Le dernier axe de travail étant l’exportation de notre modèle de gestion du parc aux pays voisins.

D’importantes réformes autour de l’innovation

C’est ce sont ces quatre « piliers » que le gouvernement a présentés au programme Territoires d’innovation – Grande ambition (Tiga), confié à la Caisse des dépôts et qui permettra, d’ici la fin de l’année, à 10 projets de bénéficier de 5 à 6 milliards de francs chacun. Le projet calédonien a, dans un premier temps, été écarté de la sélection, en raison d’un manque de structuration, mais aussi parce qu’il a été jugé trop ambitieux, selon la Caisse des dépôts et consignations, qui a toutefois décidé d’accompagner financièrement le territoire, lui permettant d’être repêché.

Tout l’enjeu du programme Tiga est de mettre l’innovation au service du développement économique. Le défi pour le parc est de montrer que la protection de l’environnement peut passer par de l’innovation au service du développement. Pour cela, le gouvernement devra encore se doter d’outils. C’est le sens des crédits européens que le gouvernement est allé chercher via l’association des pays et territoires d’outre-mer de l’Union européenne innovation (Octa innovation). Une loi du pays portant sur un crédit d’impôt à l’innovation devrait également être présentée au Congrès d’ici la fin de l’année.

Un autre texte sur lequel travaillent les services du gouvernement viserait à mettre en place un financement participatif pour permettre aux Calédoniens d’investir dans un start-up, en échange d’un avantage fiscal. L’Agence de développement économique (Adécal), qui soutient l’innovation, devrait enfin être transformée en un groupement d’intérêt public, l’Agence pour l’innovation, afin de renforcer son action dans ce domaine.


Une exploitation possible des ressources sous-marines ?

Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie souhaite exporter son modèle, un modèle de préservation de son parc le plus ambitieux possible. Pourquoi, dans ce cas, ne pas inscrire dans le plan de gestion l’interdiction d’exploitation du gaz, du pétrole ou encore des ressources minières sous-marines ? Ne pas l’inscrire laisse la possibilité de le faire à l’avenir. Le président du gouvernement explique qu’il est encore trop tôt et que cette interdiction viendra des Calédoniens eux-mêmes quand ils se seront approprié l’idée du parc et de sa protection. Et Philippe Germain estime qu’il est important de connaître nos ressources qui peuvent être valorisées, y compris lorsqu’elles ne sont pas exploitées, un peu sur le modèle des droits d’émission carbone qui peuvent s’acheter et se vendre.

Au-delà de l’exploitation des ressources, l’exportation de notre modèle risque de prendre un certain temps. Si le gouvernement explique que certains de nos voisins n’ont pas forcément eu de prise de conscience quant à la nécessité de préserver la biodiversité, l’exploitation des ressources de nos voisins, et notamment la pêche, constitue des revenus indispensables pour des pays en plein développement. Ils pourraient donc voir d’un mauvais œil qu’un pays étranger vienne leur faire la leçon, d’autant qu’en matière d’environnement, la Nouvelle-Calédonie a relativement peu de leçons à donner. S’il ne s’agit pas du parc marin, l’exploitation minière continue d’avoir d’importantes répercussions sur le lagon. Pour prendre un autre exemple assez révélateur, les marinas calédoniennes ne sont même pas équipées de récupérateurs d’eaux noires, contenant les matières fécales, ou d’eaux grises, pour les personnes vivant à bord.

M.D.

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